Les deux principaux gestionnaires de réseaux énergétiques de Slovénie et un groupe japonais d'automatisation industrielle ont signé un accord pour planifier un écosystème hydrogène national, une démarche qui pourrait faire de ce petit pays d'Europe centrale un exemple concret de la manière dont les infrastructures d'électricité, de gaz et d'hydrogène peuvent être exploitées comme un système intégré.
Le protocole d'entente entre ELES, Plinovodi et Yokogawa Electric Corporation a été conclu lors de réunions ministérielles au Japon et cosigné par des représentants des deux gouvernements. Il couvre une usine hydrogène de démonstration, la coordination numérique entre réseaux, des véhicules à hydrogène vert pour la maintenance des infrastructures énergétiques, et des unités mobiles de secours électrique qui pourraient aussi servir de bornes de recharge rapide.
Couplage sectoriel à l'échelle nationale
La politique énergétique européenne évoque le couplage sectoriel, l'idée de relier électricité, gaz, chaleur et transport pour qu'ils se renforcent mutuellement au lieu de fonctionner en silos, depuis la meilleure partie d'une décennie. Transformer ce concept en infrastructures opérationnelles s'est révélé plus ardu que la rédaction de livres blancs. La Slovénie a désormais l'occasion de l'expérimenter à l'échelle d'un pays tout entier, précisément parce que son système énergétique est assez compact pour être géré.
Matija Bitenc, directeur général de Plinovodi, a déclaré que la collaboration démontrerait comment l'hydrogène peut faire le pont entre les réseaux d'électricité et de gaz, créant davantage de flexibilité et valorisant mieux les actifs existants. Il a décrit la Slovénie comme un cas de démonstration européen potentiel pour le couplage sectoriel.
Cette affirmation repose sur une réalité tangible. La Slovénie ne compte qu'un seul gestionnaire de réseau de transport d'électricité et un seul pour le gaz. En Allemagne ou en Italie, coordonner l'infrastructure hydrogène suppose d'aligner les intérêts de multiples gestionnaires de réseaux, gouvernements régionaux et régulateurs. En Slovénie, deux organisations couvrent l'ensemble du territoire, ce qui simplifie considérablement la prise de décision.
Ce que chaque partie apporte
ELES exploite le réseau de transport d'électricité slovène et avait déjà formé un consortium pour développer l'hydrogène bas carbone côté électricité. Plinovodi gère le réseau de transport de gaz et le prépare aux gaz renouvelables et neutres en carbone, y compris les travaux sur une colonne vertébrale hydrogène nationale. Yokogawa apporte son expertise en automatisation industrielle et systèmes numériques, ainsi que son expérience d'autres projets hydrogène à l'international.
Yokogawa Europe coordonnera les travaux. La première étape est une étude de faisabilité examinant si le dossier technique et commercial pour intégrer l'hydrogène dans l'infrastructure énergétique slovène tient la route. Aucune échéance pour achever cette étude n'a été communiquée.
Connexion aux plans hydrogène de l'Europe
Le travail de Plinovodi sur une colonne vertébrale hydrogène ne s'inscrit pas dans le vide. L'entreprise développe des plans pour intégrer le futur réseau hydrogène slovène dans l'initiative European Hydrogen Backbone, une collaboration entre des dizaines de gestionnaires d'infrastructures gazières européennes qui envisage de reconvertir les gazoducs existants pour transporter l'hydrogène à travers le continent.
La Slovénie se situe entre l'Autriche, l'Italie, la Hongrie et la Croatie. Un corridor hydrogène traversant le territoire slovène pourrait relier des sites de production dans le sud et l'est de l'Europe aux centres de demande plus à l'ouest. Cette position géographique confère aux plans d'infrastructure hydrogène du pays une pertinence bien au-delà de ses besoins énergétiques domestiques, pourvu que l'infrastructure soit effectivement construite. La stratégie hydrogène de la Commission européenne identifie de tels corridors comme essentiels pour atteindre les objectifs de décarbonation de l'UE.
L'angle japonais
L'implication de Yokogawa introduit la capacité industrielle japonaise dans un projet hydrogène européen à un moment où le Japon et l'UE cherchent tous deux à sécuriser leurs chaînes d'approvisionnement en hydrogène. Le Japon a placé l'hydrogène au cœur de sa stratégie pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles importés, et trouver des partenaires de démonstration en Europe sert à la fois des objectifs commerciaux et diplomatiques.
Le protocole a été signé en marge de réunions ministérielles, un signal que les deux gouvernements considèrent l'arrangement comme plus qu'une simple commodité du secteur privé. Koji Nakaoka, vice-président exécutif de Yokogawa à la tête du siège Energy and Sustainability Business Headquarters, a déclaré que l'hydrogène aurait un rôle important dans la transition énergétique et que l'entreprise soutiendrait la construction d'un écosystème hydrogène résilient en Slovénie.
De l'accord à l'investissement
Les protocoles d'entente manifestent une intention. Ils ne produisent pas d'hydrogène, ne construisent pas d'usines et ne posent pas de canalisations. L'étude de faisabilité que pilotera Yokogawa Europe doit répondre à plusieurs questions avant toute concrétisation. D'où viendra l'électricité renouvelable ? Quels seront les contrats d'offtake pour l'hydrogène produit ? L'infrastructure gazière existante peut-elle être reconvertie, ou faudra-t-il du neuf ? Comment un projet slovène concurrencera-t-il pour les financements de l'UE face à des propositions plus importantes et plus avancées en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Espagne ?
Aleksander Mervar, directeur général d'ELES, a affirmé que l'initiative pourrait jeter les bases d'un déploiement plus large des technologies hydrogène dans l'industrie et le transport, et que l'expérience opérationnelle pourrait être reproduite à travers l'Europe. Ce sont des affirmations raisonnables sur le potentiel. Leur réalisation dépendra des conclusions de l'étude et de la volonté de financer l'étape suivante.
L'hydrogène vert produit par électrolyse reste substantiellement plus cher que les alternatives fossiles. L'Agence internationale de l'énergie a maintes fois souligné que l'infrastructure pour le transporter et le stocker n'attire les investissements que lorsque la demande est certaine. Le système énergétique compact de la Slovénie lui confère un avantage en matière de coordination. Son désavantage est que les pays voisins avancent plus vite et engagent des sommes plus importantes.
Personnalités mentionnées
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Aleksander Mervar
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Matija Bitenc
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Koji Nakaoka
Organisations
ELES · Plinovodi · Yokogawa Electric Corporation