Deux des plus proches émissaires de Donald Trump se sont entretenus avec Vladimir Poutine au Kremlin samedi lors de discussions de plus de trois heures que la partie russe a qualifiées de constructives. Steve Witkoff, l'envoyé spécial américain, et Jared Kushner, le gendre de Trump, sont arrivés à Moscou portant ce que le président américain a appelé « une proposition pour mettre fin à la guerre ». Ils sont attendus à Kyiv dimanche.
Un cessez-le-feu limité pour une visite limitée
La Russie et l'Ukraine ont toutes deux annoncé une suspension des attaques contre les capitales respectives jusqu'à lundi, calquée sur les déplacements des émissaires. L'accord a tenu à Moscou et à Kyiv. Ailleurs, ce n'a pas été le cas. Au moins sept personnes ont été tuées dans des frappes russes sur des villes ukrainiennes en dehors de la capitale, et un drone ukrainien a tué une personne dans la région russe de Belgorod.
Le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov a déclaré que les deux parties avaient discuté de « voies possibles pour un règlement » et a qualifié la réunion de « substantielle, très franche et constructive ». Aucun détail de la proposition proprement dite n'a été rendu public. Trump a déclaré la semaine dernière que « nous avons une idée pour la paix ».
Les exigences inchangées de la Russie
Le contenu de tout accord reste là où il se trouvait depuis des mois. Moscou insiste sur le fait que l'Ukraine ne doit pas rejoindre l'OTAN et doit céder quatre régions ukrainiennes : Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporizhzhia. Poutine a proclamé l'annexion de ces territoires en septembre 2022, bien que les forces russes ne les contrôlent pas tous. L'Organisation des Nations unies n'a pas reconnu ce geste. L'Ukraine a constamment refusé de céder du territoire.
L'administration Trump a déjà écarté l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN, retirant ainsi une exigence russe de la table. La question territoriale est moins tractable. Aucun gouvernement ukrainien ne pourrait accepter le transfert formel de terres qu'il contrôle encore, et aucun gouvernement russe n'a montré de volonté de se retirer de territoires qu'il a revendiqués comme siens.
Le signal des sanctions
Un membre de la délégation américaine était Gene Lang, un responsable du Département du Trésor qui supervise la politique américaine en matière de sanctions, y compris les mesures ciblant la Russie. Sa présence suggère que les restrictions économiques imposées depuis 2022 faisaient partie des discussions, soit comme levier, soit comme quelque chose que Washington pourrait ajuster en échange de concessions russes.
L'administration Trump a étendu certaines sanctions contre la Russie tout en cherchant une voie diplomatique. Le message en demi-teinte est délibéré : la pression en même temps que l'engagement. Que la Russie considère les sanctions comme négociables ou simplement comme le coût de ses activités est une autre question. Moscou vit sous les restrictions financières occidentales depuis plus de quatre ans et a adapté son économie en conséquence, redirigeant le commerce vers la Chine, l'Inde et les États du Golfe.
La méfiance ukrainienne
À Kyiv, l'accueil sera poli mais prudent. Witkoff et Kushner ne s'étaient jamais rendus dans la capitale ukrainienne. Leur première étape a été Moscou, et non Kyiv, et la symbolique compte. Alexey Muraviev, chercheur principal à l'Université Edith Cowan, a déclaré que les Ukrainiens considèrent Witkoff et Kushner comme « les plus enclins à accepter le récit de la Russie ».
Le ton informel de la réunion de Moscou n'aura pas aidé. Witkoff a été enregistré disant à Poutine que « nous aurons toutes ces histoires et ces souvenirs incroyables, et le vôtre sera en tout premier ». Poutine a dit à ses invités que la situation « n'est bien sûr pas facile » et a remercié Trump pour ses vœux. Cela ressemblait plus à une visite de courtoisie qu'à une confrontation entre adversaires.
Les inquiétudes européennes
Pour les gouvernements européens, la dernière initiative américaine soulève deux inquiétudes. La première est qu'un accord conclu au-dessus de leur tête pourrait concéder du territoire et la neutralité en échange d'un cessez-le-feu qui gèle la ligne de front aux conditions de la Russie. La seconde est que l'attention de Trump est divisée. La guerre avec l'Iran a tendu les relations transatlantiques et détourné des ressources diplomatiques américaines de l'Europe. Trump a accusé les alliés européens de ne pas aider à rouvrir le détroit d'Ormuz et a répété sa plainte selon laquelle les membres européens de l'OTAN ne dépensent pas assez pour la défense.
Les membres européens de l'OTAN ont augmenté leurs dépenses et offert des garanties de sécurité à l'Ukraine après tout accord avec la Russie. Ces garanties sont censées remplacer l'adhésion à l'alliance que Washington a écartée. Qu'elles s'avèrent crédibles sans une présence militaire américaine permanente en Ukraine reste une question ouverte.
Les soupçons de sabotage russe se sont également accentués. De récents incidents impliquant des drones à l'aéroport de Leipzig en Allemagne et dans une usine de drones en Pologne ont soulevé des craintes que Moscou n'étende son emprise sur le territoire européen, bien qu'aucune preuve n'ait été publiée.
La pression intérieure sur Trump
La poussée diplomatique intervient à un moment délicat pour le président américain. La guerre avec l'Iran est dans l'impasse et profondément impopulaire dans le pays. Les élections de mi-mandat en novembre pourraient coûter aux républicains leur majorité au Congrès. Un succès en politique étrangère en Ukraine, même partiel, serait utile. Trump a promis pendant sa campagne de 2024 de mettre fin à la guerre en 24 heures. Ce délai a été révisé à plusieurs reprises.
Il a rencontré Poutine en Alaska en août et n'a pas réussi à trouver un accord. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu à Moscou le mois dernier pour des entretiens avec des responsables du renseignement russe. Les États-Unis ont également invité le ministre russe des Finances, Anton Siluanov, à une récente réunion du G20, une initiative qui a suscité les protestations de plusieurs pays européens dont les représentants ont refusé de figurer sur une photo de groupe avec lui.
Personnalités mentionnées
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Gene Lang
Organisations
Kremlin · North Atlantic Treaty Organization · White House