La décision de la Serbie d'enterrer Ratko Mladic avec les pleins honneurs militaires a suscité la réprimande la plus sévère de l'Union européenne à l'encontre du gouvernement d'Aleksandar Vučić depuis des années, jetant un nouveau doute sur les ambitions d'adhésion de Belgrade. Le général bosno-serbe, condamné pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, est décédé en juin alors qu'il purgeait une peine de prison à vie à La Haye. Son cercueil a été porté par des soldats de l'armée serbe lundi, drapé du drapeau national, tandis que le patriarche Porfirije de l'Église orthodoxe serbe présidait la cérémonie.
Présence de l'État aux funérailles d'un criminel de guerre
Le ministre de la Justice Nenad Vujić est resté aux côtés de la famille de Mladic tout au long de la cérémonie. L'ambassadeur russe, Alexander Botsan-Kharchenko, et Milorad Dodik, le dirigeant séparatiste de l'entité serbe de Bosnie, la Republika Srpska, étaient également présents. Vučić lui-même est resté absent, mais son fils Danilo a assisté aux funérailles. Le président a ensuite qualifié l'événement de « déferlement d'émotion » et a affirmé que les autorités s'étaient contentées d'assurer l'ordre pour que les funérailles se déroulent de manière « digne ». Pour de nombreux Serbes, Mladic reste un héros ; pour l'UE, les apparats officiels ont franchi une ligne rouge.
Bruxelles trace une ligne rouge
Ursula von der Leyen et Antonio Costa ont pris la mesure inhabituelle de publier une déclaration commune sur les réseaux sociaux quelques heures après l'enterrement. « The images from Ratko Mladic's funeral yesterday in Belgrade were shocking », ont-ils écrit. « The elements of official support and the presence of some senior Serbian officials at the funeral are deeply regrettable. They demonstrate a failure to confront a dark chapter in Europe's recent history and contradict the values underpinning Serbia's path towards the European Union. » Le langage était délibéré : non pas une objection procédurale, mais un rejet fondé sur les valeurs du symbolisme que Belgrade a choisi de projeter.
La commissaire à l'élargissement annule sa visite
Marta Kos, la commissaire de l'UE à l'élargissement, avait averti la semaine dernière que les funérailles serviraient de « test » pour Belgrade. Elle a annulé une visite prévue en Serbie, arguant que « la glorification » de la mort de Mladic serait incompatible avec les valeurs de l'UE. Ce geste signale que la Commission est prête à utiliser le processus d'élargissement comme levier. Le rapport annuel sur l'élargissement, traditionnellement publié fin octobre ou début novembre, portera désormais un jugement plus sévère sur le chapitre de la Serbie consacré à la réconciliation et à la coopération régionale.
Des fonds en jeu
Les enjeux financiers sont déjà concrets. En avril, Kos a averti que la Serbie pourrait perdre l'accès à environ 1,5 milliard d'euros de fonds de pré-adhésion de l'UE, alors que les inquiétudes grandissaient au sujet d'irrégularités lors des élections municipales. Cette menace n'a pas été retirée. Le rapport sur l'élargissement évaluera si Belgrade a donné suite aux recommandations de l'OSCE/ODIHR sur la réforme électorale ; les funérailles de Mladic ajoutent une dimension politique qui rend une évaluation positive plus difficile à justifier.
Le calcul politique de Vučić
Vučić marche sur une corde raide. Ancien nationaliste extrême qui soutenait les politiques expansionnistes de la Serbie durant les guerres des années 1990, il se présente désormais en garant de la stabilité et de l'intégration européenne. Des élections législatives anticipées pourraient être convoquées dès la fin octobre. Les admirateurs de Mladic font partie de son électorat de base ; les aliéner risquerait de réduire la participation, mais aliéner Bruxelles mettrait en péril le financement et le calendrier d'adhésion sur lesquels repose son discours réformateur. Son absence aux funérailles était calculée, pourtant la présence de son ministre de la Justice et de son fils a envoyé un signal différent.
Le dilemme serbe du PPE
La réponse de l'UE est compliquée par la relation entre le Parti progressiste serbe (SNS) de Vučić et le Parti populaire européen (PPE), le plus grand groupe du Parlement européen et la maison politique de von der Leyen, de la moitié de son collège de commissaires, et de la présidente du Parlement Roberta Metsola. Le PPE est depuis longtemps accusé de protéger Vučić d'un examen plus rigoureux. Le député vert slovène Vladimir Prebilić a déclaré la semaine dernière : « It is high time for the EPP to stop acting as a safe haven for the SNS party, which openly celebrates convicted war criminals and rolls out the red carpet for the 'Butcher of Bosnia'. » Le parallèle avec le Fidesz hongrois est inévitable : le PPE a suspendu le Fidesz en 2019 pour des préoccupations liées à l'État de droit, et le Fidesz a quitté le groupe en 2021. La question de savoir si le PPE exercera une pression similaire sur le SNS reste ouverte.
Le calendrier de l'élargissement
Von der Leyen doit effectuer une tournée dans les Balkans occidentaux juste avant la publication du rapport sur l'élargissement, bien qu'aucune date ni ordre du jour n'aient été rendus publics. Son itinéraire sera surveillé de près : une halte à Belgrade signalerait un engagement ; une absence signalerait des conséquences. Le porte-parole de la Commission s'est contenté de dire qu'ils « looking into it » lorsqu'on l'a interrogé sur d'éventuelles répercussions pour la candidature à l'adhésion. Cette formulation suggère que la décision n'a pas été prise, mais la direction est claire.
Personnalités mentionnées
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Vladimir Prebilic
Organisations
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