Économie · Économie de l'énergie
Les renouvelables font chuter les prix de gros de l'électricité européens de 24 % malgré la hausse de l'inflation
Une analyse de Positive Money Europe montre que l'éolien et le solaire ont contenu les coûts entre 2023 et 2025, mais la hausse des taux d'intérêt menace les déploiements supplémentaires nécessaires à la stabilisation des factures.
L'inflation au sein de l'Union européenne remonte vers 3 % en juillet 2026, largement tirée par la volatilité des coûts énergétiques. Les récentes tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont perturbé les chaînes d'approvisionnement et fait grimper les prix du pétrole et du gaz, rappelant aux décideurs politiques que la dépendance aux combustibles fossiles importés reste une faiblesse structurelle. Or, une nouvelle analyse suggère que la solution à cette crise d'accessibilité financière fonctionne déjà au sein du réseau. Les données compilées par Positive Money Europe indiquent que la production solaire et éolienne a fait baisser les prix de gros de l'électricité de 24,2 % en moyenne entre 2023 et 2025, alors même que les factures des particuliers restaient sous pression.
Ces résultats remettent en question l'idée selon laquelle la transition énergétique serait un projet purement environnemental. Au contraire, le rapport présente le déploiement des renouvelables comme une infrastructure économique critique, capable de protéger les ménages et les industries européennes des chocs externes. Si l'investissement initial requis est substantiel, les coûts de fonctionnement de l'éolien et du solaire sont négligeables par rapport à ceux de la production au gaz. Cette distinction est de plus en plus visible dans les données du marché, bien que les avantages ne soient pas répartis équitablement entre les États membres.
Comment le système de l'ordre de mérite fait baisser les prix
Pour comprendre pourquoi les renouvelables réduisent les coûts, il faut examiner les mécanismes du marché de l'électricité de l'UE. La formation des prix suit un système d'ordre de mérite où les sources d'énergie les moins chères sont appelées en premier. Les énergies renouvelables, n'ayant pas de coûts de combustible, entrent sur le marché au point de prix le plus bas. Elles déplacent les sources de production plus coûteuses, généralement le gaz ou le charbon, qui sont repoussées plus bas dans le classement. Le prix final du marché est fixé par la centrale la plus chère nécessaire pour répondre à la demande à un instant donné.
Lorsque la capacité éolienne et solaire est élevée, elles couvrent une plus grande partie de la demande totale. Cela exclut totalement les centrales à gaz onéreuses de l'ordre de mérite pendant les heures de pointe de production. Dans certains cas, les renouvelables deviennent elles-mêmes le prix marginal. Leurs coûts variables étant proches de zéro, cela fait chuter considérablement les prix de gros. Cependant, le système reste vulnérable pendant les périodes de faible production renouvelable. Quand le vent ne souffle pas et que le soleil ne brille pas, les centrales à gaz reviennent à la marge, rétablissant le lien entre les marchés des combustibles fossiles et les factures d'électricité.
Cette dynamique explique pourquoi les baisses de prix ne sont pas linéaires. Faire passer la pénétration des renouvelables de 10 % à 20 % génère des économies modestes, mais passer de 25 % à 35 % produit une baisse des coûts beaucoup plus nette. Plus les renouvelables couvrent souvent la demande totale, moins le gaz fixe les prix pendant un grand nombre d'heures. Ce découplage est l'objectif ultime de la sécurité énergétique, mais il nécessite des niveaux de capacité que la majeure partie de l'Europe n'a pas encore atteints.
Des résultats divergents selon les États membres
L'impact économique de la transition varie considérablement selon le mix énergétique national. L'Espagne sert d'exemple principal de réussite. Entre 2016 et 2025, le pays a presque doublé sa capacité solaire et éolienne. Par conséquent, les prix de gros de l'électricité ont chuté de 35,6 % grâce aux effets de la production renouvelable. Le marché ibérique illustre ce qui se passe lorsque l'investissement dans les infrastructures s'aligne sur le potentiel géographique.
Contrastons avec l'Italie, où le gaz couvre encore environ 50 % de la production d'électricité. Là-bas, l'effet de réduction des prix s'est limité à 11,2 %. La dépendance au gaz signifie que le prix marginal est fixé plus fréquemment par les combustibles fossiles, transmettant directement la volatilité mondiale aux consommateurs. La France présente un cas différent en raison de sa base nucléaire existante, mais l'effet non linéaire reste visible. Y augmenter la part des renouvelables de 25 % à 35 % a conduit à une baisse des prix d'environ 45 points de pourcentage, dépassant de loin les gains observés à des niveaux de pénétration inférieurs.
Ces disparités mettent en évidence un risque politique au sein du marché unique. Les pays qui ont investi tôt dans les renouvelables récoltent désormais des coûts de gros inférieurs, tandis que les retardataires restent exposés aux prix à l'importation. Cela pourrait fausser la compétitivité industrielle au cours de la prochaine décennie. Les fabricants en Espagne bénéficient de coûts énergétiques structurellement plus bas que leurs homologues en Italie ou en Allemagne, ce qui pourrait influencer les décisions d'implantation d'investissements au sein du bloc.
L'obstacle du financement pour passer à l'échelle
Malgré des arguments économiques évidents, le déploiement ralentit en raison de contraintes financières. Les renouvelables sont des technologies intensives en capital. La plupart des coûts sont engagés en amont lors de la planification, de l'autorisation et de la construction. Une fois opérationnelles, le carburant est gratuit. Cette structure de coûts rend les projets renouvelables très sensibles au coût du capital. Les centrales à combustibles fossiles, en comparaison, ont des coûts initiaux inférieurs mais des dépenses de carburant courantes élevées, ce qui les rend moins sensibles aux fluctuations des taux d'intérêt.
L'analyse montre que la hausse des taux d'intérêt de 2 % à 6 % augmente le coût actualisé de l'électricité pour le solaire avec stockage de 33 %. Les coûts de l'éolien terrestre augmentent d'environ 24 %. En revanche, le coût de la production d'électricité à partir du gaz n'augmente que de 3,7 % dans les mêmes conditions. Cette asymétrie crée un effet pervers où le resserrement monétaire destiné à freiner l'inflation rend paradoxalement plus chère la construction de la solution à l'inflation énergétique.
L'accès au financement est désormais le principal obstacle pour les entreprises de technologies propres. Une enquête de la Banque européenne d'investissement a révélé que 30 % de ces entreprises citent l'accès au financement comme une barrière majeure, soit plus du double de la part observée parmi les entreprises d'autres secteurs. Les coûts d'emprunt élevés bloquent des projets qui feraient autrement baisser les prix à moyen terme. Cela crée un dilemme politique : les banques centrales doivent équilibrer la lutte contre l'inflation avec la nécessité de faciliter l'investissement dans des infrastructures stabilisant les prix.
Besoins d'investissement et réponse politique
L'ampleur des dépenses nécessaires pour combler ce fossé est considérable. La stratégie d'investissement dans les énergies propres de la Commission européenne, lancée en mars 2026, estime que les dépenses annuelles du système énergétique doivent atteindre environ 660 milliards d'euros d'ici 2030. Entre 2031 et 2040, ce chiffre passe à 695 milliards d'euros par an. Les niveaux d'investissement actuels restent bien en deçà de ces objectifs. Sans intervention publique ou réforme du système financier, la transition progressera trop lentement pour protéger les consommateurs des chocs futurs.
Les décideurs politiques commencent à considérer l'investissement dans les renouvelables comme une infrastructure critique de stabilité des prix plutôt que comme une dépense environnementale facultative. Ce changement implique l'utilisation de tous les outils disponibles, y compris les finances publiques et potentiellement les instruments de politique monétaire, pour accélérer le déploiement. La Banque centrale européenne est confrontée à des pressions pour examiner comment son bilan et ses facilités de prêt peuvent soutenir la transition verte sans compromettre son mandat de stabilité des prix. Les analyses futures suggèrent que les banques centrales pourraient avoir besoin de faire la distinction entre l'inflation provoquée par des chocs d'offre et celle induite par les coûts de la transition.
La voie à suivre exige de reconnaître que la transition énergétique et la stabilité des prix sont liées. Les traiter comme des domaines politiques séparés risque de compromettre les deux. Si l'Europe veut protéger son économie des futurs chocs de prix des combustibles fossiles, elle doit déployer les renouvelables rapidement et à grande échelle. Cela nécessite un système financier calibré pour soutenir les infrastructures à forte intensité de capital. La technologie est prête, l'économie est prouvée, mais les mécanismes d'allocation du capital restent ancrés dans le passé.
Pour les consommateurs, le bilan est mitigé. Les factures peuvent rester élevées à court terme pour financer la modernisation du réseau et les solutions de stockage. Mais la tendance structurelle est à la baisse si la capacité continue de s'étendre. La volatilité observée en juillet 2026 est le symptôme d'une transition inachevée, et non d'un échec de la technologie. Achever ce déploiement est désormais autant une question d'ingénierie financière que d'ingénierie d'actifs physiques.
Sources
People mentioned
Veronica Calienno
Organisations
Positive Money Europe · European Commission · European Central Bank · European Investment Bank