La Hongrie a expulsé dix diplomates russes mardi, déclarant qu'ils s'étaient livrés à des activités incompatibles avec leur statut diplomatique. Cette décision, annoncée par le gouvernement de Budapest, marque la première expulsion publique d'émissaires russes par la Hongrie depuis 2018 et signale une rupture décisive avec la politique étrangère menée pendant les 16 années de Viktor Orban au pouvoir.
Une rupture avec l'ère Orban
Orban a été évincé du pouvoir en avril après une élection générale qui a mis fin à sa longue domination de la politique hongroise. Tout au long de son mandat, il a cultivé une relation étroite avec Vladimir Poutine, maintenant la dépendance de la Hongrie aux importations de pétrole et de gaz russes même après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en février 2022. Alors que la plupart des capitales européennes expulsaient des dizaines de diplomates russes dans les mois qui ont suivi, Budapest n'en a expulsé aucun. Le gouvernement hongrois a également utilisé son droit de veto pour retarder les paquets de sanctions de l'Union européenne et a bloqué un prêt de 90 milliards d'euros de l'UE destiné à soutenir l'effort de guerre et la reconstruction de l'Ukraine.
La nouvelle administration s'est rapidement employée à se démarquer de ce bilan. Les expulsions de mardi ont été présentées comme une application routinière des normes diplomatiques plutôt que comme un geste politique, mais le symbole est sans équivoque. Pour la première fois depuis le début de la guerre, la Hongrie a rejoint la majorité des États membres de l'UE en traitant le personnel diplomatique russe comme un risque potentiel pour la sécurité.
La réaction de Moscou
Le ministère russe des Affaires étrangères a répondu en quelques heures. La porte-parole Maria Zakharova a déclaré aux médias d'État que Moscou riposterait et que sa réponse serait « dure et douloureuse » pour la Hongrie. Elle a qualifié ces expulsions d'œuvre d'un « lobby russophobe à Budapest », un langage qui calque la rhétorique utilisée contre d'autres capitales européennes ayant réduit la taille des missions diplomatiques russes depuis 2022.
La Russie a une pratique bien établie de représailles symétriques. Lorsque l'Allemagne, la France, l'Italie et d'autres pays ont expulsé des diplomates russes en 2022, Moscou a répondu en ordonnant à un nombre égal de leurs émissaires de partir. Le même calcul s'appliquera presque certainement ici : dix diplomates hongrois à Moscou peuvent s'attendre à être déclarés persona non grata dans les jours qui viennent.
Le contexte diplomatique
Les expulsions diplomatiques sont un outil classique de l'action étatique, utilisé pour signaler un mécontentement sans rompre les relations. La Convention de Vienne sur les relations diplomatiques permet à un État d'accueil de déclarer à tout moment tout membre d'une mission diplomatique persona non grata, sans avoir à justifier sa décision. La déclaration de la Hongrie selon laquelle les dix émissaires ont agi « de manière incompatible avec leur statut diplomatique » est la formule conventionnelle pour désigner des activités présumées de renseignement.
Ce qui est inhabituel, c'est le calendrier. Pendant quatre ans, la Hongrie s'est tenue à l'écart de la réponse européenne coordonnée aux opérations de renseignement russe sur le sol de l'UE. Ce changement suggère que la nouvelle direction de Budapest a estimé que le coût politique du maintien dans une position isolée l'emportait sur les avantages de la conservation du canal privilégié d'Orban vers le Kremlin.
L'héritage énergétique et des sanctions
La politique de la Russie menée par Orban s'appuyait sur l'énergie. La Hongrie a obtenu un contrat gazier à long terme avec Gazprom en 2021 et a continué à recevoir du pétrole russe via l'oléoduc Droujba, que Budapest estimait exempt des embargos de l'UE parce qu'il arrivait par pipeline plutôt que par la mer. Cet arrangement a permis à la Hongrie d'éviter les chocs des prix de l'énergie qui ont frappé plus durement les autres États membres, mais il a également exposé le pays à des accusations de financement de la machine de guerre russe.
Le nouveau gouvernement n'a pas encore annoncé de plans pour renégocier le contrat gazier ou pour soutenir un embargo total sur les pipelines. La sécurité énergétique reste une contrainte réelle : la Hongrie dispose de voies d'approvisionnement de remplacement et de capacités de stockage limitées. Mais les expulsions diplomatiques suggèrent une volonté d'accepter des frictions avec Moscou qu'Orban a évitées avec soin.
Ce que dit le nouveau gouvernement
Les responsables à Budapest ont pris soin d'insister sur le fait que les expulsions ne constituent pas une rupture des relations bilatérales. Le ministère des Affaires étrangères a souligné que les canaux diplomatiques restaient ouverts et que la Hongrie continuait de reconnaître la Russie comme un voisin important. Ce positionnement reflète l'approche adoptée par d'autres gouvernements d'Europe centrale, qui ont combiné des mesures de sécurité fermes avec une reconnaissance pragmatique de la géographie et de l'interdépendance économique.
Cette distinction est importante. Une rupture complète des relations compliquerait les services consulaires, les échanges culturels et les contrats énergétiques restants. Elle ferait également de la Hongrie un cas à part dans une autre direction, l'isolant de l'engagement pragmatique qui caractérise les relations UE-Russie au niveau technique.
Personnalités mentionnées
Organisations
Russian Foreign Ministry · European Union · Hungarian Government