La tentative de l'Europe pour combler l'écart de calcul avec les États-Unis a révélé une fracture familière : 18 gouvernements ont mis de l'argent derrière le plan de gigausines d'IA de la Commission européenne, tandis que neuf ont gardé leurs portefeuilles fermés. Cette division laisse la poussée de politique industrielle la plus ambitieuse du bloc depuis des années dépendante d'une coalition à deux vitesses des volontaires.
Les chiffres, confirmés dans un document de la Commission diffusé après une mi-juillet, montrent des engagements totalisant environ 3 milliards d'euros. L'Allemagne seule représente 1 milliard d'euros, un ancrage de 200 millions pour une gigausine « plus grande » plus 800 millions supplémentaires pour le déploiement. La France, le Danemark, la Pologne et la République tchèque ont chacun engagé 100 millions d'euros pour des sites « plus petits ». Le Portugal, l'Espagne, l'Italie et la Grèce ont égalé l'ancrage de 200 millions de l'Allemagne pour les grands hubs. La Suède a offert 50 millions ; la Lituanie 1 million. L'Irlande a promis 10 millions pour une installation hébergée par la France, tandis que la Croatie, la Hongrie et la Lituanie ont ensemble ajouté 36 millions derrière la candidature polonaise.
Les pays qui s'abstiennent et leurs arguments
Les Pays-Bas ont été les plus explicites dans leur refus. Dans une lettre de mars à Bruxelles, le gouvernement néerlandais a écrit que « dans le budget actuel, il n'y a pas de place pour s'engager sur les obligations financières requises. » Le cabinet a dit qu'il poursuivrait plutôt un « développement supplémentaire flexible et durable de l'infrastructure d'IA, sans verrouiller une pré-réservation majeure du gouvernement dans d'éventuelles futures gigausines. » Les autres non-participants, que la Commission n'a pas tous nommés publiquement, seraient des pays qui ont déjà investi dans le programme précédent, plus modeste, des AI Factories et préfèrent y concentrer leurs ressources.
La division n'est pas purement budgétaire. Plusieurs capitales remettent en cause le bien-fondé économique. Les gigausines sont structurées en partenariats public-privé où l'argent public ne couvre pas plus de 35 % de l'investissement total. L'industrie doit apporter le reste. Ce modèle suppose que les opérateurs privés trouveront une demande suffisante de la part des chercheurs et start-up européens pour justifier les dépenses d'investissement, une proposition que certains responsables nationaux doutent en privé, compte tenu de coûts de l'énergie plus élevés et de délais d'autorisation plus longs qu'aux États-Unis.
Fonctionnement du mécanisme
Le dispositif opère comme un engagement conditionnel. Les gouvernements s'engagent à devenir des « clients garantis » dès qu'une gigausine est opérationnelle, en achetant de la capacité de calcul pour leurs écosystèmes nationaux de recherche. Aucun argent ne change de mains pendant la phase de mise en place et de déploiement de 18 mois. Les paiements commencent seulement quand l'installation entre en service, actuellement prévu pour 2028, et sont étalés sur cinq ans. La Commission cofinancera chaque projet retenu avec 100 à 200 millions d'euros initiaux selon la taille, suivis de 400 à 800 millions supplémentaires plus tard. La sélection des sept hôtes, trois grands et quatre petits, est prévue pour le début de l'année prochaine.
Intérêt et scepticisme du secteur privé
Telefónica et Banco Santander ont formé un consortium pour soumissionner sur un site espagnol, signalant que certains grands groupes européens y voient une valeur stratégique. Pourtant, l'enthousiasme s'accompagne de critiques. Des membres du Parlement européen et des analystes indépendants se demandent si sept hubs est le bon chiffre, si la part publique de 35 % suffit à dérisquer les projets, et si le modèle de gouvernance donne assez de priorité à la recherche en accès libre par rapport aux locataires commerciaux. Le haut responsable numérique de la Commission, Roberto Viola, a balayé ces doutes en février, qualifiant l'initiative de « miracle qui devient réalité. »
Calendrier budgétaire et risque politique
Pour de nombreux gouvernements, la dépense tombe au-delà du cycle électoral actuel. Le Conseil des ministres polonais a formellement approuvé son engagement de 100 millions d'euros mi-juillet ; la Lituanie a fait de même. Mais le décaissement réel n'intervient qu'après la date opérationnelle de 2028, ce qui signifie qu'une future administration pourrait faire face à la facture. Ce décalage temporel rend les engagements politiquement plus faciles aujourd'hui mais introduit une incertitude sur la matérialisation de tous les fonds promis quand les factures arriveront.
Ce que la division implique pour la sélection des sites
Les critères d'évaluation de la Commission récompensent un cofinancement national crédible. Une candidature soutenue par un ancrage de 200 millions d'euros plus des partenaires privés obtiendra un meilleur score qu'une autre avec un soutien public minimal. Cette logique favorise les grandes économies, Allemagne, France, Espagne, Italie, et pourrait laisser les États membres plus petits ou plus pauvres n'héberger que des nœuds périphériques connectés à un hub principal ailleurs. Les neuf non-participants s'excluent ainsi de facto de la course à l'hébergement, à moins qu'ils ne reviennent sur leur position avant la date limite de sélection.
Personnalités mentionnées
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Roberto Viola
Organisations
European Commission