La Banque européenne d'investissement a approuvé une ligne de crédit vert de 1 milliard d'euros en faveur d'Elia Transmission Belgium, finançant la deuxième phase de l'île énergétique Princesse-Élisabeth. Ce prêt est le plus important que la BEI ait jamais accordé à un projet d'infrastructure énergétique au Benelux, et il porte le total des engagements de la BEI pour ce projet à 1,65 milliard d'euros, suite à une ligne de crédit de 650 millions d'euros pour la première phase en 2024.

L'île, en construction à 45 kilomètres au large des côtes belges, est destinée à servir de hub central reliant les parcs éoliens offshore existants et nouveaux au réseau continental belge. Plutôt que de tirer des câbles individuels de chaque parc éolien jusqu'au rivage, Elia acheminera la production vers un seul nœud artificiel, puis exportera l'énergie via des câbles à haute tension. Cette approche réduit les perturbations des fonds marins et diminue le nombre de points d'atterrage des câbles, bien qu'elle concentre les risques sur une seule infrastructure.

Des caissons en béton aux équipements à haute tension

La première phase, financée par la ligne de crédit de 2024, couvrait la construction physique de l'île : les caissons en béton, le remplissage de sable et les murs périphériques qui forment la masse terrestre artificielle. L'installation du dernier élément de fondation est désormais achevée, ce qui signifie que la structure de base est en place.

La deuxième phase consiste à transformer cette structure en un nœud électrique fonctionnel. Le nouveau financement couvrira un poste de transformation à haute tension, des transformateurs pour convertir le courant alternatif en courant continu et inversement, ainsi que les câbles d'exportation en courant alternatif acheminant l'énergie vers la côte belge. Sans ces équipements, l'île n'est que de la roche et du sable inertes. Ce sont les systèmes électriques qui en font un hub énergétique.

Elia, le gestionnaire du réseau de transport belge, détient la concession pour construire et exploiter à la fois le réseau à haute tension terrestre et les raccordements offshore. Le coût total du projet n'a pas été entièrement divulgué, mais les prêts combinés de la BEI s'élevant à 1,65 milliard d'euros donnent une idée de l'ampleur : il s'agit d'une infrastructure dont le prix se chiffre dans les bas milliards d'euros.

La stratégie belge de l'éolien offshore

La Belgique exploite des parcs éoliens offshore en mer du Nord depuis 2009 et dispose actuellement d'une capacité éolienne offshore installée d'environ 2,3 GW. L'île Princesse-Élisabeth est conçue pour débloquer des capacités supplémentaires en fournissant un point de raccordement standardisé pour les nouveaux projets éoliens, remplaçant l'ancien modèle de câbles dédiés pour chaque groupe de turbines.

Le projet s'inscrit également dans les efforts de la Belgique pour faire évoluer son mix électrique afin de s'éloigner des combustibles fossiles importés et des centrales nucléaires vieillissantes. La loi belge sur la sortie du nucléaire a été retardée à plusieurs reprises ; deux réacteurs pourraient encore obtenir des prolongations de durée de vie, mais la tendance est aux énergies renouvelables. Le défi est que l'éolien et le solaire produisent là où les conditions météorologiques l'imposent, et non là où se trouve la demande, ce qui rend les infrastructures de réseau comme l'île Princesse-Élisabeth nécessaires. L'Agence internationale de l'énergie a mis en garde à plusieurs reprises contre le fait que les goulots d'étranglement du réseau figurent parmi les principaux obstacles à l'expansion des renouvelables en Europe.

Un futur lien vers la Grande-Bretagne

Une caractéristique qui distingue l'île Princesse-Élisabeth d'un poste de transformation offshore standard est sa capacité d'interconnexion prévue. L'île est conçue pour accueillir de futurs liens électriques vers le Royaume-Uni, s'appuyant sur l'interconnecteur NEMO existant entre la Belgique et la Grande-Bretagne, entré en exploitation commerciale en 2019.

L'interconnexion transfrontalière est une priorité déclarée pour la Commission européenne, qui considère qu'une capacité d'échanges d'électricité insuffisante entre les États membres constitue un frein à la fois à la concurrence et à l'intégration des énergies renouvelables. L'ajout d'une capacité d'interconnexion supplémentaire via l'île permettrait à l'excédent de production éolienne de circuler vers les endroits où la demande et les prix sont les plus élevés. Cela donnerait également à la Belgique une position stratégique en tant que pays de transit de l'électricité, un rôle que les Pays-Bas ont développé grâce à leur propre réseau étendu d'interconnecteurs.

Le développement des prêts énergétiques de la BEI

La Banque européenne d'investissement, l'institution de prêt à long terme de l'UE, a annoncé en 2019 qu'elle éliminerait progressivement le financement des projets liés aux combustibles fossiles d'ici la fin de 2021. Depuis lors, ses prêts dans le domaine de l'énergie se sont résolument orientés vers les réseaux et les énergies renouvelables. Le financement total de la banque pour le climat et l'énergie a atteint environ 30 milliards d'euros en 2024, avec une part croissante dirigée vers les infrastructures électriques plutôt que vers la production.

Le prêt pour l'île Princesse-Élisabeth est classé comme une ligne de crédit vert, ce qui signifie qu'il est lié à des critères environnementaux. Les prêts verts de la BEI exigent généralement des emprunteurs qu'ils atteignent des objectifs de durabilité et qu'ils rendent compte des réductions d'émissions. Pour Elia, l'argument climatique est simple : l'île raccorde la production renouvelable, remplaçant ainsi les combustibles fossiles. La question la plus difficile est de savoir si les coûts du projet peuvent être récupérés via les tarifs de réseau sans alourdir les factures d'électricité belges, qui figurent déjà parmi les plus élevées d'Europe.

Les risques liés à la construction subsistent

L'achèvement du dernier élément de fondation est une étape visible, mais le projet fait toujours face à des incertitudes techniques et financières. La construction offshore est coûteuse et vulnérable aux retards causés par les conditions météorologiques en mer du Nord. La pose de câbles sous-marins a été un goulot d'étranglement persistant pour les projets éoliens dans le nord de l'Europe, les fournisseurs de câbles signalant des carnets de commandes s'étalant sur plusieurs années. Tout retard dans l'installation des câbles repousse la date à laquelle les parcs éoliens peuvent livrer de l'énergie et générer des revenus.

Elia n'a pas publié de date de mise en service ferme pour les systèmes électriques de l'île, bien que le projet soit censé être pleinement opérationnel avant 2030. Le plan d'aménagement de l'espace maritime du gouvernement belge désigne des zones spécifiques pour le développement de nouveaux parcs éoliens offshore, et les développeurs de ces zones auront besoin de la capacité de raccordement de l'île pour mettre leurs projets en service dans les délais prévus.

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