Le Médiateur européen a ouvert une enquête formelle sur la décision de la Commission européenne de nommer le président de Siemens, Jim Hagemann Snabe, en tant qu'émissaire spécial pour l'IA industrielle, après qu'une coalition d'organisations de transparence a averti que ses fonctions persistantes au sein de l'entreprise nuisent à l'indépendance de la fonction.
L'enquête, ouverte le 10 septembre, donne à la Commission jusqu'au 29 septembre pour répondre aux plaintes indiquant que le double rôle de Snabe en tant que président de Siemens et émissaire de l'UE crée un conflit d'intérêts évident. Cette nomination, qui n'est pas rémunérée, court jusqu'à la fin mars 2027.
Ce qui a déclenché l'enquête
Quatre ONG, Transparency International, Corporate Europe Observatory, LobbyControl et the Good Lobby, ont écrit à la Commission le 10 juin pour exposer leurs préoccupations. Elles ont déclaré que la position continue de Snabe chez Siemens « pourrait compromettre l'indépendance et l'impartialité de l'émissaire ». La Commission n'a jamais répondu.
Ce silence a poussé les groupes à porter l'affaire auprès du Médiateur, l'organe de contrôle interne de l'UE chargé d'enquêter sur les cas de mauvaise administration dans les institutions européennes. La décision du Médiateur d'ouvrir une enquête formelle va au-delà de la simple inscription d'une plainte : elle signifie que le bureau considère les préoccupations comme suffisamment sérieuses pour justifier un examen approfondi de la manière dont la Commission est parvenue à sa décision de nomination.
Siemens et le bilan du lobbying sur l'AI Act
L'inquiétude des ONG n'est pas abstraite. Siemens a été l'un des groupes de pression industriels les plus actifs pour tenter d'exempter de l'AI Act les produits couverts par les règles européennes sur les machines. Cette exemption, que les législateurs européens ont acceptée cet été et qui est désormais inscrite dans la loi, affecte directement l'environnement réglementaire sur lequel Snabe est censé conseiller.
L'AI Act est le cadre réglementaire phare de la Commission pour l'intelligence artificielle. Exclure les produits de machines de son champ d'application affaiblit la portée de la loi précisément dans le domaine, celui de l'IA industrielle, où Snabe va désormais façonner la pensée européenne. Il est chargé de produire un rapport couvrant l'infrastructure de l'IA, les technologies de l'IA de pointe et l'adoption de l'IA industrielle. Les résultats de ce travail pourraient influencer la façon dont la Commission met en œuvre et applique les règles mêmes que Siemens a cherché à assouplir.
Une nouvelle formation de lobbying à Bruxelles
L'influence de Siemens va au-delà de son propre lobbying direct. L'entreprise fait partie d'European Tech Creators, un groupe de lobbying bruxellois récemment formé qui compte également parmi ses membres SAP, ASML, Mistral, Airbus, Ericsson, Nokia et BMW. Cette coalition a déjà rencontré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et prévoit de solliciter des réunions avec elle une fois par trimestre.
L'existence de ce groupe signale un changement dans la façon dont les plus grandes entreprises technologiques et industrielles européennes coordonnent leur approche de la régulation numérique de l'UE. Plutôt que de travailler par l'intermédiaire d'associations professionnelles établies, ces sociétés construisent un canal direct avec le cabinet de la présidente de la Commission. Le rôle d'émissaire de Snabe cohabite mal avec cette démarche.
La défense de la Commission
La Commission a défendu cette nomination en avançant que le rapport final de Snabe sera accessible au public et sera donc « soumis à un examen public ». Elle a également déclaré que ses conseils seraient « visibles et accessibles à tous ». La logique est que la transparence sur ses conclusions compense tout conflit d'intérêts perçu dans la façon dont il les élabore.
Mais la Commission s'est montrée beaucoup moins transparente concernant la nomination elle-même. Elle a refusé l'accès aux documents entourant la sélection de Snabe tant aux membres du Parlement européen qu'à la presse. Ce refus rend impossible de savoir qui a proposé Snabe, quelles vérifications ont été effectuées, ou si une évaluation des conflits d'intérêts a été réalisée avant l'annonce de la décision.
Bénévole, mais pas sans influence
La Commission a souligné que le rôle d'émissaire de Snabe est bénévole. Ce cadrage vise à rassurer : pas de salaire signifie pas de dépendance financière, selon l'argument. Mais les émissaires spéciaux bénévoles peuvent toujours façonner les agendas politiques, commander des recherches et signaler des priorités institutionnelles. L'absence de rémunération ne supprime pas le conflit ; elle supprime simplement une catégorie d'engagement financier.
L'emploi principal de Snabe chez Siemens, une entreprise ayant des intérêts commerciaux significatifs dans l'IA industrielle, reste inchangé. Il produira un rapport qui pourrait influencer la façon dont la Commission interprète et applique les règles que Siemens a déjà cherché à modifier. Que le document final soit public ou non, la présentation de ses recommandations importe tout autant que leur visibilité.
Personnalités mentionnées
Organisations
European Commission · Siemens · European Ombudsman · Transparency International · Corporate Europe Observatory · LobbyControl