Le Organisation mondiale du commerce a vu son Baromètre du commerce des marchandises grimper à 102,0 en septembre, sa plus haute lecture depuis que la série a commencé à signaler une croissance du commerce de marchandises supérieure à la tendance au début 2024. La hausse par rapport à 101,7 en juin suggère que l'expansion du commerce mondial ne se contente pas de se maintenir mais s'accélère, même si le conflit au Moyen-Orient menace les flux énergétiques par le détroit d'Hormuz.
La demande de matériel d'IA propulse le chiffre principal
Le composant marquant est l'indice des composants électroniques, qui a bondi à 104,9. Ce chiffre reflète des dépenses d'investissement soutenues dans les serveurs, accélérateurs et équipements réseau qui sous-tendent l'entraînement et l'inférence des grands modèles de langage. Pour les fabricants d'équipements européens, notamment aux Pays-Bas, en Allemagne et en Irlande, ce cycle a constitué une rare lueur d'espoir dans un environnement manufacturier par ailleurs atone. ASML, BE Semiconductor et Infineon ont tous cité les commandes liées à l'IA comme un amortisseur face à la faiblesse de la demande automobile et industrielle au cours de l'année écoulée.
L'indice des commandes à l'exportation, que l'OMC décrit comme hautement prédictif, a progressé à 103,5. Cela laisse présager un élan soutenu dans les mois à venir, en l'absence de forte escalade en matière de politique commerciale ou de perturbation énergétique. Le fret aérien international (102,8) et les matières premières agricoles (102,6) se situent également confortablement au-dessus de la tendance, tandis que les produits automobiles (101,5) frôlent à peine la référence.
Le transport maritime de conteneurs reste l'exception
Un seul indice composant se situe sous 100 : le transport maritime de conteneurs à 99,6. Ce léger repli suggère que le boom logistique post-pandémie s'est pleinement normalisé et que la capacité excédentaire de navires livrée au cours des deux dernières années pèse encore sur les taux d'utilisation. Pour Rotterdam, Anvers et Hambourg, l'implication est claire : les volumes de trafic peuvent croître, mais le pouvoir de fixation des prix reste limité. Maersk et Hapag-Lloyd ont tous deux anticipé des taux contractuels stables jusqu'en 2027.
Les effets du conflit au Moyen-Orient ne se sont pas encore pleinement matérialisés
L'OMC note que les perturbations commerciales dans le détroit d'Hormuz devraient être plus pleinement capturées dans les données du deuxième trimestre dès que les chiffres seront disponibles. Le rapport Perspectives et statistiques du commerce mondial (GTOS) de mars a modélisé un scénario de prix de l'énergie élevés qui a rogné 0,5 point de pourcentage sur la prévision de base de 1,9 % de croissance du volume du commerce de marchandises pour 2026, la ramenant à 1,4 %. Depuis ce rapport, le détournement des pétroliers par le cap de Bonne-Espérance a ajouté dix à quatorze jours aux voyages Europe-Asie, renchérissant les coûts de fret et les stocks pour les secteurs européens à forte intensité énergétique tels que la chimie et l'acier.
Le baromètre lui-même, en tant qu'indicateur avancé, ne reflète peut-être pas encore l'impact total. Les indices composants sont construits à partir de données qui accusent généralement un retard de plusieurs semaines sur les mouvements maritimes en temps réel. La mise à jour GTOS d'octobre sera la première évaluation autorisée pour savoir si l'effet Hormuz suit le scénario de prix de l'énergie élevés ou quelque chose de plus modéré.
L'investissement dans l'IA pourrait ajouter un demi-point de pourcentage à la croissance du commerce
Le rapport GTOS de mars a quantifié ce que les analystes arguent depuis des mois : un investissement soutenu dans l'IA pourrait contribuer à hauteur de 0,5 point de pourcentage supplémentaire à la croissance du commerce de marchandises. Cette estimation repose sur le contenu en importations de la construction de centres de données, des semi-conducteurs, des transceveurs optiques, des puces de gestion de l'énergie, des câbles spécialisés, dont une grande partie franchit les frontières plusieurs fois avant l'assemblage final. Pour l'UE, qui accuse un déficit structurel dans les semi-conducteurs avancés mais un excédent dans les équipements de fabrication de semi-conducteurs, l'effet net dépend de savoir si les exportations d'équipements l'emportent sur les importations de puces.
L'exposition européenne est asymétrique
Le modèle d'exportation allemand, fortement axé sur l'automobile, ne tire qu'un bénéfice marginal du cycle de l'IA ; l'indice des produits automobiles à 101,5 confirme que le secteur croît à peine. Les Pays-Bas et l'Irlande, en revanche, se trouvent au cœur des chaînes d'approvisionnement en équipements pour semi-conducteurs et centres de données. L'aéronautique française et la machinerie industrielle italienne se situent quelque part entre les deux. L'excédent commercial global de l'UE en marchandises s'est réduit au premier semestre 2026, selon Eurostat, les factures d'importations d'énergie étant restées élevées tandis que les exportations de biens d'équipement vers la Chine ralentissaient.
Le contexte politique reste incertain
L'OMC signale une incertitude élevée entourant les politiques commerciales. Le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'UE entre dans sa phase définitive en 2026, les restrictions américano-chinoises sur les semi-conducteurs continuent de s'étendre, et l'enquête sur les droits de douane relatifs aux véhicules électriques UE-Chine reste non résolue. Aucun de ces éléments n'est capturé par les indices composants du baromètre, qui mesurent les flux physiques plutôt que le risque politique. L'indice des commandes à l'exportation pourrait déjà intégrer un certain effet d'anticipation avant d'éventuels changements tarifaires.
Ce que testera la mise à jour d'octobre
Le prochain rapport GTOS, attendu en octobre, fournira la première vue d'ensemble des volumes commerciaux du deuxième trimestre, y compris la perturbation d'Hormuz. Il révisera également les prévisions pour 2026 et 2027. Les questions clés : savoir si le scénario de prix de l'énergie élevés s'est matérialisé, si le cycle d'investissement dans l'IA s'élargit au-delà des hyperscalers vers l'adoption par les entreprises, et si l'utilisation du transport maritime de conteneurs a touché son point bas. Pour les ministres européens du commerce qui se réuniront à Bruxelles le mois prochain, les réponses façonneront le mandat de négociation pour la treizième conférence ministérielle de l'OMC.
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