La Commission européenne a défini les preuves documentaires que les importateurs d'acier doivent présenter à la frontière à partir du 1er octobre 2026, en publiant les règles d'exécution au Journal officiel de l'UE le 31 août. Cette mesure met en œuvre l'exigence de transparence sur la fusion-coulée inscrite dans le règlement sur l'acier, entré en vigueur le 1er juillet et qui cible ce que Bruxelles décrit comme les causes profondes de la surcapacité mondiale.
Ce qu'exige le règlement
Chaque expédition d'acier relevant du champ d'application du règlement doit être accompagnée d'une déclaration du pays où l'acier brut ou le fer a d'abord été produit sous forme liquide puis coulé dans son premier état solide, ce qu'on appelle l'origine de fusion-coulée. Sans preuve vérifiable de cette origine, les autorités douanières considéreront l'expédition comme non conforme et la rejetteront. Le document principal est un certificat d'usine (MTC) qui indique à la fois le pays de fusion-coulée et le numéro de coulée, un identifiant unique pour chaque lot d'acier.
Lorsqu'un MTC existe mais omet soit le pays de fusion-coulée, soit le numéro de coulée, les agents des douanes peuvent accepter des preuves complémentaires. Le règlement énumère les factures, les bons de livraison, les certificats de qualité, les clauses contractuelles, les déclarations de fournisseur à long terme, la comptabilité analytique ou les registres de production, les documents douaniers du pays exportateur, la correspondance commerciale et les descriptions de production comme alternatives admissibles. Cette hiérarchie est délibérée : le MTC reste la norme de référence, mais la liste de recours reconnaît que toutes les chaînes d'approvisionnement ne génèrent pas de certificat pour chaque expédition.
Période transitoire et hiérarchie des preuves
Un régime transitoire s'étend du 1er octobre 2026 au 30 septembre 2027 pour les importations qui ne peuvent produire aucun MTC. Pendant ces douze mois, les mêmes catégories de preuves complémentaires : factures, déclarations de fournisseurs, registres de production et autres, sont acceptées à condition qu'elles contiennent le pays de fusion-coulée et le numéro de coulée. Après la fermeture de cette fenêtre, la Commission se réserve le droit de restreindre la liste des documents admissibles, et elle a signalé que la liste restera sous examen continu et pourra être ajustée à tout moment. Les importateurs doivent donc considérer la période transitoire comme un sursis pour mettre en conformité la documentation de leur chaîne d'approvisionnement, et non comme une alternative permanente.
Une autre conséquence pratique est que l'accès aux contingents tarifaires à droit réduit (TRQ) de l'UE sera suspendu jusqu'à ce que les preuves fournies par l'importateur soient officiellement vérifiées. Cette étape de vérification introduit un nouveau facteur de retard à la frontière, en particulier pour les opérateurs qui s'appuyaient auparavant sur des procédures douanières simplifiées.
Réaction du marché depuis l'entrée en vigueur du règlement sur l'acier
Depuis l'entrée en vigueur du règlement sur l'acier le 1er juillet, les prix de l'acier national ont grimpé malgré ce que les acteurs du marché décrivent comme une demande sous-jacente faible. La combinaison de contingents d'importation plus stricts, du Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) et des droits antidumping existants a créé un prix plancher qui profite aux producteurs européens. Platts, filiale de S&P Global Energy, a évalué la bande laminée à chaud nationale à 725 € la tonne départ usine Ruhr le 28 août, en hausse de 45 € par rapport à l'évaluation du 1er juillet. Dans le sud de l'Europe, le prix départ usine Italie s'établissait à 715 € la tonne, soit également une hausse de 45 € sur la même période.
La bande laminée à chaud importée raconte une autre histoire. Platts a évalué les prix CIF Anvers en Europe du Nord à 585 € la tonne le 28 août, inchangés par rapport au 1er juillet, tandis que les prix CIF en Europe du Sud ont reculé de 10 € à 575 € la tonne. L'écart croissant entre le matériau national et importé, désormais d'environ 140 € la tonne au nord et au sud, reflète l'effet cumulé des nouvelles règles de transparence, des certificats MACF et du régime de contingents. Les traders soulignent que la stabilité des prix importés masque une disponibilité réduite ; plusieurs sources indiquent que les aciéries hors UE retiennent leurs offres jusqu'à ce que les exigences documentaires soient plus claires.
Pourquoi la règle de fusion-coulée est importante
Comment le règlement sur l'acier s'intègre dans le cadre commercial plus large
Défis de conformité pour les importateurs et les transformateurs
Les centres de service, les distributeurs et les utilisateurs finaux qui importent directement de l'acier font face à la courbe d'apprentissage la plus raide. Beaucoup ont des chaînes d'approvisionnement qui passent par de multiples intermédiaires, des traders en Turquie, aux Émirats arabes unis ou en Asie du Sud-Est, qui ne demandent pas systématiquement de MTC à l'aciérie d'origine. Obtenir un numéro de coulée pour chaque bobine ou plaque peut exiger des modifications contractuelles avec des fournisseurs qui n'ont pas l'habitude de fournir ce niveau de traçabilité. L'acceptation par le règlement des déclarations de fournisseur à long terme aide, mais seulement si le fournisseur est disposé et capable de certifier l'origine de la fusion pour chaque coulée. Les importateurs de petite et moyenne taille sans équipes de conformité dédiées peuvent trouver que le retard de vérification aux douanes perturbe particulièrement les calendriers de livraison en juste-à-temps.
Les producteurs d'acier au sein de l'UE, en revanche, voient cette règle comme un complément nécessaire au système de contingents. Eurofer, l'association européenne de l'acier, a soutenu que sans la transparence sur la fusion-coulée, les contingents pourraient être contournés par réacheminement. La décision de la Commission d'autoriser une période transitoire de douze mois pour les expéditions dépourvues de MTC suggère qu'elle reconnaît la difficulté pratique d'une conformité totale immédiate, mais l'avertissement selon lequel la liste des preuves pourrait être réduite après septembre 2027 met l'industrie face à l'obligation de s'adapter rapidement.
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