La Commission européenne a autorisé un paquet d'aide d'État allemand de 400 millions d'euros qui empêche Sanofi de fermer son usine d'insuline de Francfort-Höchst, une décision qui évite à l'Espace économique européen de dépendre d'un unique site de production pour un médicament utilisé quotidiennement par des millions de diabétiques.

L'approbation, annoncée le 10 septembre, met fin à une négociation de plusieurs années entre Berlin, Paris et Bruxelles. Sanofi avait fait savoir qu'il fermerait l'installation allemande à moins qu'un financement public ne comble l'écart vers une nouvelle ligne de production hautement automatisée. L'entreprise avait également envisagé de déplacer l'investissement en France, selon des sources du gouvernement allemand citées dans la presse nationale.

Pourquoi l'affaire est arrivée jusqu'à Bruxelles

Dans le cadre des Services d'intérêt économique général (SIEG) révisés le 19 décembre 2025, les États membres peuvent compenser des entreprises pour des obligations de service public dans les médicaments critiques sans notifier la Commission, mais seulement jusqu'à 20 millions d'euros par an. Le paquet allemand pour Sanofi dépasse largement ce plafond, ce qui a déclenché l'évaluation complète d'aide d'État conclue cette semaine.

L'enquête de la Commission s'est concentrée sur la proportionnalité de l'aide, sur une éventuelle distorsion de la concurrence et sur la possibilité d'obtenir le même résultat avec moins d'argent public. Dans sa décision, l'exécutif a conclu que la fermeture du site de Francfort aurait créé une dépendance structurelle vis-à-vis des approvisionnements en insuline non européens, un risque que l'UE cherche à réduire depuis les défaillances des chaînes d'approvisionnement pendant la pandémie de Covid-19.

Conditions attachées à l'aide

Sanofi doit rendre la nouvelle usine opérationnelle au 31 décembre 2032. À compter de cette date, elle est tenue de produire au moins 1,1 tonne d'insuline par an et de maintenir un stock stratégique d'une tonne de principes actifs pharmaceutiques. Ces deux exigences restent en vigueur jusqu'en 2042. L'entreprise doit également privilégier le marché de l'Espace économique européen en cas de pénuries.

La Commission note que les pénuries d'insuline sont devenues plus fréquentes alors que les fabricants détournent leurs capacités de production vers les agonistes des récepteurs GLP-1, la classe qui inclut Ozempic et Wegovy, qui offrent des marges plus élevées. Cette logique commerciale a laissé les lignes plus anciennes et moins rentables, comme l'insuline, sous-investies.

Le contexte stratégique

Une étude de la Commission de 2021 a révélé que 80 % des principes actifs pharmaceutiques importés par l'UE proviennent de seulement cinq pays, la Chine seule en fournissant 45 %. Cette concentration a été révélée comme une vulnérabilité lorsque les confinements pandémiques ont perturbé la logistique mondiale. La décision Sanofi est la première grande affaire d'aide d'État jugée sur ce fond, et elle intervient alors que la loi sur les médicaments critiques, proposée en mars 2025 et accordée politiquement par le Conseil et le Parlement le 11 mai 2026, attend encore son adoption formelle.

Jusqu'à l'entrée en vigueur de la nouvelle législation, des cas comme celui-ci sont évalués selon les règles d'aide d'État existantes. La Commission a publié en mars 2025 une orientation distincte sur la manière dont ces règles doivent s'appliquer aux médicaments critiques, signalant que d'autres approbations de ce type sont probables.

Manœuvres allemandes et françaises

Berlin, le Land de Hesse et la ville de Francfort ont assemblé le soutien financier pour Sanofi à condition que la Commission valide. Des responsables français faisaient simultanément pression pour que l'investissement atterrisse en France, où Sanofi a son siège et d'autres sites de production. L'issue maintient les emplois et la technologie en Allemagne, mais elle crée aussi un précédent : une aide à grande échelle pour des médicaments critiques peut passer le scrutin de Bruxelles si l'argument stratégique est présenté de façon convaincante.

Ce que les chiffres signifient pour les patients

Plus de 32 millions de personnes dans l'UE vivent avec un diabète diagnostiqué, et des millions d'autres sont non diagnostiquées. Pour elles, la décision de Francfort ne concerne pas le droit des aides d'État mais la question de savoir si le flacon qu'elles récupèrent à la pharmacie chaque mois continue d'être rempli en Europe. Les propres données de la Commission montrent que les pénuries d'insuline ont gagné en fréquence ces trois dernières années, une tendance que les responsables attribuent directement au déplacement des capacités vers les GLP-1.

L'objectif de production annuelle de 1,1 tonne est conçu pour couvrir une part significative de la demande de l'EEE, bien que la Commission n'ait pas publié le pourcentage exact. Le site actuel de Francfort chez Sanofi ne produit qu'une fraction de ce volume ; la nouvelle ligne vise à le remplacer entièrement par une technologie de fabrication continue moderne.

Un cas test pour la politique industrielle

La décision illustre comment la Commission utilise la politique de concurrence pour faire avancer les objectifs d'autonomie stratégique. En approuvant une aide qui dépasse le seuil normal, Bruxelles a signalé que la sécurité d'approvisionnement pour les médicaments essentiels peut justifier une intervention de marché. La question est maintenant de savoir si la même logique s'appliquera à d'autres génériques critiques, antibiotiques, paracétamol, antihypertenseurs, où la production européenne s'est également effritée.

Pour Sanofi, le paquet assure une empreinte européenne pour une ligne de produits qui n'est plus un moteur de croissance mais reste une nécessité de santé publique. Pour l'UE, c'est un acompte sur un agenda de résilience qui a jusqu'ici produit plus de rhétorique que d'usines. L'usine de Francfort sera le premier test concret de la capacité de cet agenda à livrer.

Personnalités mentionnées

  • Teresa Ribera

    Executive Vice-President for a Clean, Just and Competitive Transition, European Commission

Organisations

European Commission · Sanofi · German Federal Government