Un avion du gouvernement serbe s'est posé jeudi à Belgrade transportant le cercueil de Ratko Mladić, l'ancien commandant de l'armée des Serbes de Bosnie, mort dans un hôpital pénitentiaire néerlandais alors qu'il purgeait une peine de réclusion à perpétuité pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Le cercueil était drapé du drapeau serbe. Lundi, une cérémonie publique sera organisée à la Maison de l'Armée avant l'inhumation au cimetière de Topčider. Des milliers de personnes sont attendues. Pour l'Union européenne, cette cérémonie constitue un test : un pays candidat peut-il honorer un homme que les juridictions internationales ont condamné pour avoir orchestré le massacre de plus de 8 000 hommes et garçons musulmans bosniaques à Srebrenica, ainsi que le siège de Sarajevo, qui a duré près de quatre ans ?
La ligne rouge de l'UE sur les criminels de guerre
Marta Kos, la commissaire européenne à l'Élargissement, n'a pas mâché ses mots vendredi devant la presse à Dublin. « La glorification des criminels de guerre n'a pas sa place ; elle va totalement à l'encontre des valeurs européennes et n'a aucun espace, ni dans les États membres de l'UE, ni dans nos candidats », a-t-elle déclaré. La Commission, a-t-elle ajouté, « observe la situation de très près » et évaluera les actions du gouvernement dans les jours à venir. Son intervention marque un durcissement du langage de Bruxelles, qui affirme depuis longtemps que la réconciliation et la coopération avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie sont des conditions non négociables pour l'adhésion.
Kos a relié la question à une évolution plus large du cadre d'élargissement. « Les alliances stratégiques ou l'orientation stratégique dans le domaine de la sécurité commune et de la politique étrangère deviennent de plus en plus importantes », a-t-elle souligné. Cette formulation indique que l'alignement sur les positions de politique étrangère de l'UE, y compris la reconnaissance des jugements du TPIY, est désormais évalué en parallèle des chapitres traditionnels de l'acquis. Pour Belgrade, qui cherche à équilibrer sa voie européenne avec des liens étroits avec Moscou et Pékin, cet avertissement a du poids.
La présidence irlandaise accentue la pression
Le calendrier est délibéré. L'Irlande exerce la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne et préside vendredi à Dublin une réunion des pays candidats. Thomas Byrne, ministre d'État aux Affaires européennes, a adopté un ton tout aussi ferme. Tout en reconnaissant qu'« il n'y a pas vraiment de funérailles d'État », il a prévenu qu'« il est fort possible que de hauts responsables du gouvernement rendent hommage à cet homme, et c'est inacceptable ». Byrne a présenté la question comme un enjeu de guérison régionale : « Il est grand temps d'enterrer le passé et de poursuivre la réconciliation dans cette région. » Ses propos reflètent un consensus parmi plusieurs États membres selon lequel les Balkans occidentaux ne peuvent pas avancer tant que des criminels de guerre condamnés sont célébrés.
La prise de distance prudente de Belgrade
Les responsables serbes se sont rapidement efforcés de prendre leurs distances par rapport à la cérémonie de lundi. Une source gouvernementale, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a insisté sur le fait que le ministère de la Défense et l'état-major général ne sont pas les organisateurs de l'événement. L'hôte officiel est en effet l'Association des généraux à la retraite, un groupe d'anciens combattants. Le responsable a également précisé que Mladić ne sera pas inhumé dans l'Allée des Grands ou dans l'Allée des Citoyens distingués, les sections du principal cimetière de Belgrade réservées aux héros nationaux. Cette distinction vise à signifier que l'État ne confère pas d'honneurs officiels, même s'il fournit un avion gouvernemental et autorise un lieu public.
Peu de monde à Bruxelles jugent cette distinction convaincante. L'utilisation d'un avion d'État pour rapatrier le corps, le cercueil drapé du drapeau et le choix de la Maison de l'Armée, une institution militaire, portent tous la marque d'une sanction officielle. Des diplomates à Belgrade ont qualifié en privé le dispositif de « funérailles d'État en tout sauf de nom », conçu pour apaiser le sentiment nationaliste intérieur tout en préservant une dénégation plausible vis-à-vis du dossier d'adhésion à l'UE.
Politique intérieure et récit du héros
Le calcul politique à Belgrade est façonné par des sondages qui n'ont quasiment pas bougé en quinze ans. Lorsque Mladić a été arrêté en 2011, condition préalable au statut de candidat de la Serbie, les enquêtes montraient qu'environ 40 % des Serbes le considéraient comme un héros. Ce chiffre s'est révélé persistant. Le gouvernement du président Aleksandar Vučić s'appuie sur un électorat nationaliste qui voit le TPIY comme un instrument partisan et Mladić comme un défenseur des intérêts serbes. Condamner publiquement les funérailles risquerait de provoquer une réaction hostile ; les autoriser risque de compromettre la trajectoire européenne que Vučić prétend également défendre.
L'Association des généraux à la retraite, qui organise la cérémonie de lundi, sert depuis longtemps de relais à des récits révisionnistes sur les guerres des années 1990. Sa direction compte des officiers ayant servi sous les ordres de Mladić. En déléguant la cérémonie à ce groupe, le gouvernement satisfait sa base sans endosser officiellement la glorification que Kos a condamnée. C'est une tactique déjà employée par Belgrade : laisser des associations d'anciens combattants, des clubs parlementaires ou des autorités municipales organiser des événements que l'État ne peut officiellement parrainer.
Les répercussions régionales
L'impact des funérailles dépasse largement les frontières serbes. En Republika Srpska, l'entité serbe de Bosnie-Herzégovine, Milorad Dodik, son président et allié de longue date de Vučić, a déclaré que « Mladić était respecté par le peuple serbe. En tant que commandant, il s'est tenu debout pour défendre les Serbes ». Des hommages ont eu lieu dans des villes à majorité serbe de toute la Bosnie dans les jours suivant la mort de Mladić. Pour les communautés bosniaques et croates, et pour les familles des victimes de Srebrenica, de telles déclarations rouvrent des plaies que les accords de Dayton n'ont jamais entièrement refermées. L'exigence de réconciliation de l'UE n'est pas abstraite : elle est une condition préalable à la stabilité de la région.
Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie a achevé ses travaux en 2017, mais ses jugements demeurent la base juridique de l'engagement de l'UE dans les Balkans occidentaux. Le Mécanisme international des tribunaux pénaux, qui a succédé au TPIY, continue de veiller à l'exécution des peines et à la protection des témoins. Bruxelles a clairement indiqué que toute tentative de remettre en cause ces jugements, que ce soit en honorant des condamnés ou en niant des faits établis, sera traitée comme une violation de la clause sur les valeurs figurant dans les accords de stabilisation et d'association.
Le contexte de l'élargissement
La Serbie a ouvert les négociations d'adhésion en 2014 et a jusqu'ici ouvert 22 des 35 chapitres, en clôturant deux. Les progrès ont marqué le pas ces dernières années en raison de l'État de droit, de la liberté des médias et de la normalisation des relations avec le Kosovo. Les funérailles de Mladić ajoutent une nouvelle complication. Bien que l'UE n'ait pas menacé de geler le processus, le langage de Kos, « nous verrons ce qui se passera dans les prochains jours », suggère que la Commission prépare une évaluation formelle. Celle-ci pourrait alimenter le prochain paquet Élargissement, attendu à l'automne, au cours duquel les critères de référence des chapitres de la Serbie seront examinés.
Le Parlement européen a également signalé son intention de scruter les funérailles. La commission des affaires étrangères devrait demander un exposé à la Commission et au Service européen pour l'action extérieure. Des eurodéputés de plusieurs groupes ont déposé des questions demandant si la facilitation de la cérémonie par le gouvernement constitue une violation des critères de Copenhague, en particulier l'exigence de respecter les droits humains et l'État de droit. Une résolution critique, bien que non contraignante, accroîtrait la pression politique sur le Conseil pour qu'il durcisse sa position.
La suite
La cérémonie de lundi sera au centre de toutes les attentions. Les diplomates guetteront la présence de ministres, de hauts gradés militaires ou de conseillers présidentiels. Toute représentation officielle sera consignée et soulevée lors de la prochaine série de discussions techniques. Le rapport d'élargissement de la Commission, généralement publié en octobre, fera très probablement référence à cet épisode. Pour la Serbie, le choix se fait de plus en plus net : maintenir la fiction d'un État non impliqué, ou accepter que la voie européenne exige une rupture publique avec la mythologie qui entoure encore les guerres des années 1990. Le cercueil arrive à Belgrade sur un avion gouvernemental. Le drapeau est serbe. Le lieu est militaire. L'UE a déclaré que cela n'est pas compatible avec ses valeurs. La prochaine décision appartient à Vučić.
Personnalités mentionnées
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Milorad Dodik
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Ratko Mladić
Organisations
European Commission · Government of Serbia · International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia · Association of Retired Generals