La Commission européenne a infligé une amende de 460 millions d'euros à Google pour violation de la loi sur les marchés numériques, marquant la première fois que ce règlement phare de la concurrence est appliqué contre le géant de la recherche. La sanction, annoncée mardi, porte sur la pratique de Google consistant à favoriser ses propres services de comparaison de prix et de réservation de voyages, tels que Google Flights et Google Hotels, au détriment de rivaux comme Booking.com et Expedia dans ses résultats de recherche.
Bruxelles a accordé 60 jours à l'entreprise pour restructurer la présentation de ces résultats. Si Google ne s'y conforme pas, la Commission peut imposer des paiements de pénalité périodiques pouvant atteindre 5 % du chiffre d'affaires quotidien moyen mondial d'Alphabet, une somme qui pourrait se chiffrer en centaines de millions d'euros par jour, compte tenu du revenu de 307 milliards de dollars du groupe en 2025.
Google avertit d'un déclin de qualité sans précédent
Lors d'un briefing accordé à Reuters, un responsable de Google a déclaré que les changements imposés avaient déjà dégradé la qualité de recherche plus sévèrement qu'à tout moment dans les 29 ans d'histoire de l'entreprise. Le dirigeant a ajouté que les utilisateurs hors de l'Union européenne n'étaient pas concernés, point sur lequel l'entreprise insiste pour suggérer que le remède est un artefact réglementaire plutôt qu'une amélioration du produit.
Cette affirmation est difficile à vérifier indépendamment. Google n'a pas publié de méthodologie pour mesurer la « qualité de recherche » sur trois décennies, ni partagé les repères internes qui sous-tendent cette assertion. La Commission, pour sa part, maintient que le remède vise à rétablir la concurrence que le DMA a constaté être faussée, et non à améliorer la qualité en tant que telle.
À quoi ressemble la nouvelle présentation
Selon le modèle de conformité décrit à Reuters, un site spécialisé de comparaison de prix ou de réservation occupera la position la plus visible en haut de la page de résultats. Juste en dessous apparaîtront des liens vers deux fournisseurs rivaux supplémentaires, suivis de blocs publicitaires plus petits provenant d'hôtels, de compagnies aériennes ou de restaurants affichant des informations sélectionnées telles que les prix actuels. Le choix et l'ordre de ces fournisseurs restent sous le contrôle de l'algorithme de Google.
Ce dernier détail est important. Le DMA impose un traitement « équitable et non discriminatoire » des services tiers, mais ne prescrit pas de méthodologie de classement spécifique. Google conserve la discrétion sur les concurrents qui apparaissent dans les deux emplacements subordonnés et sur la façon dont l'algorithme pèse la pertinence, les conditions commerciales et le comportement des utilisateurs. Des rivaux ont exprimé en privé leur inquiétude que l'algorithme puisse encore être ajusté pour favoriser des partenaires avec lesquels Google entretient des relations commerciales.
Le premier grand test du DMA
La loi sur les marchés numériques, pleinement applicable depuis mars 2024, désigne une poignée de « contrôleurs d'accès », grandes plateformes dont la position de marché leur donne le pouvoir de fixer les règles pour les autres. Le moteur de recherche de Google, ainsi que son système d'exploitation Android, son navigateur Chrome et sa boutique Google Play, figuraient parmi les premiers services désignés. Le règlement oblige les contrôleurs d'accès à éviter l'auto-préférence, à permettre l'interopérabilité avec des tiers et à assurer la portabilité des données, parmi d'autres obligations.
Jusqu'à présent, la Commission avait ouvert des enquêtes mais n'avait pas rendu de décision finale de non-conformité assortie d'une amende. L'affaire de la recherche Google est donc la première action d'exécution aboutie au titre de l'article 30 du DMA, qui prévoit des amendes pouvant aller jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial pour non-conformité et des pénalités périodiques pouvant atteindre 5 % pour violation continue. Le montant de 460 millions d'euros représente environ 0,15 % du revenu d'Alphabet en 2025, bien en deçà du plafond légal.
Des coûts répercutés sur les entreprises européennes
Le responsable de Google a déclaré à Reuters que les changements feraient augmenter les coûts pour les entreprises européennes qui dépendent du trafic de recherche. L'argument est simple : si les commerçants et annonceurs doivent désormais enchérir pour un placement sur une page de résultats qui réserve l'emplacement le plus précieux aux sites de comparaison, leurs coûts d'acquisition client augmentent. Les petits hôtels et détaillants indépendants, qui n'ont pas l'échelle pour optimiser leur présence sur plusieurs moteurs de comparaison, risquent d'être affectés de manière disproportionnée.
La Commission n'a pas publié d'évaluation d'impact quantifiant cet effet. Son enquête de marché de 2023 a conclu que l'auto-préférence nuisait aux services de comparaison rivaux et réduisait le choix des consommateurs, mais elle n'a pas modélisé l'impact de second ordre sur les budgets des annonceurs. Ce vide laisse les deux parties argumenter sur la base d'affirmations plutôt que de preuves.
Un long chemin de l'enquête à l'amende
L'affaire Google Shopping originale de la Commission remonte à 2017, lorsqu'elle a infligé une amende de 2,42 milliards d'euros à l'entreprise au titre de l'article 102 TFUE pour abus de position dominante. Cette décision a été confirmée par le Tribunal en 2021 et fait maintenant l'objet d'un pourvoi devant la Cour de justice. La procédure DMA suit son cours en parallèle, traitant la même conduite mais sous un cadre réglementaire qui ne requiert pas la preuve de la dominance ou de l'effet anticoncurrentiel, seulement qu'un contrôleur d'accès a manqué à ses obligations ex ante.
Cette distinction est cruciale. Le DMA inverse la charge de la preuve : c'est à Google de démontrer que ses mesures de conformité sont efficaces, et non à la Commission de prouver le préjudice. Le délai de 60 jours reflète cette logique. Elle explique aussi pourquoi l'amende est modeste par rapport à la sanction de 2017 : l'amende DMA sanctionne la violation procédurale des obligations de contrôleur d'accès, non le dommage économique causé par la conduite sous-jacente.
Prochaines étapes
Google dispose de 60 jours à compter de la notification de la décision, probablement début novembre, pour soumettre un rapport de conformité démontrant que ses résultats de recherche respectent l'obligation de classement équitable du DMA. La Commission évaluera ensuite le rapport, potentiellement avec l'apport de services de comparaison rivaux et d'un tiers de surveillance indépendant. Si le remède est jugé insuffisant, la procédure de pénalité périodique peut être déclenchée immédiatement. Parallèlement, l'appel de Google contre la décision Shopping de 2017 est programmé pour une audience devant la Cour de justice en 2027, ce qui pourrait encore redéfinir la base juridique de l'auto-préférence en Europe.
Personnalités mentionnées
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Unnamed Google manager
Organisations
European Commission · Google · Alphabet