La Suède vote lors d'élections générales qui pourraient offrir aux Démocrates de Suède, un parti aux origines néonazies, leurs premiers postes ministériels. Quatre ans après avoir brisé un tabou de longue date en entrant dans un arrangement de gouvernement, le parti a accumulé suffisamment d'influence pour exiger une place formelle au pouvoir si le bloc de droite conserve la majorité. Un récent sondage place l'écart entre les deux blocs à 0,3 point de pourcentage.
De mouvement marginal à partenaire de gouvernement
Les Démocrates de Suède ont été fondés par des personnes liées aux mouvements néonazis. Pendant des années, ils ont été traités en parias par tous les partis traditionnels. Cela a changé en 2022, lorsque les Modérés, les Chrétiens-démocrates et les Libéraux ont accepté de former une coalition minoritaire dépendante du soutien parlementaire des DS. L'arrangement, nommé d'après le château de Tidö où l'accord a été signé, a donné aux DS un levier bien au-delà de ce que leur part des voix seule leur aurait conféré.
Pendant quatre ans comme parti d'appui, les DS ont tiré la politique suédoise vers la droite sur l'immigration et la justice pénale. Le parti a atténué sa rhétorique ouvertement raciste, la remplaçant par l'argument selon lequel l'immigration est responsable des problèmes de criminalité en Suède. Ce changement a suffi à rendre la coopération acceptable pour des partis qui l'excluaient totalement auparavant. Les Libéraux, qui refusaient auparavant tout accord avec les DS, ont renversé leur position pour rejoindre l'arrangement de Tidö, un geste qui illustre à quel point le centre de gravité politique de la Suède s'est déplacé.
Cette fois, le calcul a de nouveau changé. Les DS sont le deuxième parti de Suède et se sont vu promettre un rôle éminent au gouvernement, y compris des portefeuilles ministériels clés, si le bloc de droite l'emporte. Le passage d'un arrangement de confiance et d'approvisionnement à un partenariat de coalition à part entière serait significatif : il placerait pour la première fois des politicians aux racines d'extrême droite au sein de l'appareil d'État suédois.
Une campagne de provocations
La campagne électorale a été inhabituellement agressive. Le slogan des DS, "Rendre la Suède à la Suède", emprunte délibérément à Donald Trump son "Make America Great Again". Le parti a diffusé des publicités sur les bus portant la mention : "Mogadiscio vous manque ? La prime de rapatriement vous aidera à rentrer." Les conducteurs de bus ont refusé de conduire les véhicules affichant ces publicités, qui ont été retirées par la suite.
Le chef du parti Jimmie Åkesson a été accusé de sexisme après avoir demandé à la dirigeante social-démocrate Magdalena Andersson, lors d'un débat télévisé, pourquoi elle était si en colère, une formulation largement perçue comme méprisante envers une adversaire féminine.
Une controverse plus grave a entouré Gustav Gellerbrant, une figure de proue des DS. Une enquête du magazine Expo a lié sa compagne russe, qui travaille comme fonctionnaire parlementaire pour les DS, à des acteurs de l'État russe et à la diffusion de propagande russe. Gellerbrant a qualifié ce reportage de tentative de jeter le soupçon sur ses origines et a depuis été mis en congé.
Les arguments de clôture des dirigeants
Ulf Kristersson, le chef des Modérés candidat à sa réélection comme Premier ministre, a concentré ses derniers jours de campagne sur les réductions de peine, accusant Andersson de ne pas défendre les victimes de viol. Andersson a répondu en l'accusant d'instrumentaliser la violence des hommes contre les femmes à des fins politiques.
Andersson, qui a voté dimanche matin à Nacka, une banlieue de Stockholm, a décrit la campagne comme à double tranchant. "Il y a eu beaucoup de mensonges et de querelles, mais en même temps il y a tant de gens sensés à travers le pays," a-t-elle déclaré à la chaîne publique SVT. "L'objectif est de gagner et de donner une nouvelle direction à la Suède."
Benny Andersson d'ABBA a fait une apparition au siège des sociaux-démocrates, interprétant une version retravaillée de "Mamma Mia" du groupe, le titre étant remplacé par "Magdalena".
Les électeurs veulent une chose, les partis en offrent une autre
Les enquêtes montrent systématiquement que la santé, l'ordre public, l'immigration et l'économie sont les sujets qui importent le plus aux électeurs suédois. La campagne réelle a été dominée par tout autre chose : des promesses concurrentes d'allègement financier personnel, alors que les données de l'OCDE sur l'économie suédoise montrent la pression que subissent les ménages face à l'inflation et à la stagnation des salaires.
Fredrik Furtenbach, grand correspondant politique à Radio Suède, a décrit la campagne comme "une sorte d'enchère" dans laquelle les partis ont tenté de se surenchérir avec des promesses de dépenses. Le décalage entre les priorités des électeurs et le discours des partis est une caractéristique de plusieurs élections européennes récentes, mais il est frappant dans un pays où la violence des gangs et les listes d'attente à l'hôpital dominent les gros titres depuis des mois.
Ce que les chiffres montreront
Un record de 3,6 millions d'électeurs ont déposé leur bulletin pendant la période de vote anticipé, suggérant une forte participation pour une élection qui pourrait redessiner les arrangements de gouvernement de la Suède. Les sondages de sortie des urnes seront publiés à 20h heure locale, avec une prévision de diffusion de SVT une heure plus tard et un décompte préliminaire attendu entre 22h30 et 23h.
Quel que soit le résultat, les négociations de coalition devraient durer des semaines, voire des mois. Si le bloc de droite l'emporte, la question des portefeuilles ministériels attribués aux DS sera le premier test d'un arrangement qui a déjà mis à l'épreuve la crédibilité des autres partis. Si le bloc de gauche l'emporte, Andersson devra maintenir ensemble une coalition qui couvre un large éventail idéologique, des centristes pro-entreprises aux socialistes démocrates du Parti de gauche.
Personnalités mentionnées
Organisations
Sweden Democrats · Moderates · Social Democrats