Revaia a fait son entrée la plus explicite à ce jour dans la finance climatique, en nommant Marc-Étienne Mercadier au poste de partenaire pour co-diriger le premier fonds dédié à la transition énergétique de la société. Cette nomination, annoncée lundi, associe Mercadier à Jean-Patrice Bellier, qui a rejoint l'investisseur de croissance basé à Paris fin 2025 avec un mandat similaire. Ensemble, ils ont pour mission de constituer l'équipe d'investissement et de déployer une stratégie couvrant la décarbonation, l'efficacité des ressources, la résilience et la transition énergétique au sens large.
Un investisseur en logiciels se tourne vers les actifs physiques
Le portefeuille de Revaia ressemble à la liste des réussites des logiciels B2B européens : Aircall, Deepki, Frontify, Mews, Sekoia.io, Synera. La société a bâti sa réputation sur le capital croissance pour les entreprises technologiques, signant généralement des chèques de 10 à 50 millions d'euros dans des entreprises ayant prouvé leur adéquation produit-marché. La transition énergétique représente un changement de cap. Le secteur exige une maîtrise de la finance de projet, du risque réglementaire, de l'exposition aux matières premières et des structures de capital à longue échéance, des compétences que l'on ne trouve généralement pas dans le tableau de capitalisation d'une entreprise SaaS.
Mercadier possède précisément cette expérience. Chez Eiffel Investment Group, il a créé et dirigé le fonds Eiffel Gaz Vert à partir de 2020, déployant plus de 500 millions d'euros de fonds propres dans des investissements en énergies renouvelables, décarbonation et efficacité énergétique à travers l'Europe. Son parcours couvre le capital-investissement, les infrastructures et la finance structurée, avec des sièges au conseil d'administration d'entreprises à forte croissance et la participation à cinq levées de fonds. Avant Eiffel, il a contribué à industrialiser le modèle de producteur indépendant d'électricité chez Générale du Solaire. Ce recrutement indique que Revaia a l'intention d'intervenir sur l'ensemble de la structure du capital, et non seulement de prendre des participations minoritaires.
Des parcours complémentaires, un mandat commun
Le parcours de Bellier est différent. Ses quelque 15 années dans l'énergie et le climat ont été largement consacrées au conseil, en travaillant avec des leaders industriels européens sur des stratégies de décarbonation et de croissance. Mercadier a évolué du côté de l'investissement, en souscrivant des actifs, en structurant des véhicules et en siégeant à des comités d'investissement. Cette combinaison suggère que Revaia veut à la fois les relations stratégiques qui ouvrent les portes de l'industrie lourde et la capacité technique d'évaluer le risque dans les technologies naissantes. Alice Albizzati et Elina Berrebi, partenaires fondatrices de Revaia, ont décrit le duo comme apportant au premier fonds "exactement le leadership dont il a besoin" pour saisir ce qu'elles qualifient d'opportunité d'investissement historique : faire évoluer les entreprises qui décarboneront l'économie européenne tout en renforçant son indépendance énergétique.
Ce cadrage, l'indépendance énergétique parallèlement à la décarbonation, est devenu le récit politique dominant à Bruxelles et dans les capitales nationales depuis 2022. Le plan REPowerEU de la Commission européenne et le Net Zero Industry Act ont orienté les financements publics et le soutien réglementaire vers la fabrication et le déploiement de technologies propres nationales. Le capital privé est censé suivre. L'Agence internationale de l'énergie estime que les investissements annuels dans les énergies propres doivent plus que tripler d'ici 2030 pour atteindre les objectifs de neutralité carbone, l'Europe représentant une part importante. Le rapport World Energy Investment 2024 de l'AIE évalue les dépenses mondiales en énergie propre à environ 2 000 milliards de dollars en 2024, ce qui reste encore loin de ce que les trajectoires modélisées exigent.
Le déficit de capital croissance dans la climate tech européenne
L'opportunité que voit Revaia se situe au stade de la croissance, les entreprises qui ont réduit le risque de leur technologie mais qui ont besoin de capitaux pour construire des usines, embaucher des équipes commerciales et se développer sur les marchés européens. C'est la vallée de la mort où de nombreuses startups climatiques bloquent : trop capitalistiques pour les fonds de capital-risque traditionnels, trop précoces ou trop petites pour les investisseurs en infrastructure qui préfèrent les flux de trésorerie contractés. L'expérience de Mercadier en fonds propres et en dette structurés est pertinente ici. Les entreprises climatiques en phase de croissance exigent de plus en plus d'instruments hybrides, de financement basé sur les revenus, de facilités convertibles, de structures adossées à des contrats d'achat, qui se situent entre les fonds propres purs et la finance de projet.
Le portefeuille existant de Revaia donne un aperçu de là où se trouve le chevauchement. Deepki fournit des analyses de performance énergétique pour les portefeuilles immobiliers. Ampeco exploite un logiciel de gestion de la recharge de véhicules électriques. Ce sont des entreprises logicielles au service de la transition énergétique. Le nouveau fonds soutiendra probablement d'autres entreprises de ce type, mais aussi des entreprises construisant des actifs physiques : stockage sur batterie, hydrogène vert, pompes à chaleur industrielles, matériaux circulaires. Le défi consiste à construire une stratégie de fonds unique qui accueille à la fois les marges des logiciels à faible actif et l'économie de projet à actifs lourds, sans perturber les associés commanditaires.
Levée de fonds sur un marché encombré
Le paysage européen des fonds climatiques s'est rapidement encombré. Des véhicules dédiés à la transition énergétique ont été lancés par des gestionnaires d'infrastructure établis (Antin, Ardian, Cube), des sociétés de capital-risque (World Fund, Lowercarbon) et de nouvelles plateformes (2150, Pale Blue Dot). Les associés commanditaires allouent des capitaux, mais ils se consolident également. Un premier fonds d'une maison de capital croissance sans historique climatique fait l'objet d'un examen minutieux. Le déploiement de 500 millions d'euros par Mercadier chez Eiffel Gaz Vert est la preuve principale de sa capacité d'exécution. Le réseau de conseil de Bellier apporte de la crédibilité au flux de transactions. La taille du fonds n'a pas été divulguée ; les fonds précédents de Revaia ont ciblé des fourchettes de 300 à 500 millions d'euros.
Mercadier a noté que le capital-investissement de croissance est "dans une position unique" pour fournir aux entreprises à fort impact des capitaux de mise à l'échelle tout en soutenant les objectifs européens de décarbonation et la souveraineté industrielle. L'argument de la souveraineté résonne avec les allocateurs institutionnels, en particulier les fonds de pension et les assureurs français et allemands sous pression pour aligner leurs portefeuilles sur la taxonomie de l'UE et les lois climatiques nationales. Mais cela soulève aussi des questions : le fonds donnera-t-il la priorité aux entreprises dont le siège est en Europe ? Investira-t-il dans des chaînes d'approvisionnement qui trouvent leur origine en dehors de l'UE ? La présence nord-américaine de Revaia suggère une vision transatlantique, mais la rhétorique politique pointe vers l'intérieur.
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L'essentiel
Personnalités mentionnées
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Marc-Étienne Mercadier
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Jean-Patrice Bellier
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