Europe · Culture et politique
Le festival Sziget ressent un changement alors que le nouveau gouvernement hongrois abandonne la pression culturelle
Les organisateurs affirment que les ministres ont été consultés sur la logistique plutôt que sur l'idéologie après la victoire de Peter Magyar en avril, qui a mis fin à seize ans de pouvoir de Viktor Orban, même si la fréquentation a chuté à 350 000 en raison d'une canicule.
Pour la première fois depuis plus de dix ans, l'équipe derrière le plus grand festival de musique de Hongrie affirme avoir travaillé sans ingérence politique. Tamas Kadar, qui dirige l'organisation qui gère Sziget, a déclaré à l'AFP que les ministres du nouveau gouvernement ont été consultés sur des questions pratiques telles que les transports et les services médicaux, et ont visité le site lors de l'événement d'une semaine sur l'île d'Óbuda à Budapest. Le contraste avec les années précédentes est saisissant : Kadar a indiqué que le festival n'a reçu aucun soutien de l'État au cours des dix dernières années, même après que la pandémie de Covid a forcé deux annulations.
Un festival devenu une ligne de fracture politique
Fondé en 1993, Sziget est devenu l'un des plus grands festivals en plein air d'Europe, attirant environ 400 000 visiteurs lors des dernières éditions. Son image d'"Île de la liberté", avec des espaces dédiés à la défense des droits LGBTQ et d'autres groupes de la société civile, en a fait un point de friction naturel pour le projet "illibéral" autoproclamé de Viktor Orban. La tension n'était pas abstraite. En 2021, la Hongrie a adopté une législation interdisant la "promotion de l'homosexualité" auprès des mineurs, une loi que la Cour de justice de l'Union européenne a plus tard jugée incompatible avec le droit de l'UE. Les organisateurs ont été contraints d'introduire des contrôles d'identité au lieu Magic Mirror, de longue date, pour restreindre certains événements aux adultes, une mesure que Kadar a qualifiée de "indigne d'un festival et complètement absurde".
Les restrictions ne se sont pas limitées aux formalités administratives. En 2025, le gouvernement Orban a imposé une interdiction d'entrée de trois ans au groupe de rap irlandais Kneecap, l'empêchant de se produire à Sziget. Les autorités ont accusé le groupe de discours de haine antisémite, une caractérisation que le groupe a contestée. Kadar a déclaré que cette mesure montrait à quel point la liberté artistique pouvait être bafouée, ajoutant que l'épisode avait rendu la position du festival "encore plus difficile". L'interdiction a été levée après le changement de gouvernement.
L'élection d'avril redessine le paysage culturel
Le parti Tisza de Peter Magyar a remporté les élections législatives d'avril 2026 par une large majorité, mettant fin aux seize ans de pouvoir d'Orban. Le soir de l'élection, de jeunes Hongrois ont célébré dans les rues de Budapest, une scène que la bénévole du festival Greta Racz, 27 ans, a dit avoir culminé à Sziget en août. "Des étrangers sont venus vers nous, parlant de leur fierté pour nous, et demandant ce que c'était, comment nous avions vécu ce changement," a-t-elle déclaré à l'AFP. La nouvelle administration a rapidement signalé une approche différente de la culture. Ildiko Eva Sopov, députée Tisza qui a participé à une table ronde au festival, a affirmé que l'État n'apporterait ni politique ni idéologie dans des domaines où il "n'a pas de rôle". "C'est un festival ; il s'agit de loisirs, de culture, et il doit être traité dans ce contexte," a-t-elle dit.
La canicule réduit la fréquentation mais pas l'ambiance
Malgré la détente politique, la participation a chuté à environ 350 000, en dessous du seuil de 400 000 des dernières années. Les organisateurs attribuent ce déclin principalement à une canicule qui a frappé l'Europe centrale mi-août. La programmation comprenait toujours des têtes d'affiche internationales telles que Twenty One Pilots, Florence + the Machine, Lewis Capaldi et Sombr, ainsi que la gamme habituelle de scènes plus petites et de zones de plaidoyer. Kadar a reconnu les chiffres plus bas mais a souligné que l'environnement opérationnel s'était fondamentalement amélioré : "Nous avons pu faire notre travail sans vents contraires. C'est déjà une chose énorme."
De la confrontation à la consultation
Le changement n'est pas seulement rhétorique. Dans les années précédentes, les organisateurs de Sziget disaient être systématiquement exclus des discussions avec les ministères sur la logistique, les forçant à négocier avec les autorités locales et les prestataires sans appui du gouvernement central. Cette année, Kadar a indiqué que les ministres se sont engagés directement sur la planification des transports, la fourniture de soins de santé et la coordination de la sécurité. Ce changement reflète un recalibrage plus large : le gouvernement mené par Tisza s'est engagé à restaurer l'indépendance institutionnelle et à aligner la pratique hongroise sur les standards de la Commission européenne en matière d'État de droit et de droits fondamentaux, domaines où l'administration précédente faisait face à de multiples procédures d'infraction.
La fatigue politique d'une génération
Parmi les festivaliers, l'humeur est mitigée. Marton Szabo, un travailleur de la finance de 25 ans qui assiste au festival pour la quatrième fois, a dit que Sziget avait toujours été "une bulle politique où tout le monde est gentil et lib(éral)". D'autres, cependant, décrivent un désengagement rapide. Niki Liptak, une diplômée universitaire de 24 ans, a déclaré à l'AFP : "Maintenant qu'il y a eu un changement (de gouvernement), je m'intéresse beaucoup moins. C'est l'été." Ce sentiment pointe vers un phénomène plus large : la mobilisation politique intense qui a permis la victoire de Magyar ne se traduit pas nécessairement par une participation civique soutenue, surtout parmi les jeunes électeurs qui ont vu l'élection comme une rupture plutôt que comme un commencement.
Enjeux économiques pour l'économie estivale de Budapest
Sziget est plus qu'un événement culturel ; c'est un moteur économique significatif pour Budapest. Les dépenses directes du festival en production, hébergement et achats locaux se chiffrent en dizaines de millions d'euros, et l'afflux de visiteurs internationaux remplit les hôtels de la capitale pendant une semaine qui serait autrement calme. Le refus du gouvernement précédent de s'engager était, selon Kadar, économiquement contre-productif. La volonté de la nouvelle administration de traiter le festival comme un partenaire plutôt que comme un problème suggère une reconnaissance de sa valeur pour l'économie estivale de la ville et pour la réputation internationale de la Hongrie.
Sources
People mentioned
Tamas Kadar
Ildiko Eva Sopov
Organisations
Sziget Festival · Tisza Party · Government of Hungary · Court of Justice of the European Union