Un raz-de-marée en Saxe-Anhalt laisse le pare-feu intact mais ébranlé
L'Alternative für Deutschland (AfD) a capté 44 % des voix lors de l'élection régionale de dimanche en Saxe-Anhalt, un résultat impensable il y a cinq ans. Le parti a manqué de justesse la majorité absolue qui lui aurait permis de former le premier gouvernement régional d'extrême droite depuis l'ère nazie, mais l'ampleur de sa victoire a envoyé une onde de choc dans la politique allemande. En 2021, l'AfD avait obtenu 20 % dans le même Land ; le doublement de son soutien reflète une trajectoire qui miroite la montée des forces de la droite dure sur le continent.
L'agence allemande de renseignement intérieur classe la branche saxonne-anhaltine de l'AfD comme « d'extrême droite », une désignation qui rend la performance du parti historiquement anormale. Aucun autre État membre de l'UE n'a vu un parti portant cette étiquette officielle approcher d'aussi près la direction d'un parlement régional. Le Brandmauer, l'accord informel entre les partis traditionnels d'exclure l'AfD des coalitions, a tenu, mais la marge était infime.
Le Brandmauer sous pression alors que la normalisation de l'extrême droite s'étend
L'Allemagne reste l'un des rares pays européens où un cordon sanitaire contre l'extrême droite fonctionne encore aux niveaux fédéral et régional. En Italie, en Suède et aux Pays-Bas, des partis de droite sont entrés au gouvernement ou apportent un soutien parlementaire à des cabinets minoritaires, arguant souvent que leurs partenaires d'extrême droite se sont modérés. Cet argument est plus difficile à soutenir en Allemagne, où les branches les plus performantes de l'AfD sont aussi les plus radicales.
Le résultat va intensifier le débat au sein de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) sur la viabilité du pare-feu. Certains parlementaires de la CDU en Saxe-Anhalt auraient envisagé de faire défection pour offrir la majorité à l'AfD, une décision qui briserait le consensus. Parallèlement, les appels à une interdiction formelle de l'AfD se font plus pressants, bien que des juristes avertissent qu'une interdiction pourrait déclencher un contrecoup bien au-delà des frontières du Land.
Interdiction et coopération comportent toutes deux des risques démocratiques
Les deux stratégies, interdire l'AfD ou l'intégrer dans des coalitions, reposent sur un diagnostic limité. Une interdiction traite le symptôme en ignorant les causes : une part croissante d'électeurs qui ne se sentent pas représentés par les partis traditionnels. La coopération, comme on l'a vu en Suède et en Italie, n'a pas apaisé la rhétorique radicale ; elle l'a légitimée. Dans les deux cas, la fragmentation sous-jacente des systèmes partisans rend la formation de gouvernements stables plus difficile, alimentant l'insatisfaction même qui nourrit la croissance de l'extrême droite.
La part moyenne de l'extrême droite en Europe s'établit désormais autour de 25 %, selon des données agrégées d'élections nationales. C'est une augmentation spectaculaire par rapport aux chiffres à un seul chiffre enregistrés au début des années 2010. La tendance ne se cantonne ni à l'est ni au sud ; elle est structurelle, portée par les inégalités économiques, la pénurie de logements, l'anxiété climatique et le sentiment que les partis traditionnels offrent du gestionnarisme plutôt que de la vision.
Les partis traditionnels doivent proposer plus que la peur
Mudde soutient que les hommes politiques démocrates sont tombés dans un piège : ils font campagne en se présentant comme le moindre mal, mobilisant les électeurs contre l'extrême droite plutôt que pour un programme positif. Cette stratégie est intenable. Lorsque la participation baisse, la base engagée de l'extrême droite livre une part disproportionnée des voix, transformant une minorité de l'électorat en majorité parlementaire.
L'alternative est un effort collectif pour renforcer les institutions libérales-démocratiques, des juridictions indépendantes, des plateformes numériques régulées, un financement des partis transparent, tout en répondant aux préoccupations matérielles qui poussent les électeurs vers les extrêmes. Cela suppose de véritables politiques sur l'offre de logements, l'investissement public, les inégalités de revenus et l'action climatique, et pas seulement de la rhétorique sur la migration et la criminalité. Cela implique aussi d'accepter que dans des parlements fragmentés, aucun parti ne mettra en œuvre l'intégralité de son programme.
Le temps presse pour le renouveau démocratique
Le prochain test arrive dans deux semaines, quand le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale vote. Les sondages suggèrent que l'AfD pourrait à nouveau dépasser 30 %. L'élection présidentielle française l'an prochain présente une dynamique similaire. La fenêtre pour que les partis traditionnels reconstruisent la confiance se referme. Comme le note Mudde, la lutte démocratique devient plus difficile et moins équitable une fois que l'extrême droite s'installe au pouvoir, comme on l'a vu en Hongrie et aux États-Unis.
La tâche n'est pas simplement de bloquer l'AfD, mais de reconstruire une offre politique qui commande le soutien majoritaire sur ses propres mérites. Cela exige du réalisme de la part des politiques, des journalistes et des électeurs : aucun parti n'atteindra l'intégralité de son agenda, mais l'objectif partagé de préserver la démocratie libérale doit primer sur l'avantage partisan. Les élections régionales de Brandebourg en 2027 et les fédérales de 2029 révéleront si cette leçon a été retenue.
Personnalités mentionnées
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Cas Mudde
Organisations
Alternative für Deutschland · Christian Democratic Union