International · Diplomatie au Moyen-Orient
La France exhorte l'UE à surveiller les élections palestiniennes prévues en novembre
Jean-Noël Barrot demandera à Kaja Kallas de déployer une mission pour le premier scrutin palestinien depuis deux décennies, tandis que l'Espagne presse d'imposer des sanctions à des ministres israéliens et que le bloc reste divisé sur le commerce avec les colonies.
La France demandera à l'Union européenne de déployer une mission d'observation électorale dans les territoires palestiniens pour les élections législatives prévues le 28 novembre, le premier scrutin de ce type depuis 2006. Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères, a fait cette annonce à son arrivée à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Wicklow, en Irlande, déclarant qu'il soumettrait cette requête à Kaja Kallas, la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.
Le scrutin législatif sera suivi d'une élection présidentielle début l'année prochaine. Mahmoud Abbas, le président de 90 ans de l'Autorité palestinienne, n'a pas encore confirmé s'il sera candidat. Son mandat a expiré en 2009 ; depuis, il gouverne par décret. Les élections annoncées pour 2021 ont été reportées indéfiniment après le refus d'Israël d'autoriser le vote à Jérusalem-Est, qu'il occupe depuis 1967.
Un ensemble diplomatique lié à la reconnaissance de l'État
Le calendrier électoral est issu d'un accord diplomatique l'an dernier, dans lequel la France et dix autres pays, dont le Royaume-Uni, le Canada et le Portugal, ont reconnu l'État palestinien en échange de l'engagement de l'Autorité palestinienne d'organiser des élections et de poursuivre des réformes de gouvernance. L'UE est le plus grand donateur financier de l'Autorité, et les capitales européennes pressent depuis longtemps d'un renouvellement de la légitimité démocratique. De nombreux gouvernements du bloc considèrent la direction actuelle comme corrompue et inefficace, une vision qui a compliqué le versement de l'aide.
M. Barrot s'est montré confiant sur les aspects pratiques. « Il est essentiel que ces élections aient lieu, je ne vois aucun obstacle technique ou logistique insurmontable », a-t-il déclaré. Il a ajouté que la mission qu'il envisage ne se limiterait pas aux États membres de l'UE : « D'autres pays souhaitent vivement que ces élections se tiennent. Sur cette base, nous pouvons prendre tous les arrangements nécessaires pour qu'elles se tiennent dans les délais. »
L'ombre de 2006 et la question du Hamas
La dernière élection législative palestinienne, en janvier 2006, avait produit une victoire surprise du Hamas face au parti Fatah de M. Abbas, qui dominait la politique palestinienne depuis les accords d'Oslo. Le résultat avait entraîné une coupure de l'aide occidentale, une rupture violente entre Gaza et la Cisjordanie, et un gel politique qui dure depuis deux décennies. Le souvenir de ce résultat façonne chaque calcul à Bruxelles et dans les capitales européennes aujourd'hui. Les responsables sont parfaitement conscients qu'un nouveau scrutin pourrait ramener un parlement dirigé par le Hamas, ou un résultat fragmenté qui approfondirait la division entre la Cisjordanie et Gaza.
Pour l'UE, les enjeux sont à la fois moraux et matériels. Le bloc a dépensé des centaines de millions d'euros dans la construction institutionnelle, les programmes sur l'État de droit et le soutien budgétaire de l'Autorité palestinienne. Une élection crédible débloquerait une nouvelle phase d'engagement ; une élection défectueuse ou annulée exposerait les limites de l'influence européenne. L'Autorité a récemment adopté un ensemble de réformes de gouvernance, comprenant des modifications du processus de nomination des juges et des règles de marchés publics, explicitement conçues pour satisfaire aux conditions de l'UE et maintenir les flux financiers.
La poussée espagnole pour des sanctions contre des ministres israéliens
Alors que M. Barrot se concentrait sur la mission électorale, son homologue espagnol José Manuel Albares a profité de la réunion de Wicklow pour relancer une campagne au point mort pour des sanctions de l'UE contre deux membres du gouvernement de Benjamin Netanyahou : Itamar Ben-Gvir, le ministre de la Sécurité nationale, et Bezalel Smotrich, le ministre des Finances. Tous deux ont un long historique de déclarations que les gouvernements européens considèrent comme des incitations à la haine et des violations du droit international.
« Quand on dit qu'on est le ministre d'une démocratie, on se comporte comme tel », a déclaré M. Albares aux journalistes. « On ne tient pas des propos scandaleux et contraires au droit international. Et si l'on veut entretenir des relations normales avec l'UE, il faut se comporter en ministre d'un gouvernement démocratique. » L'initiative espagnole bénéficie du soutien de la France, de la Suède et de plusieurs autres États membres, mais elle requiert l'unanimité des vingt-sept, un seuil qui s'est révélé jusqu'à présent inaccessible.
Interdiction du commerce avec les colonies bloquée par l'opposition allemande
Un effort parallèle pour imposer une interdiction à l'échelle de l'UE sur le commerce avec les colonies israéliennes illégales en Cisjordanie occupée a également échoué. L'Espagne, la France et la Suède ont mené cette poussée, arguant que la compétence exclusive de l'UE en matière de politique commerciale l'oblige à empêcher les produits des colonies d'entrer sur le marché unique. L'Allemagne, rejointe par une poignée de gouvernements d'Europe centrale et orientale, s'y est opposée, invoquant la complexité juridique et le risque de détérioration des relations avec Israël. Le résultat est un ensemble de directives nationales disparates plutôt qu'un règlement contraignant.
M. Barrot a fait savoir que la France n'abandonnerait pas le dossier. « Je réitérerai, comme nous l'avons fait avec la Suède avant l'été, que l'UE, qui détient la compétence en matière commerciale, ne peut pas accepter que des produits en provenance de colonies illégales en Cisjordanie entrent illégalement sur le territoire de l'UE », a-t-il déclaré. La formulation est délibérée : elle présente la question comme une obligation juridique en vertu des propres traités de l'UE plutôt que comme un geste politique, une ligne que le service juridique de la Commission européenne a soutenue en privé, mais qui n'a pas été testée devant les tribunaux.
Le calendrier électoral israélien augmente la pression
L'élection législative palestinienne est prévue peu après les prochaines élections générales israéliennes, un calendrier que les deux parties suivent de près. La campagne israélienne a vu M. Ben-Gvir et d'autres ministres intransigeants intensifier les diatribes contre les Palestiniens, notamment par des appels à l'expansion de la construction des colonies et à des restrictions de déplacement en Cisjordanie. Les diplomates européens craignent qu'une campagne israélienne menée sur des positions maximalistes ne rende plus difficile pour M. Abbas de présenter l'élection palestinienne comme un véritable exercice d'autodétermination plutôt qu'une parade orchestrée.
Il y a également la question de Jérusalem-Est. Le refus d'Israël d'y autoriser le vote palestinien était la raison invoquée pour l'annulation de 2021. Aucun accord n'a été trouvé depuis. Les responsables israéliens ne se sont pas publiquement engagés à faciliter le vote dans la ville cette fois-ci, et l'UE n'a pas obtenu de garantie écrite. L'affirmation de M. Barrot selon laquelle aucun obstacle « insurmontable » n'existe reflète peut-être un optimisme diplomatique plus qu'un arrangement arrêté.
Ce que la mission ferait concrètement
Une mission d'observation électorale de l'UE déploie généralement une équipe centrale d'analystes quelques semaines avant le jour du scrutin, suivie d'observateurs à long terme sur le terrain et d'un contingent plus important d'observateurs à court terme pour le vote lui-même. Son mandat est d'évaluer l'ensemble du processus, l'inscription des candidats, l'environnement de campagne, l'accès aux médias, les opérations de vote, le dépouillement et la tabulation, selon les normes internationales. La mission publie une déclaration préliminaire dans les jours suivant l'élection et un rapport final avec des recommandations quelques mois plus tard. L'UE a déployé de telles missions pour plus de 100 élections depuis 2000, notamment en Ukraine, en Tunisie et au Kenya.
Pour les territoires palestiniens, les défis opérationnels sont particuliers. L'accès à Gaza nécessiterait une autorisation de sécurité israélienne, qui n'est pas garantie. Les déplacements entre la Cisjordanie et Jérusalem-Est sont contrôlés par des points de contrôle israéliens. La mission devrait coordonner avec la Commission électorale centrale palestinienne, qui reconstruit ses capacités après des années d'inactivité. Le financement proviendrait de l'instrument européen de voisinage de l'UE, sous réserve d'une décision du Conseil que Mme Kallas lancerait une fois la demande formelle de M. Barrot sur son bureau.
Le veto allemand et les limites de l'unité européenne
La résistance de l'Allemagne à l'interdiction du commerce avec les colonies illustre une tendance plus large : la capacité de l'UE à agir sur le dossier israélo-palestinien est entravée par l'exigence d'unanimité en politique étrangère et commerciale. Berlin argue qu'une interdiction unilatérale de l'UE serait discriminatoire selon les règles de l'Organisation mondiale du commerce et mettrait en péril l'accord d'association UE-Israël, qui sous-tend de vastes liens scientifiques, culturels et économiques. D'autres gouvernements, dont l'Autriche, la Hongrie et la République tchèque, partagent cette prudence. Le résultat est que le levier économique le plus puissant de l'UE, son marché unique, reste indisponible pour faire respecter la distinction entre Israël et les territoires qu'il occupe.
Cela ne signifie pas que rien ne bouge. L'UE a mis à jour ses directives sur l'étiquetage des produits des colonies, exigeant l'indication de l'origine. Elle a financé des observateurs des droits de l'homme en Cisjordanie. Elle a maintenu une position constante selon laquelle les colonies sont illégales au regard du droit international. Mais chaque étape est négociée, diluée ou retardée par la nécessité de maintenir les vingt-sept à bord. La mission électorale, en revanche, relève de la politique étrangère et de sécurité commune, où une majorité qualifiée peut parfois suffire, bien que Mme Kallas cherchera toujours un consensus pour éviter une division publique.
Les semaines à venir testeront la capacité de l'UE à traduire son poids financier en une séquence diplomatique produisant une élection authentique, ou si la tendance habituelle, annonce, retard, abandon silencieux, se répétera pour une troisième décennie. La différence cette fois-ci est que la demande de mission d'observation s'accompagne d'une date précise sur le calendrier, et d'un ministre français prêt à dire publiquement qu'aucun obstacle n'est insurmontable. Que cette confiance soit justifiée sera clair d'ici novembre.
Sources
People mentioned
Jose Manuel Albares
Mahmoud Abbas
Organisations
European Union · Palestinian Authority · French Ministry for Europe and Foreign Affairs · Spanish Ministry of Foreign Affairs