Mondelez International, le groupe de confiserie coté à Chicago derrière Toblerone, Milka et Cadbury, a intensifié son lobbying à Bruxelles pour retarder la loi phare de l'Union européenne contre la déforestation, après l'avoir précédemment soutenue. Ce revirement est documenté dans une recherche publiée mardi par l'organisation de campagne pour la transparence Global Witness.
Le Règlement européen contre la déforestation (RDEU), adopté par le Parlement européen et le Conseil en 2023, impose aux importateurs de cacao, café, huile de palme, soja, bœuf, caoutchouc et bois de prouver que les terres sur lesquelles ces produits ont été cultivés n'ont pas été déboisées après décembre 2020. Les opérateurs doivent collecter des données de géolocalisation sur les parcelles d'origine et soumettre des déclarations de devoir de vigilance via un système d'information de l'UE avant que les marchandises puissent être mises sur le marché européen.
Dans une contribution de 2020 à la consultation publique de la Commission européenne, Mondelez était sans équivoque. « En ce qui concerne l'action de l'UE pour lutter contre la déforestation, Mondelez International soutient l'adoption d'une législation harmonisée en matière de devoir de vigilance dans l'Union européenne », a écrit l'entreprise. Elle a également rejoint une « Coalition cacao » avec Ferrero, Mars, Nestlé et Tony's Chocolonely, qui en 2024 a exhorté les décideurs européens à ne pas reporter le règlement lorsqu'un premier délai de 12 mois était en négociation.
Le revirement d'un fabricant de chocolat
D'ici juillet 2025, ce consensus s'était fracturé. Mondelez a publiquement rompu les rangs et réclamé un second report de 12 mois, au motif que les producteurs de cacao, particulièrement en Afrique de l'Ouest, sont « loin d'être prêts » à fournir les données de traçabilité qu'exige le règlement. L'argument n'est pas inventé. Des enquêtes sectorielles et des rapports de terrain d'ONG ont maintes fois signalé des lacunes dans la cartographie des exploitations familiales, la numérisation des limites et leur intégration au système d'information de l'UE.
Ce qui a changé dans le calcul de Mondelez est plus difficile à cerner. Les cours du cacao ont atteint des niveaux records en 2024 et sont restés historiquement élevés, déprimant les volumes de chocolat et comprimant les marges des fabricants. La conformité au RDEU impose des coûts aux acheteurs : suivre les fèves auprès de millions de petits producteurs, vérifier l'usage des sols et reconfigurer les chaînes d'approvisionnement. Une partie de ces coûts retombera sur Mondelez et ses transformateurs, même s'ils sont en partie répercutés sur les consommateurs.
Global Witness soutient que Mondelez est passé de l'endossement public à la pression discrète. L'organisation a suivi les déclarations de l'entreprise sur le registre de transparence de l'UE et examiné les notes de position envoyées à la Commission européenne et aux représentations permanentes des États membres à Bruxelles. Elle décrit un engagement technique plus soutenu que les brefs appels à « plus de temps » qui avaient caractérisé le cycle de lobbying de 2024.
Pourquoi Mondelez a rompu avec ses pairs
Les autres membres de la Coalition cacao n'ont pas suivi le revirement de Mondelez. Ferrero, Mars, Nestlé et Tony's Chocolonely ont continué à soutenir une mise en œuvre selon le calendrier, bien que tous aient signalé des difficultés opérationnelles. Leur divergence importe car le RDEU est inhabituel en étant conçu pour exercer une pression concurrentielle : en obligeant chaque importateur à respecter les mêmes normes de devoir de vigilance, il élimine le désavantage du premier entrant qui avait dissuadé les entreprises individuelles d'assainir leurs chaînes d'approvisionnement.
Cette conception explique aussi pourquoi la campagne de lobbying d'une seule entreprise a du poids. Si un grand acheteur obtient une exemption ou un délai, les autres font valoir qu'ils ne peuvent être tenus à des normes que leurs concurrents ne respectent pas. La Commission, de son côté, a présenté le règlement comme une égalité des conditions plutôt qu'une concession à un secteur quelconque.
Un règlement déjà repoussé une fois
L'application du règlement a déjà été reportée une fois. La date d'entrée en vigueur initiale du 30 décembre 2024 a été décalée de 12 mois, au 30 décembre 2025 pour les grands opérateurs et au 30 juin 2026 pour les plus petits. Un nouveau report, celui pour lequel Mondelez fait pression aujourd'hui, repousserait l'échéance des grands opérateurs à la fin 2027.
La Commission européenne n'a pas publiquement signalé qu'elle accorderait un second délai. Les services se sont concentrés sur la préparation technique du système d'information de l'UE et sur les lignes directrices pour les opérateurs. Les États membres sont divisés. Les pays producteurs d'Afrique de l'Ouest ont réclamé plus de temps, tandis que les Pays-Bas, l'Allemagne et plusieurs gouvernements nordiques veulent que le règlement s'applique tel que rédigé.
Pourquoi le calendrier est mal venu pour le cacao
Pour la filière cacao, le calendrier est inconfortable. La déforestation liée au cacao en Côte d'Ivoire et au Ghana, qui produisent ensemble la majorité du cacao mondial, suscite une préoccupation particulière : les données satellitaires suggèrent que les forêts protégées et classées des deux pays ont continué à rétrécir au cours de la dernière décennie. Ce contexte est précisément ce que le RDEU a été conçu pour adresser, et ce que les critiques disent que les entreprises préfèrent retarder plutôt que traiter.
Mondelez a présenté un report comme indispensable pour donner aux producteurs le temps de se conformer sans être exclus des chaînes d'approvisionnement de l'UE. Les organisations environnementales y voient autre chose. Elles arguent que le RDEU a été conçu précisément pour une industrie qui, en l'absence de contrainte légale, continuerait de repousser la traçabilité. Selon qu'on lit la situation comme un véritable problème de capacité ou comme une réticence à absorber les coûts de conformité, un nouveau report paraîtra raisonnable ou intéressé.
Où mène le lobbying
Le prochain test de la position de Mondelez interviendra lorsque la Commission européenne présentera son prochain rapport d'avancement sur la mise en œuvre du règlement, attendu cet automne. Si l'entreprise et ses alliés obtiennent un nouveau report, la crédibilité de la loi comme outil contre la déforestation importée en sera visiblement affaiblie. S'ils n'y parviennent pas, Mondelez devra démontrer que le temps écoulé a servi à mettre sa chaîne d'approvisionnement en conformité plutôt qu'à faire pression contre les règles.
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