Le gouvernement serbe a entrepris lundi de dissoudre le parlement et de déclencher des élections anticipées, une manœuvre du président Aleksandar Vucic pour convertir des mois d'agitation sociale en un nouveau mandat. Le Premier ministre Djuro Macut a annoncé cette proposition lors d'une réunion du gouvernement à Belgrade, la présentant comme une réponse à la demande du public. Le scrutin est prévu pour le 18 ou le 25 octobre, écourtant une législature qui ne devait expirer qu'en décembre 2027.
Un rétablissement calculé
Vucic domine la politique serbe depuis 12 ans, alternant entre la fonction de Premier ministre et la présidence depuis 2014. Son Parti progressiste serbe (SNS) l'a désigné samedi pour se présenter à nouveau au poste de Premier ministre, un geste qui le ramènerait à la tête de l'exécutif, qu'il a occupé de 2014 à 2017. La Constitution exige une période de campagne comprise entre 45 et 60 jours, un calendrier que Vucic a déjà accepté.
L'annonce est intervenue alors que Mladic, l'ancien commandant de l'armée bosno-serbe condamné pour génocide et crimes contre l'humanité par le tribunal des crimes de guerre de l'ONU, était inhumé à Belgrade avec les honneurs militaires. La cérémonie, à laquelle assistaient de hauts responsables serbes, a suscité de vives critiques de la part de Bruxelles et a compliqué des relations déjà tendues avec l'Union européenne.
Des manifestations qui ne s'apaisent pas
Le déclencheur de la crise actuelle a été l'effondrement d'un auvent en béton à la gare de Novi Sad le 1er novembre 2024, qui a coûté la vie à 16 personnes. Ce qui a commencé comme un deuil s'est transformé en un mouvement anticorruption prolongé mené par des étudiants, qui ont bloqué des facultés et des autoroutes pendant des mois. Leur exigence centrale était la tenue d'élections anticipées, estimant que la catastrophe avait révélé la pourriture systémique dans la surveillance des constructions et les marchés publics.
Macut a reconnu la pression directement. « La Serbie a fait face à des manifestations, des blocages, des divisions profondes, des problèmes dans l'éducation et une forte pression sur les institutions », a-t-il déclaré aux ministres. « Depuis quelque temps, une partie du public réclame des élections législatives anticipées », a-t-il ajouté, précisant qu'« un gouvernement responsable n'ignore jamais de telles demandes ».
Opposition fragmentée, institutions mises à l'épreuve
L'opposition reste fracturée. Plusieurs partis ont boycotté les élections législatives de 2020, invoquant des conditions déloyales, et ne sont revenus à l'Assemblée qu'en 2022. Ils accusent Vucic et ses alliés de violence à l'égard des opposants politiques, de corruption généralisée, de liens avec le crime organisé et d'étouffement de la liberté de la presse. Le président et son entourage nient toute faute.
Des journalistes indépendants et des observateurs ont documenté une érosion constante de la liberté de la presse. La Serbie était classée 98e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières, en baisse par rapport à la 93e place en 2023. L'environnement réglementaire des médias électroniques a été resserré, et les recettes publicitaires de l'État sont réparties de manière à favoriser les médias progouvernementaux.
Adhésion à l'UE gelée, liens orientaux renforcés
La Serbie est candidate à l'UE depuis 2012, mais les négociations d'adhésion ont à peine progressé. Sur 35 chapitres de négociation, seuls deux ont été ouverts et aucun n'a été clôturé. Le rapport 2025 de la Commission européenne a souligné des reculs dans l'État de droit, la liberté des médias et la normalisation des relations avec le Kosovo. Vucic a plutôt approfondi les liens énergétiques et infrastructurels avec la Russie et la Chine, notamment un accord de gazoduc avec Gazprom et des investissements chinois dans les mines et les technologies de surveillance.
Le levier de l'UE est limité. La Serbie dépend du marché européen pour plus de 60 % de son commerce, mais Vucic a calculé que Bruxelles ne prendrait pas le risque de déstabiliser un pays qui accueille la Force du Kosovo de l'OTAN et gère les flux migratoires à travers les Balkans occidentaux. Les funérailles de Mladic ont cependant contraint la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, à adopter un ton plus ferme, estimant qu'elles « envoient un signal inquiétant sur l'engagement de la Serbie envers les valeurs européennes ».
L'arithmétique électorale
Les sondages suggèrent que le SNS resterait le premier parti mais pourrait perdre sa majorité parlementaire. Une enquête de décembre 2025 réalisée par le Centre pour des élections libres et la démocratie, basé à Belgrade, accordait 42 % d'intentions de vote au SNS, en baisse par rapport aux 48 % obtenus lors des élections de 2023. La coalition d'opposition, si elle se maintient, pourrait atteindre environ 35 %. La participation sera décisive : les organisations étudiantes ont appelé au boycott, estimant que l'élection est un piège, tandis que d'autres insistent sur le fait que la participation est le seul moyen de forcer le changement.
Contexte : de l'effondrement de l'auvent à la crise constitutionnelle
La suite des événements
L'élection sera également un référendum sur l'orientation de la politique étrangère de la Serbie. Vucic a présenté son exercice d'équilibriste entre Bruxelles, Moscou et Pékin comme un art de gouverner pragmatique. Ses détracteurs qualifient cela de système de protection pour l'impunité intérieure. Les électeurs, dont beaucoup n'ont jamais connu un autre dirigeant, décideront quel récit l'emporte.
Personnalités mentionnées
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Djuro Macut
Organisations
Serbian Progressive Party · European Union · United Nations