La Suède se rend aux urnes le 15 septembre avec les Démocrates de Suède crédités de 22 %, le plus haut soutien durable du parti depuis son entrée au Riksdag en 2010 avec 5,7 %. Ce parti nationaliste, dont les origines plongent dans la frange néonazie, gouverne désormais en coalition avec la droite centriste et impose l'agenda sur l'immigration et la criminalité. Sa trajectoire reflète un schéma visible de Madrid à Varsovie : des partis jadis traités comme des parias démocratiques sont devenus faiseurs de rois ou gouvernements à part entière.
Du suprémacisme blanc à la commission Justice
Richard Jomshof incarne le parcours des Démocrates de Suède. Ancien professeur de lycée, il a contribué à éloigner le parti de l'activisme suprémaciste blanc explicite au tournant du siècle, tout en préservant son noyau anti-immigration. Après l'élection de 2022, il est devenu président de la commission parlementaire de la Justice, qui supervise les tribunaux, la police et le code pénal. De ce perchoir, il a poussé à des peines plus lourdes pour les criminels d'« origine non suédoise » et mis en garde contre « l'islamisation de notre patrie ». Des caricatures anti-islamiques sur son site ont failli lui coûter la présidence, mais ses collègues de commission ont rejeté les accusations comme de simples « bavardages politiques ». Il a ensuite quitté la commission pour protester contre l'interdiction de la possession privée d'armes semi-automatiques.
Le récent livre de Jomshof Kafir, le terme arabe pour infidèle, est devenu un best-seller après une couverture saturant la télévision, les journaux et les sites web suédois. L'éditeur était petit et jusque-là obscur. La dynamique rappelle l'observation d'Oscar Wilde selon laquelle la seule chose pire que d'être parlé de, c'est de ne pas être parlé de. En mettant en garde contre les généralisations de Jomshof, les médias suédois ont livré sa thèse à un large public.
Le laboratoire saxon de l'AfD
Une dynamique similaire a propulsé l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) vers une victoire écrasante aux élections régionales en Saxe-Anhalt. Ce Land ne représente que 3 % de la population allemande et enregistre le deuxième PIB par habitant le plus bas parmi les Länder. Pourtant, le résultat a envoyé une onde de choc à Berlin. Le programme de l'AfD en Saxe-Anhalt appelle à purger les programmes scolaires de la « calomnie » de l'Allemagne, à couper les financements des organisations qui entretiennent les sites du terrorisme nazi, et à fermer l'école du Bauhaus à Dessau, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. La direction du parti a décrit le mémorial de l'Holocauste à Berlin comme une « honte nationale ». Son slogan : « moins Hitler, plus Bismarck ».
L'AfD a réactivé le terme völkisch, le concept de l'ère nazie désignant une communauté nationale racialisée. La branche de Saxe-Anhalt défend aussi l'Ostalgie, la nostalgie de la République démocratique allemande communiste, et s'oppose à l'aide militaire allemande à l'Ukraine. L'ascension du parti à l'est n'est pas abstraite : depuis la réunification en 1990, la Saxe-Anhalt a perdu 750 000 habitants, un quart de sa population, principalement de jeunes qualifiés partis vers l'ouest. Le chômage a augmenté avec la fermeture de l'industrie lourde. Les immigrants représentent désormais environ un dixième de la population restante. Le vide démographique a été comblé par la déception.
Le substrat économique du vote nationaliste
La corrélation entre déclin industriel et soutien à l'extrême droite n'est pas propre à l'est de l'Allemagne. En Suède, les Démocrates de Suède puisent un soutien disproportionné dans les municipalités rurales et les anciennes villes industrielles où les services publics se sont retirés. En Italie, les Frères d'Italie dominent le sud, où le chômage des jeunes reste supérieur à 25 %. En Pologne, Droit et Justice a construit sa majorité sur les transferts sociaux aux familles et retraités dans l'est économiquement plus faible. Le fil conducteur est une perception, souvent ancrée dans la réalité, que le contrat social d'après-guerre s'est effiloché, et que les partis traditionnels n'offrent qu'un déclin géré.
Un schéma continental
L'élection suédoise du 15 septembre est la première d'une série. La France, l'Espagne, la Grèce, la Pologne et l'Italie font toutes face à des scrutins nationaux dans l'année à venir. En France, le Rassemblement national, fondé en 1972 par l'ancien membre de la Waffen-SS Jean-Marie Le Pen, a été rebaptisé mais pas fondamentalement transformé. Vox en Espagne, lancé en 2013 avec le financement de lobbies ultra-conservateurs comme HazteOír et CitizenGo, participe à des gouvernements régionaux. L'Aube dorée en Grèce a été dissoute par la Cour suprême en 2020 après la condamnation de sa direction pour direction d'une organisation criminelle, mais de plus petits partis ont repris son agenda. Droit et Justice en Pologne, enraciné dans le mouvement syndical Solidarność, gouverne sur une plateforme de catholicisme politique, d'anti-libéralisme et d'euroscepticisme. Les Frères d'Italie, issus du Mouvement social italien post-fasciste, ont obtenu 2 % en 2013 et dominent désormais à 27 % avec Giorgia Meloni comme présidente du Conseil.
Les médias comme accélérateur
Le cas italien de Roberto Vannacci illustre comment l'attention médiatique convertit la notoriété en capital politique. Le général a auto-publié Il mondo al contrario sur Amazon en 2023. Le ministre de la Défense a déclaré qu'il avait « discrédité l'Armée, la Défense et la Constitution ». Les forces armées se sont désolidarisées. Les chaînes de télévision ont néanmoins invité Vannacci à débattre avec des ministres et des universitaires. Il a depuis fondé un parti politique. Le mécanisme est familier : l'indignation génère des clics ; les clics génèrent des invitations ; les invitations génèrent de la légitimité. Les médias libéraux, en dénonçant la provocation, en deviennent le réseau de distribution.
Pourquoi le courant dominant peine à répondre
Les partis traditionnels font face à un dilemme. Adopter la rhétorique nationaliste la légitime et aliène leur base. L'ignorer cède le terrain à ceux qui osent dire l'indicible. L'entrée des Démocrates de Suède au gouvernement a suivi des années de cordon sanitaire qui s'est effondré quand la droite centriste a calculé qu'elle avait besoin de leurs voix. En Allemagne, la CDU/CSU a exclu les coalitions avec l'AfD au niveau fédéral, mais le pare-feu est poreux au niveau municipal. En Italie, le gouvernement Meloni inclut des ministres de partis qui célébraient autrefois Mussolini. La normalisation est progressive, chaque étape justifiée comme une nécessité pragmatique.
Personnalités mentionnées
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Richard Jomshof
Organisations
Sweden Democrats · Alternative for Germany (AfD) · Brothers of Italy · Vox · Law and Justice Party · European Parliament