L'euro a progressé face au dollar le 4 septembre 2026, passant de 1,1615 à 1,1622. Sept points de base sont à peine une erreur d'arrondi dans la plupart des contextes, mais la direction compte. Ce gain est intervenu un jour où les employeurs américains ont créé 162 000 emplois et où le taux de chômage américain est resté à 4,1 %, des données qui renforcent normalement le dollar. À la place, le dollar s'est affaibli parce qu'un gouverneur de la Réserve fédérale s'est publiquement prononcé contre de nouvelles hausses de taux.
La dynamique est simple : la Banque centrale européenne semble quasi certaine de relever son taux de dépôt de 25 points de base à 2,50 % le 10 septembre, tandis que la Réserve fédérale apparaît de plus en plus enclin à faire une pause. Une politique monétaire divergente a tendance à pousser la devise de la juridiction qui resserre plus haut, et c'est ce que les marchés anticipent.
Waller signale une pause de la Fed
Le gouverneur de la Réserve fédérale Christopher Waller a déclaré le 4 septembre qu'il préférerait maintenir les taux d'intérêt inchangés lors de la réunion de septembre de la Fed si l'inflation poursuit sa tendance baissière. Cette remarque a contrecarré ce qui aurait sinon été une journée positive pour le dollar. Les créations d'emplois non agricoles ont progressé de 162 000 en août, dépassant de nombreuses prévisions. Le taux de chômage est resté à 4,1 %. Selon les règles d'antan, des données solides sur le marché du travail auraient renforcé le cas pour un resserrement.
Les commentaires de Waller ont modifié les anticipations du marché. La probabilité implicite d'une hausse de taux de la Fed en septembre est passée d'environ 63 % à 50 %. Le rendement du Trésor à deux ans a tout de même grimpé à 4,41 % après la publication des emplois, reflétant un certain falconisme résiduel, mais le dollar n'a pas pu conserver ses gains face à l'euro. Les opérateurs ont pris les remarques de Waller comme un signal que le cycle de resserrement de la Fed est plus proche de sa fin que ne le suggèrent les seules données sur l'emploi.
La BCE prête à relever à nouveau ses taux
De l'autre côté de l'Atlantique, le calcul est différent. L'inflation dans la zone euro a atteint 3,3 % en août, bien au-dessus de l'objectif de 2,0 % de la BCE. Les prix de l'énergie, poussés à la hausse par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, continuent de se répercuter sur les prix à la consommation. La BCE a constamment signalé un nouveau resserrement, et les marchés considèrent une hausse de 25 points de base lors de la réunion du 10 septembre comme quasi acquise.
Ce taux porterait le guichet de dépôt de la BCE à 2,50 %, encore bien en deçà de la fourchette actuelle de la Fed, mais évoluant dans la direction opposée. Cette divergence, l'écart qui se creuse entre ce que fait une banque centrale et ce que l'autre met en pause, est le moteur mécanique derrière la force récente de l'euro.
Une économie de la zone euro qui envoie des signaux mitigés
La position faucon de la BCE s'assoit mal avec les données sous-jacentes. Les chiffres d'Eurostat publiés le 4 septembre montrent que les ventes de détail ont reculé de 0,6 % en glissement mensuel en juillet. La croissance annuelle est tombée à seulement 0,6 %. La demande de consommation dans la zone monétaire est faible, et relever les taux dans un ralentissement comporte des risques évidents : des coûts d'emprunt plus élevés peuvent freiner davantage la dépense, approfondir la contraction et éventuellement exiger un renversement de politique plus brutal.
Le problème d'inflation, cependant, est réel. À 3,3 %, la croissance des prix dépasse la cible de 1,3 point de pourcentage, et les coûts de l'énergie restent imprévisibles. Le conseil des gouverneurs de la BCE a jugé, jusqu'ici, que le risque d'inflation l'emportait sur le risque de croissance. La tenue de ce jugement au-delà de septembre dépendra en partie de l'évolution des prix de l'énergie et en partie de l'aggravation ou non du ralentissement.
Un vote de confiance français ajoute de l'incertitude
La France fait face à un vote de confiance à l'Assemblée nationale le 8 septembre, deux jours avant la réunion de la BCE. Un vote défavorable pourrait déstabiliser le gouvernement de l'une des plus grandes économies de la zone euro, injectant un risque politique dans un marché des changes qui navigue déjà entre des trajectoires divergentes des banques centrales. Même si le gouvernement survit, l'épisode rappellera aux investisseurs que la politique budgétaire dans la zone euro reste fragile.
Le calendrier est malcommode pour l'euro. Une crise gouvernementale à Paris donnerait aux opérateurs des raisons de douter de la capacité de la BCE à continuer de resserrer si la deuxième économie de la zone euro entre en paralysie politique. Les gains récents de la monnaie unique pourraient s'évaporer rapidement si le vote tourne au désavantage du gouvernement français.
Ce que ce mouvement signifie concrètement
Pour les voyageurs, un taux de 1,16 signifie que les Américains se rendant en Europe paient légèrement plus qu'il y a une semaine, et que les Européens visitant les États-Unis bénéficient d'une remise marginale. Le mouvement est assez faible pour que la plupart des touristes ne le remarquent pas, mais il n'est pas négligeable pour les entreprises ayant des expositions plus importantes.
Les importateurs européens achetant des biens libellés en dollars font face à une hausse de coûts modeste. Les importateurs américains s'approvisionnant dans la zone euro pourraient trouver un certain soulagement si l'euro continue de progresser, bien que le mouvement actuel soit trop faible pour remodeler significativement la tarification. Pour les entreprises qui couvrent leur risque de change, la question est de savoir si la dérive haussière de l'euro a encore de la marge ou si la BCE fera une pause après septembre, réduisant la divergence qui le soutient.
Personnalités mentionnées
-
Christopher Waller
Organisations
European Central Bank · Federal Reserve