La Suède vote aujourd'hui lors d'une élection législative qui pourrait voir les Démocrates de Suède, à l'extrême droite, entrer au gouvernement pour la première fois, une perspective qui marquerait un changement profond pour un pays qui se considère depuis longtemps comme un bastion du libéralisme scandinave.
Le Premier ministre Ulf Kristersson, qui a été distancé dans les sondages pendant une grande partie de son mandat de quatre ans, a comblé son retard sur l'opposition de centre gauche dans les dernières semaines de la campagne. Plusieurs sondages publiés cette semaine montraient le bloc des sociaux-démocrates mené par Magdalena Andersson ne conservant qu'une avance étroite.
La question centrale de cette élection est de savoir si M. Kristersson donnera suite à sa promesse d'intégrer les Démocrates de Suède dans une coalition gouvernementale, plutôt que de s'appuyer sur leur soutien extérieur comme il le fait depuis sa prise de fonction en 2022.
Une promesse de coalition aux conséquences importantes
M. Kristersson a explicité ses intentions dans les derniers jours de la campagne. « Nous pouvons unir les partis, les électeurs et les enjeux dans une action commune. C'est pourquoi nous arrivons à faire les choses », a-t-il déclaré aux journalistes cette semaine.
La déclaration était formulée avec précaution, mais le sens était clair : voter pour son bloc, c'est voter pour une coalition formelle avec un parti enraciné dans le nationalisme suédois. Les Démocrates de Suède, fondés en 1988 et issus de mouvements suprémacistes blancs, ont passé des années à tenter de se refaire une image en tant que force conservatrice traditionnelle. L'entrée au gouvernement représenterait l'aboutissement de cet effort.
Pour M. Kristersson, le calcul est simple. Son Parti modéré ne peut pas gouverner seul. Le Parti libéral et les Démocrates chrétiens apportent un poids parlementaire limité. Sans les Démocrates de Suède, qui détiennent la plus grande part des sièges de droite au Riksdag, il n'y a pas de majorité viable. L'accord actuel, dans lequel les Démocrates de Suède soutiennent le gouvernement par un accord de confiance et de soutien, a permis des victoires politiques sur l'immigration, mais a aussi limité la marge de manœuvre législative de M. Kristersson. Les intégrer au gouvernement comporte un risque politique, les laisser à l'extérieur a constitué un obstacle à l'action gouvernementale.
L'avance qui se resserre pour Andersson
Magdalena Andersson, qui a brièvement occupé le poste de Première ministre fin 2021 avant de perdre le pouvoir après un rejet du budget, a ramené les sociaux-démocrates en position de contester le gouvernement après quatre ans dans l'opposition. Les sondages menés tout au long de 2025 et début 2026 ont constamment accordé à son bloc une avance confortable.
Cette avance s'est réduite. Plusieurs sondages réalisés en septembre montraient le bloc de centre gauche en tête avec une marge étroite, se situant dans une fourchette où l'arithmétique de la coalition et la participation pourraient déterminer le résultat. La campagne de Mme Andersson s'est concentrée sur la préservation de l'État-providence et sur la mise en garde contre le fait que l'influence des Démocrates de Suède éroderait les libertés civiles et la réputation internationale de la Suède.
La course qui se resserre reflète une tendance plus large à travers l'Europe du Nord, où les partis de centre gauche ont eu du mal à convertir le mécontentement à l'égard des sortants de droite en avances décisives dans les sondages.
L'immigration comme ligne de fracture
La politique d'immigration a dominé la campagne dans un pays qui a autrefois accueilli plus de demandeurs d'asile par habitant que presque tout autre pays européen. La Suède a accepté plus de 160 000 demandeurs d'asile rien qu'en 2015, un chiffre qui a mis à rude épreuve les systèmes de logement, d'éducation et d'intégration, et qui a remodelé le paysage politique pour toute une génération. Les statistiques d'asile d'Eurostat recensent cette année comme le pic des arrivées en Suède, avec des demandes atteignant le taux le plus élevé par habitant dans l'Union européenne.
Le gouvernement de M. Kristersson a déjà considérablement durci les règles. Les conditions d'obtention de la nationalité suédoise sont devenues plus strictes. Les seuils de revenus pour le regroupement familial ont été relevés. Un programme d'aide au rapatriement offre des incitations financières pour que les immigrés quittent la Suède volontairement. Les critiques estiment que ces mesures s'apparentent à une contrainte déguisée en choix, et que l'orientation générale de la politique pousse les immigrés à s'assimiler aux conditions suédoises ou à partir.
Les Démocrates de Suède veulent aller plus loin. Leur programme prévoit des réductions drastiques du nombre global d'immigrés, une extension des programmes de rapatriement et des exigences d'assimilation culturelle plus strictes. Leur entrée au gouvernement donnerait à ces propositions un soutien ministériel direct.
Les libertés civiles sous pression
Les organisations de défense des libertés civiles en Suède ont tiré la sonnette d'alarme sur la trajectoire du gouvernement. Les critiques affirment que l'administration de M. Kristersson a déjà porté atteinte aux libertés d'association et d'expression, en particulier pour les communautés musulmanes, et que la formalisation du rôle des Démocrates de Suède au gouvernement accélérerait cette tendance.
Les partisans du gouvernement rétorquent que l'intégration exige des attentes claires et que le modèle suédois de longue date, combinant un asile généreux à de faibles exigences d'assimilation, a produit les tensions sociales qui poussent désormais les électeurs vers des politiques plus dures. Cet argument trouve un écho : le soutien à des règles d'immigration plus strictes s'étend désormais largement au-delà des électeurs des Démocrates de Suède pour toucher le grand public.
Un schéma nordique
La Suède n'est pas seule à faire face à cette dynamique. En Finlande, le Parti des Finlandais est entré au gouvernement en 2023. En Norvège, le Parti du progrès a fait partie de la coalition jusqu'en 2020. Les sociaux-démocrates au pouvoir au Danemark ont eux-mêmes adopté des politiques d'immigration restrictives, tentant de neutraliser l'attrait du Parti populaire danois en récupérant son thème de prédilection.
L'élection suédoise est la dernière illustration d'un schéma qui se déploie dans toute la région nordique : les partis traditionnels s'adaptent à la réalité selon laquelle la restriction de l'immigration recueille désormais le soutien de la majorité des électeurs, et décident dans quelle mesure ils accommodent des partis qui ont fait de cette question leur raison d'être.
Personnalités mentionnées
Organisations
Swedish Social Democratic Party · Sweden Democrats · Moderate Party