La Commission des conférences épiscopales de l'Union européenne (COMECE) a averti qu'autoriser les personnes baptisées à effacer leur nom des registres de baptême de l'Église porterait atteinte à la liberté religieuse et perturberait la gouvernance interne de l'Église catholique. Dans un document de position publié le 2 septembre, la conférence des évêques a contesté la qualification des registres de baptême en tant que listes de membres, insistant sur le fait qu'ils fonctionnent plutôt comme des archives historiques d'événements ayant des conséquences canoniques durables.
Le différend juridique parvenu à Luxembourg
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) examine actuellement une question préjudicielle émanant de la cour d'appel de Bruxelles. Le tribunal belge a demandé si le refus de l'Église catholique de supprimer les données d'une personne des registres de baptême, sur demande fondée sur le règlement général sur la protection des données (RGPD), constitue une violation du droit de l'Union. L'affaire porte sur la question de savoir si une inscription de baptême constitue des données personnelles soumises au droit à l'effacement en vertu de l'article 17 du RGPD, ou si elle relève des exemptions relatives à la liberté religieuse et à l'établissement d'obligations juridiques.
Alessandro Calcagno, avocat et secrétaire général adjoint de la COMECE, a déclaré l'an dernier que la procédure n'était pas une initiative de l'Union européenne contre l'Église
, mais plutôt une réponse aux clarifications demandées au niveau national.
Cette distinction est importante : le renvoi provient d'un tribunal belge appliquant les transpositions belges du droit de l'UE, et non d'une action d'exécution de l'UE.
Les registres comme instruments de preuve
Le document des évêques soutient qu'un registre de baptême sert d'instrument de preuve fondamental
pour de nombreuses questions relatives à la vie interne de l'Église,
y compris le fait de savoir si une personne s'est mariée, a fait profession dans un institut religieux ou a été confirmée. Supprimer l'inscription fondatrice rendrait, selon eux, impossible
la vérification de ces actes canoniques ultérieurs. Le registre, de leur point de vue, consigne un fait historique, à savoir qu'un baptême a eu lieu à une certaine date, en un certain lieu, administré par un certain ministre, et non une appartenance continue que le sujet peut révoquer.
Cette affirmation théologique a des conséquences juridiques. Si le registre est la trace d'un événement passé, fait valoir l'argument, les souhaits actuels de la personne concernée ne peuvent modifier le dossier historique, tout comme une personne ne pourrait exiger le retrait de son acte de naissance des archives civiles sous prétexte qu'elle ne s'identifie plus à la nationalité qui y est inscrite.
L'autonomie de l'Église et l'intégrité théologique
Les évêques vont plus loin, en soutenant que la suppression obligatoire obligerait l'Église à s'adapter aux sentiments ou opinions d'une personne
dans la façon dont elle comprend ses propres registres sacramels. Cela, disent-ils, imposerait un changement dans la réflexion théologique
protégée par l'autonomie de l'Église en vertu de l'article 17 de la charte des droits fondamentaux de l'UE et du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Le document avertit que les effacements pourraient induire en erreur
les catholiques et les non-croyants en leur faisant penser que le sacrement du baptême est répétable et facultatif,
constituant ainsi une atteinte à la substance du sacrement et non simplement à la manière dont il est administré ou accompli.
L'origine gantoise
Le différend a commencé en 2023 lorsqu'un individu du diocèse de Gand, en Belgique, a demandé le retrait complet de ses données du registre local de l'Église. Le diocèse a refusé, invoquant des obligations canoniques de tenue des registres sacramels. L'affaire a été portée devant les tribunaux belges jusqu'à la cour d'appel de Bruxelles, qui a renvoyé la question d'interprétation du RGPD à Luxembourg. L'affaire de Gand n'est pas isolée ; des demandes similaires ont fait surface dans d'autres diocèses européens alors que les autorités de protection des données et les individus testent les limites du droit à l'oubli face à la tenue des registres religieux.
Approche pastorale contre approche émotionnelle
Mgr Mario Vaccari, de Massa Carrara-Pontremoli en Italie, a formulé la tension différemment, déclarant qu'il avait pris sa décision parce que les liens émotionnels
ont été priorisés sur les liens pastoraux. Son commentaire reflète une division au sein de l'Église entre ceux qui considèrent l'accommodement des demandes de suppression comme une réponse pastorale aux personnes qui ont quitté la foi, et ceux qui considèrent le registre comme une trace immuable qui sert les besoins canoniques futurs de la personne, par exemple pour prouver le baptême pour un mariage futur, indépendamment de ses sentiments actuels.
Contexte comparé
D'autres juridictions européennes sont parvenues à des accommodements différents. En Allemagne, l'Église permet un acte formel de sortie de l'Église (Kirchenaustritt) qui met fin à l'obligation de payer l'impôt ecclésiastique mais n'efface pas l'inscription de baptême ; le registre est annoté pour enregistrer le départ. En France, la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État place les registres religieux en dehors de la plupart des réglementations étatiques, bien que le RGPD s'applique. La décision de la CJUE créera un précédent dans les 27 États membres, harmonisant potentiellement, ou perturbant, ces approches nationales.
Ce que la Cour doit décider
La CJUE devra interpréter la portée de l'exemption religieuse du RGPD à l'article 9, paragraphe 2, point d), qui permet le traitement de données de catégories particulières lorsqu'il est effectué par une association religieuse dans le cadre de ses activités légitimes avec des garanties appropriées. La Cour devra également mettre en balance l'article 17 de la Charte, la liberté de religion, avec l'article 8, la protection des données personnelles. Les conclusions des avocats généraux dans des affaires similaires ont tendance à favoriser des exemptions restrictives, mais la nature sacramentelle des registres de baptême présente une matrice factuelle distincte des bases de données d'adhérents ordinaires.
Personnalités mentionnées
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Alessandro Calcagno
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Mario Vaccari
Organisations
Commission of the Bishops' Conferences of the European Union · Court of Justice of the European Union · Brussels Court of Appeal · Diocese of Ghent