Un enfant qui atteint son premier anniversaire en Espagne peut s'attendre à vivre 83,30 ans. Un enfant dans la même situation en Roumanie peut s'attendre à 75,90 ans. L'écart de 7,40 ans, enregistré dans le jeu de données d'espérance de vie d'Eurostat pour 2024, est le plus large parmi les huit États membres pour lesquels des données actuelles sont disponibles.

Les chiffres confirment ce que les démographes et les chercheurs en santé publique suivent depuis des années : les résultats de santé dans l'Union européenne continuent de suivre un gradient est-ouest familier. L'Espagne, la Suède, l'Italie et la France se situent toutes au-dessus de la moyenne de l'UE de 80,80 ans. La Tchéquie, la Pologne, la Hongrie et la Roumanie se situent toutes en dessous. La distance entre le haut et le bas a à peine bougé.

Huit pays, un classement familier

Les données de 2024 ne couvrent que huit des 27 États membres de l'UE, ceux qui ont communiqué des chiffres pour l'année la plus récente. L'Espagne arrive en tête avec 83,30 ans, suivie de près par la Suède à 83,00 et l'Italie à 82,90. La France arrive à 82,40. Les quatre dépassent la moyenne de l'UE.

Sous cette ligne, la chute est brutale. La Tchéquie enregistre 79,30, soit 1,50 an plein en dessous de la moyenne. La Pologne se situe à 77,80, trois ans de moins. La Hongrie, à 76,10, accuse un retard de 4,70 ans sur la moyenne. La Roumanie, à 75,90, est en retrait de 4,90 ans. La distance entre la France, quatrième, et la Tchéquie, cinquième, est de trois ans pleins, plus large que l'écart entre l'Espagne et la France.

Ce n'est pas un nouveau schéma. Les pays d'Europe du Sud et du Nord occupent les premières places des tableaux d'espérance de vie de l'UE depuis plus d'une décennie. Les membres d'Europe centrale et orientale sont constamment à la traîne. Les chiffres de 2024 renforcent la tendance plutôt qu'ils ne la brisent.

Reprise post-pandémique, gains inégaux

Ce qui est notable dans les chiffres de 2024, c'est que chacun des huit pays a dépassé son niveau de 2019. La pandémie de Covid-19 a fait baisser l'espérance de vie sur tout le continent en 2020 et 2021, certains États membres perdant plus d'un an d'espérance de vie moyenne. La reprise est réelle, mais son rythme varie.

La Roumanie et la Tchéquie ont chacune gagné 0,90 an entre 2019 et 2024, les plus fortes progressions du groupe. La Roumanie est passée de 75,00 à 75,90 ; la Tchéquie de 78,40 à 79,30. La Suède a gagné 0,80 an, passant de 82,20 à 83,00. La Pologne a ajouté 0,60 an, l'Espagne 0,60, la Hongrie 0,50, la France 0,40 et l'Italie 0,30.

Les gains plus importants en bas du tableau reflètent en partie une réalité mathématique : les pays dont l'espérance de vie de base est plus faible ont plus de marge de progression. Mais ils reflètent aussi quelque chose de plus concret. La Roumanie et la Tchéquie ont toutes deux subi une mortalité sévère due au Covid-19 en 2020 et 2021, ce qui signifie que leurs bases de 2019 ont été suivies de chutes brutales avant la reprise. Le gain net sur cinq ans masque une trajectoire volatile.

Le gain modeste de 0,30 an de l'Italie, le plus faible du groupe, raconte une autre histoire. L'Italie a été touchée tôt et durement par la pandémie, particulièrement en Lombardie, et son espérance de vie a chuté brutalement en 2020. Ne récupérer que 0,30 an au-dessus du niveau de 2019 d'ici 2024 suggère que certains effets de la pandémie sur la mortalité, qu'ils soient dus aux traitements retardés, aux lésions organiques durables ou à la tension plus large sur le système de santé, se sont révélés persistants.

Ce que l'espérance de vie à un an mesure réellement

Les chiffres de Eurostat mesurent l'espérance de vie à un an, pas à la naissance. La distinction importe. L'espérance de vie à la naissance intègre la mortalité infantile, la probabilité de mourir durant la première année de vie. L'espérance de vie à un an l'exclut. Elle répond à une autre question : sachant qu'un enfant a survécu aux 12 mois les plus vulnérables, combien de temps peut-il s'attendre à vivre ?

Pour les pays où la mortalité infantile est plus élevée, l'espérance de vie à la naissance paraîtrait plus mauvaise que l'espérance de vie à un an. Le taux de mortalité infantile de la Roumanie, bien qu'amélioré, reste supérieur à la moyenne de l'UE. Cela signifie que l'écart de 7,40 ans à un an sous-estime probablement la vraie différence d'espérance de vie à la naissance. L'écart complet, s'il était mesuré à la naissance, serait probablement encore plus large.

Cet indicateur reflète aussi les conditions qui s'accumulent tout au long de la vie : alimentation, risques professionnels, qualité de l'air, sécurité routière, consommation d'alcool et de tabac, accès aux soins préventifs et qualité du traitement des maladies chroniques. C'est un indicateur composite de la manière dont une société soutient la santé de sa population de la petite enfance à la vieillesse.

Pourquoi l'Espagne mène et la Roumanie traîne

La position de l'Espagne au sommet du tableau est bien établie. Les chercheurs ont pointé plusieurs facteurs contributifs : un régime riche en huile d'olive, poisson et légumes ; des taux de maladies cardiovasculaires plus faibles que chez ses pairs d'Europe du Nord ; un système de soins primaires fort qui détecte les affections tôt ; et la cohésion sociale, y compris les réseaux familiaux qui fournissent des soins informels aux personnes âgées. L'Espagne bénéficie aussi de taux de tabagisme plus faibles chez les femmes que dans de nombreux pays d'Europe du Nord, bien que les taux de tabagisme masculin restent une préoccupation.

La position de la Roumanie au bas du tableau reflète un autre ensemble de réalités. Les dépenses de santé par habitant restent parmi les plus faibles de l'UE. Le pays fait face à une émigration soutenue des professionnels de santé, particulièrement des médecins, qui peuvent gagner des multiples des salaires roumains en Allemagne, en France ou au Royaume-Uni. Les soins préventifs sont sous-utilisés. La mortalité par maladies cardiovasculaires est élevée. Les taux de tabagisme, surtout chez les hommes, dépassent la moyenne de l'UE. La pollution de l'air provenant des centrales à charbon et des véhicules anciens ajoute un fardeau supplémentaire.

La Hongrie, seulement 0,20 an devant la Roumanie, fait face à des pressions similaires. L'Organisation de coopération et de développement économiques a régulièrement signalé les taux élevés de mortalité par des affections traitables en Hongrie, suggérant que le système de santé ne fournit pas les résultats que son niveau de dépenses devrait permettre. La Pologne, bien que mieux placée à 77,80, accuse encore un retard d'environ trois ans sur ses voisins occidentaux.

Convergence, mais pas assez rapide

Le fait que la Roumanie et la Tchéquie aient enregistré les plus forts gains depuis 2019 pointe vers une tendance de convergence à long terme. Au cours des deux dernières décennies, l'écart entre les membres occidentaux et orientaux de l'UE s'est réduit. L'adhésion à l'UE a apporté des fonds structurels, un alignement réglementaire en matière de santé et de sécurité, et une pression pour améliorer les standards de santé. La hausse des revenus en Europe centrale et orientale a aussi contribué, les résultats de santé étant étroitement corrélés au PIB par habitant.

Mais la convergence est lente. Un écart de 7,40 ans entre l'Espagne et la Roumanie en 2024 n'est que modestement plus petit que les écarts enregistrés dans les décennies précédentes. Aux taux d'amélioration actuels, combler entièrement l'écart prendrait des générations. Les profils pays de l'état de santé dans l'UE de la Commission européenne, publiés tous les deux ans, ont régulièrement souligné l'ampleur du défi : les inégalités de santé entre États membres restent l'un des marqueurs les plus frappants de la divergence économique et sociale au sein de l'Union.

Il y a aussi la question de savoir si la convergence se poursuivra du tout. La pandémie a perturbé les systèmes de santé sur tout le continent, mais la perturbation n'a pas été répartie uniformément. Les pays qui ont abordé la crise avec une infrastructure de santé plus faible ont perdu plus de terrain. La reprise dépend de l'investissement, et l'investissement dépend de la capacité budgétaire. La Roumanie et la Hongrie font toutes deux face à des contraintes sur les dépenses publiques que l'Espagne et la Suède n'ont pas.

Un tableau partiel

Les huit pays de la publication 2024 représentent un sous-ensemble de l'UE. De grandes économies, dont l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et l'Autriche, n'ont pas encore communiqué, et leur inclusion pourrait modifier les moyennes. L'espérance de vie à un an de l'Allemagne s'est historiquement située près de la moyenne de l'UE, donc son absence ne fausse pas dramatiquement l'étendue, mais le tableau complet ne sera clair que lorsque les 27 États membres auront communiqué.

Ce qui est déjà visible suffit pour tirer une conclusion claire. La fracture sanitaire de l'UE ne s'est pas refermée. Elle s'est réduite aux marges, les moins bons performants ayant regagné du terrain après une pandémie qui les a frappés le plus durement. Mais un enfant né en Europe de l'Est fait encore face à des perspectives de vie significativement plus courtes qu'un enfant né en Méditerranée ou en Scandinavie, et les institutions chargées de combler cet écart, gouvernements nationaux et Commission européenne compris, n'ont pas encore trouvé le moyen d'accélérer le processus.

Organisations

Eurostat