Dacia a confirmé son intention de lancer une version entièrement électrique de sa citadine Sandero en 2028. La marque roumaine, propriété de Renault, prévoit de fixer le prix de ce véhicule en dessous de 23 000 €. Cela la place en dessous de la plupart des concurrents dans le segment des compactes en Europe, où les prix de vente moyens n'ont cessé d'augmenter. L'annonce intervient peu après l'arrivée des versions hybrides du Sandero dans les concessions en juillet 2026. Elle marque un tournant stratégique décisif alors que le constructeur se prépare à des normes d'émissions plus strictes.

La stratégie repose sur le partage du châssis CMF-B entre les motorisations essence, hybride et électrique. Cela réduit les coûts de développement mais limite certaines libertés de conception par rapport aux architectures électriques dédiées. Les options de batterie iront de 27,5 kWh à 52 kWh. Le pack le plus grand offre une autonomie annoncée de 430 kilomètres. Les vitesses de charge devraient être similaires à celles de la nouvelle Renault 5 E-Tech, permettant une charge de 10 à 80 % en 30 minutes.

Le défi tarifaire

Maintenir un prix inférieur à 23 000 € exige une maîtrise rigoureuse des coûts. Les matières premières pour les batteries restent volatiles malgré la baisse récente des prix du lithium. Les concurrents tels que la Peugeot e-208 et la Volkswagen ID. Polo s'inscrivent généralement dans des tranches de prix supérieures. Dacia entend positionner le Sandero électrique comme une alternative idéale pour les acheteurs soucieux de leur budget, mais qui ont besoin d'autonomie. Ce positionnement est crucial à l'heure où l'inflation affecte le pouvoir d'achat des ménages à travers la zone euro.

Frank Marotte, vice-président marketing, ventes et opérations, a qualifié cette ambition de « référence en matière d'accessibilité dans le monde de l'électrique ». Pour y parvenir, il est nécessaire de tirer parti de l'envergure du groupe Renault. L'entreprise estime que l'approche par plateforme partagée valide une méthode pragmatique pour contenir les prix. Elle permet d'éviter les coûts liés à la construction d'une ligne de production dédiée aux véhicules électriques pour ce segment précis. Les économies réalisées sont répercutées sur le consommateur afin de maintenir les parts de marché.

Stratégie de plateforme et compromis

Une plateforme unique pour tous les modèles est actuellement en cours de développement. Katrin Adt, directrice générale de Dacia, a récemment rappelé cette approche aux parties prenantes. Le partage de la structure CMF-B permet à la marque de produire des véhicules thermiques et électriques sur une même ligne. Cette flexibilité protège l'entreprise en cas de fluctuation de la demande pour les véhicules électriques. Toutefois, les plateformes multi-énergies impliquent souvent des compromis sur l'espace intérieur ou la capacité de la batterie par rapport aux architectures électriques dédiées. Le Sandero assumera ces compromis pour atteindre son objectif de prix.

Les modifications de design seront subtiles afin de préserver l'identité de la marque. Les versions électriques partageront une silhouette quasi identique à celle des versions thermiques. Les changements incluront une calandre pleine, des poignées affleurantes et des optimisations aérodynamiques pour maximiser l'autonomie. La populaire variante Stepway sera conservée. Lina Ribeiro, directrice de Dacia UK, a confirmé cette décision pour préserver l'identité robuste de la gamme. David Durand, directeur du design, souhaite instiller davantage de différences de personnalité entre ces deux membres d'une même famille.

Pression réglementaire et objectifs

Ce calendrier s'inscrit dans le droit fil des normes d'émissions de l'Union européenne. Les constructeurs s'exposent à de lourdes amendes si les émissions moyennes de leur flotte dépassent les limites de CO2 dans les années à venir. Le cadre de la politique climatique de la Commission européenne encourage l'adoption de véhicules à zéro émission dans tout le bloc. Dacia prévoit quatre lancements entièrement électriques d'ici la fin de la décennie. Cela inclut le modèle Duster, qui fera suite au Sandero. L'objectif est d'atteindre deux tiers de ventes électrifiées d'ici 2030.

Cet objectif est ambitieux pour une marque réputée pour ses moteurs thermiques à bas coût. La transition exige des ajustements dans la chaîne d'approvisionnement et la reconversion des réseaux de concessions. Avant l'arrivée du Sandero, Dacia a un autre projet en cours. Le nouveau modèle Spring ouvrira le bal l'année prochaine pour séduire les conducteurs français. Il fait actuellement face à la concurrence de la Citroën ë-C3 et de la Fiat Grande Panda. Le succès dans le segment d'entrée de gamme est un préalable au lancement du Sandero.

Paysage concurrentiel

Le Sandero électrique s'engouffrera dans un segment saturé. Renault commercialisera sa propre 5 E-Tech sur une base technique similaire. La concurrence interne doit être maîtrisée pour éviter toute cannibalisation. Dacia se positionne généralement en dessous de Renault en matière de prix et de niveaux d'équipement. Avec une autonomie de 430 km, elle rivalise avec des concurrents plus onéreux. Si le prix de 23 000 € est maintenu, il pourrait réinitialiser les attentes concernant les véhicules électriques compacts. Les concurrents pourraient être contraints de baisser leurs prix ou de justifier leurs primes par une technologie supérieure.

L'accueil du marché dépendra des performances réelles plutôt que des arguments promotionnels. La dégradation de l'autonomie en hiver et la fiabilité du réseau de recharge restent des préoccupations pour les acheteurs. Dacia n'a pas précisé la chimie de la batterie, un paramètre qui a un impact sur la longévité et le coût. Les cellules au lithium fer phosphate sont moins chères mais plus lourdes. Les cellules au nickel manganèse cobalt offrent une densité supérieure, mais coûtent plus cher. La spécification finale déterminera la véritable proposition de valeur. Les investisseurs surveilleront de près les marges à mesure que les volumes augmenteront.

Personnalités mentionnées

  • Katrin Adt

    Chief Executive Officer, Dacia

  • Frank Marotte

    Vice-President Marketing, Sales and Operations, Dacia

  • Lina Ribeiro

    Director, Dacia UK

  • David Durand

    Design Director, Dacia

Organisations

Dacia · Renault · European Commission