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L'UE se prépare à lever l'interdiction des pesticides par drone malgré l'impasse sur l'omnibus

Les ministres de l'agriculture ont soutenu l'élargissement des droits de pulvérisation par drone, mais la réforme est prise au piège d'un contentieux paquet sur la sécurité alimentaire qui pourrait ne pas survivre à l'automne.

By , Correspondant Europe centrale

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8 min read

Les agriculteurs européens peuvent observer les derniers drones de pulvérisation dans n'importe quel grand salon agricole, mais ils ne peuvent pas légalement les utiliser sur leurs propres champs. Une directive de 2009 sur l'utilisation durable des pesticides interdit l'application aérienne, une règle rédigée pour les avions et hélicoptères de poudrage bien avant que les multirotors à batterie n'arrivent sur le marché. La Commission européenne veut désormais changer cela, et les ministres de l'agriculture ont signalé qu'ils sont prêts à accepter. Le hic, c'est que la réforme a été intégrée dans un vaste omnibus sur la sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux qui est bloqué pour des raisons bien plus controversées.

Une interdiction conçue pour une autre époque

La directive de 2009 sur l'utilisation durable des pesticides a été élaborée pour limiter la dérive des pulvérisations, la contamination environnementale et l'exposition des travailleurs liée à la pulvérisation aérienne classique. Les drones ne faisaient pas partie de l'imaginaire réglementaire. Dans la pratique, les États membres ne peuvent accorder des dérogations que lorsque l'application au sol est irréalisable ou dangereuse : les vignobles en terrasses escarpées du Douro, les vergers de pommiers accrochés aux pentes tyroliennes, ou les rizières inondées où les tracteurs s'enlisent et où les pulvérisateurs à dos exposent davantage les travailleurs. La procédure est lourde, chaque cas nécessitant une autorisation nationale étayée par une évaluation des risques que peu d'autorités ont l'expertise pour mener.

Ce cadre a laissé l'Europe sur la touche tandis que les drones agricoles passaient de la nouveauté à l'équipement standard aux États-Unis, au Brésil, en Chine et au Japon. À la direction générale de l'agriculture de la Commission, les responsables reconnaissent que cette technologie est la plus freinée par les règles actuelles, même si elle pourrait contribuer à un usage plus durable des pesticides. La contradiction n'échappe pas à Christophe Hansen, commissaire à l'Agriculture et à l'Alimentation, qui écrivait cette semaine sur Bluesky que l'Europe dispose des talents et des technologies pour prendre la tête de l'agriculture numérique, mais qu'il faut veiller à ce que les agriculteurs en bénéficient réellement.

L'argument de la précision

Les partisans font valoir que les drones font plus que remplacer les tracteurs sur les terrains difficiles. Équipés de caméras multispectrales et d'analyses pilotées par l'IA, ils peuvent scanner les parcelles pour détecter des foyers de ravageurs et un stress hydrique des jours avant que l'œil humain ne les repère. Lorsqu'ils pulvérisent, ils ne ciblent que les zones affectées, réduisant le volume de substance active appliquée. CropLife Europe, l'association de l'industrie phytosanitaire, souligne que les drones sont principalement alimentés par batterie, offrant une alternative à plus faibles émissions aux tracteurs diesel. Le ministère tchèque de l'Agriculture, qui compte parmi les voix les plus ferventes de la réforme, le dit simplement : les drones sont des outils qui peuvent aider à réduire la quantité de produits appliqués, à limiter leurs impacts sur les organismes non cibles, et dans le même temps à maintenir une production agricole compétitive.

L'argument économique dépasse les seules économies de produits chimiques. L'application de précision réduit les coûts de main-d'œuvre, diminue le compactage des sols par les machines lourdes et permet de traiter des champs trop humides pour les équipements au sol. Pour les cultures à haute valeur ajoutée comme les fruits, la vigne et le houblon, le retour sur investissement peut se mesurer en semaines plutôt qu'en saisons. Pourtant, la propre analyse d'impact de la Commission concède que d'importantes lacunes subsistent dans les connaissances. On ne sait pas encore précisément dans quelle mesure les gouttelettes de pesticides dérivent des buses orientées vers le bas d'un drone selon différents régimes de vent et de température, ni quelles combinaisons de cellule et de buse déposent les produits chimiques avec le plus de précision. Le paradoxe est que les restrictions actuelles rendent difficile la collecte des données précisément nécessaires pour combler ces lacunes.

De la pression des États membres à la proposition de la Commission

L'impulsion en faveur d'un cadre juridique dédié n'est pas partie de Bruxelles. En décembre 2024, quinze capitales, dont Prague, Varsovie, Vienne et Lisbonne, ont écrit à la Commission pour demander une proposition autonome sur les drones agricoles. La présidence tchèque avait déjà tenté une première fois : une précédente tentative de réforme avait été victime collatérale de la bataille politique autour de la loi européenne sur la réduction des pesticides, finalement mise de côté en 2024. Cette fois, la Commission a choisi d'inscrire les dispositions sur les drones dans son omnibus sur la sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux, un paquet qui touche à tout, des limites maximales de résidus au processus de renouvellement des autorisations des substances actives.

La stratégie n'est pas dénuée de logique. L'omnibus est un véhicule législatif ; y rattacher une mesure largement soutenue augmente ses chances d'adoption. Mais cela signifie aussi que la réforme sur les drones est désormais otage de dispositions qui ont suscité une résistance farouche. Parmi les points de friction : des renouvellements d'autorisation illimités pour toutes les substances actives sauf les plus dangereuses, et une proposition d'interdiction des importations agricoles contenant même des traces de pesticides interdits dans l'UE mais autorisés aux États-Unis. Ni le Conseil ni le Parlement n'ont trouvé de compromis sur ces questions, et la présidence irlandaise, qui a pris la rotation du Conseil en juillet, n'a pas encore défini de voie claire.

Prudence environnementale, et non opposition

Les organisations environnementales n'ont pas mené la campagne qu'elles mènent contre le glyphosate ou les néonicotinoïdes. Leur préoccupation est procédurale : les régulateurs devraient avancer plus lentement avant d'autoriser la pulvérisation par drone pour de larges catégories de pesticides, étant donné l'état incertain de la science sur la dérive et le dépôt. Des inquiétudes secondaires existent également. Les drones génèrent des données géospatiales granulaires sur la santé des cultures, la pression des ravageurs et l'utilisation des intrants. À qui appartiennent ces données, et la question de savoir si elles pourraient être utilisées pour désavantager les petits opérateurs qui ne peuvent pas se permettre la technologie, sont des interrogations auxquelles la proposition actuelle ne répond pas. Les critiques notent aussi que le coût initial d'un drone de pulvérisation professionnel, typiquement de 20 000 € à 50 000 € hors capteurs et logiciels, risque d'élargir le fossé entre les grandes exploitations capitalisées et les petites exploitations familiales.

Ces préoccupations n'ont pas dissuadé les capitales. En mai, le Conseil a accepté d'accorder aux gouvernements une liberté plus immédiate pour autoriser la pulvérisation par drone, à condition que le risque soit jugé non supérieur à celui de l'application au sol. La Commission préférerait publier d'abord des lignes directrices techniques, mais les ministres ont opté pour la rapidité. La commission de l'agriculture du Parlement n'a pas non plus signalé d'opposition forte, ce qui suggère que les dispositions sur les drones pourraient être adoptées sans grand débat lorsque l'omnibus arrivera au vote en plénière cet automne, à supposer qu'il y arrive.

Le piège de l'omnibus

La réalité procédurale est brutale : l'omnibus doit être adopté comme un paquet unique. Il n'existe aucun mécanisme pour en extraire le chapitre sur les drones et le faire avancer séparément. Si la présidence irlandaise ne parvient pas à trouver un compromis sur les dispositions contentieuses, notamment les règles sur les résidus à l'importation qui ont valu à la Commission de vives critiques de Washington et d'Ottawa, l'ensemble du dossier pourrait s'effondrer. Cela maintiendrait l'interdiction de 2009 en vigueur et obligerait les États membres à revenir à la voie des dérogations qu'ils tentent de quitter depuis dix ans. La Commission ferait alors face à un choix : présenter un règlement autonome sur les drones, redémarrant l'horloge législative, ou attendre le prochain cycle d'omnibus.

Les diplomates à Bruxelles décrivent l'ambiance comme empreinte de frustration. La réforme sur les drones est cette pièce rare de la politique agricole qui rassemble un soutien transpartisan et transrégional. Les États membres du Sud la veulent pour les cultures permanentes en pente ; les membres du Nord et du Centre y voient un outil d'agriculture de précision pour les grandes cultures ; la Commission en fait un projet phare de sa stratégie pour l'agriculture numérique. Elle pourrait pourtant succomber à une bataille sur les tolérances à l'importation et les renouvellements de substances actives qui n'a que peu de rapport avec les aéronefs sans pilote.

Ce que la proposition modifie concrètement

Aux termes du texte de la Commission, les États membres seraient habilités à autoriser la pulvérisation par drone pour toute culture et tout pesticide autorisé, à condition qu'une évaluation des risques démontre que l'opération ne présente pas de risque supérieur pour la santé humaine ou l'environnement par rapport à l'application au sol. L'évaluation devrait prendre en compte la dérive, l'exposition des riverains, les impacts sur la biodiversité et la combinaison spécifique de plateforme de drone et de buse utilisée. La Commission élaborerait des lignes directrices techniques harmonisées dans les deux ans suivant l'entrée en vigueur du règlement, mais les autorisations nationales pourraient commencer immédiatement. La position du Conseil de mai va plus loin, permettant aux gouvernements de s'affranchir totalement de l'attente des lignes directrices de l'UE.

Sources

  1. POLITICO

    politico.eu · 2026-08-19

People mentioned

  • Christophe Hansen

    European Commissioner for Agriculture and Food, European Commission

  • Vojtěch Bílý

    Spokesperson for the Czech Agriculture Ministry, Czech Ministry of Agriculture

Organisations

European Commission · Council of the European Union · European Parliament · Czech Ministry of Agriculture · CropLife Europe

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