L'Alternative für Deutschland a recueilli 44 % des voix en Saxe-Anhalt dimanche, le meilleur résultat pour un parti d'extrême droite lors d'une élection régionale en Allemagne depuis l'ère nazie. L'écart est assez large pour rendre la construction d'une coalition conventionnelle contre l'AfD quasi impossible, et assez inconfortable pour le chancelier Friedrich Merz que son maintien à la chancellerie après seize mois est désormais ouvertement remis en question.
L'arithmétique des coalitions
L'AfD a manqué la majorité absolue, ce qui signifie que son chef de file, Ulrich Siegmund, ne peut pas gouverner seul. Siegmund avait déclaré avant le scrutin qu'il ne se présenterait à la présidence du gouvernement qu'avec une majorité nette. Il doit désormais choisir entre chercher des partenaires, accepter une tolérance extérieure à une coalition, ou provoquer de nouvelles élections, ce qui exigerait une majorité des deux tiers au parlement régional que l'AfD ne possède pas.
Le BSW, un petit parti populiste « conservateur de gauche » qui a franchi de justesse le seuil des 5 %, a signalé qu'il pourrait offrir une coopération tacite. Tous les autres partis ont exclu de soutenir un gouvernement mené par l'AfD. Sven Schulze, le ministre-président CDU sortant, a concédé que son parti n'avait plus de mandat pour tenter d'assembler une coalition alternative.
Pourquoi les électeurs ont tourné le dos aux partis traditionnels
La Saxe-Anhalt est le Land le plus pauvre d'Allemagne, et les sondages à la sortie des urnes suggèrent que les griefs économiques ont davantage motivé les électeurs que la question de l'immigration, cheval de bataille de l'AfD. Les prix de l'énergie, tirés vers le haut par l'inflation et la guerre en Iran, pèsent lourd. Les promesses non tenues de Merz de relancer l'économie et de restaurer la discipline budgétaire ont figuré en bonne place dans le raisonnement des électeurs. Le résultat ressemble moins à une poussée de conviction idéologique qu'à un verdict sur un gouvernement qui a échoué à tenir ses engagements centraux.
Les progrès de l'AfD ne se cantonnent plus à l'ex-Allemagne de l'Est. Plus tôt cette année, le parti a réalisé de forts scores lors de deux élections régionales à l'ouest, portés par la crainte de la désindustrialisation. Mais la Saxe-Anhalt, où le niveau de vie est en retard et la confiance envers Berlin ténue, reste un terrain particulièrement propice. Le chiffre de 44 % dépasse les sondages nationaux actuels de l'AfD, qui s'établissent à 28 %, et surpasse l'objectif de 40 % que la coprésidente du parti, Alice Weidel, s'était fixé pour les prochaines législatives.
Le cordon sanitaire sous tension
La politique du « cordon sanitaire », en vertu de laquelle les partis traditionnels refusent de gouverner avec l'AfD ou de la tolérer, tient depuis l'entrée du parti dans les parlements régionaux il y a une décennie. Le scrutin de dimanche le teste plus sévèrement que tout résultat précédent. Lorsque l'AfD avait gagné dans le Thuringe voisin en 2024, son écart était plus faible, et les partis restants avaient réussi à bricoler une coalition transpartisane idéologiquement maladroite pour l'exclure. La marge en Saxe-Anhalt rend ce contournement bien plus difficile à reproduire.
Certains cadres de la CDU en Saxe-Anhalt avaient déjà questionné le cordon sanitaire avant le vote. Siegmund a déclaré qu'il passerait les prochaines semaines « la main tendue », testant si cette résistance tient. Si aucune coalition ne peut être formée et si aucune autre combinaison ne commande une majorité, le Land fait face soit à un gouvernement minoritaire de l'AfD, soit à de nouvelles élections.
Merz sur la défensive
Merz, visiblement ébranlé, a dit être « profondément choqué » par le résultat. Le chancelier a insisté sur la nécessité des réformes sociales prévues et a juré de les poursuivre « dans l'intérêt de nos enfants et petits-enfants ». Son partenaire de coalition junior, le SPD, a tenu un autre langage : lundi, il a signalé sa volonté d'assouplir les changements au coûteux système de protection sociale allemand pour apaiser les électeurs mécontents. Le désaccord expose les tensions au sein de la coalition droite-gauche, déjà fragile.
Le résultat en Saxe-Anhalt met au jour l'ampleur de la perte de confiance des électeurs qui attendaient de la compétence économique d'un chancelier qui a fait de la discipline budgétaire sa carte de visite. Selon Destatis, l'office fédéral de la statistique, le Land accuse depuis longtemps un retard sur l'Allemagne de l'Ouest en matière de revenus et d'emploi. La promesse de Merz de redresser l'économie allemande a le moins résonné là où elle est le plus nécessaire.
Deux autres élections régionales en septembre
Les électeurs de Berlin et de Mecklembourg-Poméranie occidentale se rendront aux urnes le 20 septembre. En Mecklembourg-Poméranie occidentale, l'AfD devance de peu le SPD dans les sondages. À Berlin, la CDU, la gauche radicale de Die Linke et l'AfD se disputent la première place. Même une victoire de la CDU dans la capitale laisserait probablement le parti en difficulté pour former une coalition cohérente, infligeant un nouveau coup à Merz qui pourrait déstabiliser davantage son gouvernement.
Personnalités mentionnées
Organisations
Alternative für Deutschland · Christian Democratic Union · Social Democratic Party · BSW