Le Médiateur européen a ouvert une enquête sur la nomination par la Commission européenne du président de Siemens, Jim Hagemann Snabe, en tant qu'émissaire spécial pour l'intelligence artificielle, à la suite d'une plainte d'organisations de transparence estimant que le maintien de Jim Hagemann Snabe à la tête du groupe industriel allemand compromet l'indépendance de cette fonction.

La nomination à l'origine de l'enquête

En juin 2026, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a nommé Jim Hagemann Snabe, un Danois de 60 ans, premier émissaire spécial pour l'IA de l'UE. Ce poste non rémunéré court jusqu'à la fin du mois de mars 2027 et lui confie la tâche de rédiger un rapport public sur les infrastructures d'IA, les technologies d'IA de pointe et l'adoption de l'IA dans l'industrie. Cette annonce est intervenue quelques semaines après que Siemens a participé à une campagne de lobbying qui a contribué à un affaiblissement significatif de l'AI Act de l'UE lors des dernières étapes législatives.

Siemens et le lobbying autour de l'AI Act

Siemens figurait parmi les grandes entreprises industrielles qui ont poussé à des obligations plus restreintes sur les soi-disant modèles d'IA à usage général et à des exemptions pour les systèmes d'IA utilisés dans des contextes industriels. Le texte final de l'AI Act, adopté en 2024, a reflété plusieurs de ces exigences. Les critiques estiment que le fait de placer le président d'une entreprise qui a lobbyé contre des règles strictes en charge de conseiller sur la manière dont ces règles doivent être appliquées crée un conflit d'intérêts structurel.

Les ONG portent l'affaire devant le Médiateur

Une coalition d'organisations non gouvernementales axées sur la transparence, dont Transparency International EU, a écrit à la Commission pour exprimer des préoccupations concernant le double rôle de Jim Hagemann Snabe. La Commission n'ayant pas répondu, elles ont porté l'affaire devant le Médiateur européen. Teresa Anjinho a confirmé le 10 septembre 2026 que son bureau avait ouvert une enquête sur la façon dont la Commission avait géré cette nomination. L'enquête vise officiellement l'absence de réponse de la Commission à la lettre des ONG, mais elle met au grand jour les questions sous-jacentes de conflit d'intérêts.

Réactions du Parlement et de la société civile

Kim van Sparrentak, la députée européenne néerlandaise qui a dirigé les travaux des Verts sur l'AI Act, a décrit sa réaction comme étant « juste : waouh ». Elle a déclaré : « Ils se sont battus avec acharnement contre les règles sur l'IA pour eux-mêmes, ils font du lobbying contre la souveraineté technologique, et maintenant c'est à eux de décider comment nous allons intégrer l'IA. » Shari Hinds, de Transparency International EU, est allée plus loin, déclarant que cette nomination « n'aurait tout simplement jamais dû avoir lieu en premier lieu » et appelant la Commission à l'annuler immédiatement.

La défense de la Commission et les questions de transparence

La Commission a défendu à plusieurs reprises cette nomination en soulignant que le rapport de Jim Hagemann Snabe sera accessible au public et « soumis à l'examen du public », et que ses conseils seront « visibles et accessibles à tous ». Cependant, les demandes de documents liés au processus de nomination, déposées par des journalistes et des députés du Parlement européen, ont été rejetées. Le refus de publier la correspondance interne a alimenté les soupçons selon lesquels la Commission cherche à éviter tout examen sur la manière dont la décision a été prise.

Le lien avec le Rhine Group

Les engagements externes de Jim Hagemann Snabe vont au-delà de Siemens. Il a d'abord été inscrit comme membre du conseil du Rhine Group, un réseau nouvellement formé d'économistes, de dirigeants et d'universitaires qui prévoit de commander des recherches sur l'énergie, la science, les marchés de capitaux et l'IA. Son nom a été retiré du site internet du groupe après que des questions ont été soulevées sur son rôle exact, ce qui a renforcé la perception d'un chevauchement d'intérêts. La Commission n'a pas précisé si l'implication de Jim Hagemann Snabe dans le Rhine Group avait été prise en compte lors du processus de vérification.

Pourquoi c'est important

Contexte : comment le rôle d'émissaire a été créé

Ce qui se passe ensuite

L'essentiel

Cette affaire marque la première fois que le Médiateur européen examine la nomination d'un émissaire spécial de la Commission pour des raisons de conflit d'intérêts. Son issue pourrait créer un précédent sur la manière dont l'UE pourvoit les rôles consultatifs de haut niveau dans les domaines réglementaires en évolution rapide, où l'expertise industrielle et les intérêts de l'industrie sont difficiles à séparer.

Personnalités mentionnées

  • Jim Hagemann Snabe

    Chairman of Siemens and EU AI special envoy, Siemens

  • Teresa Anjinho

    European Ombudsman, European Ombudsman

  • Kim van Sparrentak

    Member of the European Parliament, Greens/EFA

  • Shari Hinds

    Policy officer, Transparency International EU

Organisations

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