La Commission européenne a dévoilé son règlement sur les marchés publics (PPA) le 9 septembre, transformant le pouvoir d'achat annuel de 2 500 milliards d'euros du bloc en un instrument explicite de politique industrielle. Environ 600 milliards d'euros de ces dépenses, soit environ un quart du total, seront soumis aux nouvelles règles, a indiqué le commissaire à l'Industrie, Stéphane Séjourné, aux journalistes à Bruxelles. Le règlement remplace trois directives existantes et plus de deux douzaines de lois secondaires, une consolidation qui, selon la Commission, permettra d'économiser 650 millions d'euros par an en coûts administratifs aux autorités contractantes.
La pondération de la qualité remplace la primauté du prix le plus bas
Pendant des décennies, le droit des marchés publics de l'UE a été construit autour du principe de l'offre économiquement la plus avantageuse, qui, dans la pratique, se résumait souvent au prix le plus bas. Le PPA change cette donne. Les critères de qualité, couvrant les performances environnementales, les normes sociales, l'innovation, la sécurité et la résilience de la chaîne d'approvisionnement, doivent désormais représenter au moins 30 % de la note d'évaluation. Pour les contrats à forte intensité de main-d'œuvre tels que le nettoyage, la restauration ou les services de soins, la pondération de la qualité peut s'élever à 50 %. Les autorités peuvent toujours attribuer le marché uniquement sur la base du prix lorsque la qualité est entièrement définie par des spécifications techniques, mais la charge de la preuve incombe désormais à l'organisme adjudicateur.
Une étude de la Commission citée dans la proposition a révélé que les critères environnementaux et sociaux sont déjà autorisés mais appliqués de manière incohérente entre les États membres, de nombreuses autorités contractantes craignant des recours juridiques si elles rejettent l'offre la moins chère. Les minimums obligatoires visent à lever ces hésitations. « Il s'agit d'argent public qui doit également servir nos objectifs communs », a déclaré M. Séjourné, présentant ce changement comme un devoir de dépenser l'argent public conformément aux objectifs communs de l'UE.
Un seuil de 50 % de contenu européen et le pouvoir d'exclure
La disposition la plus chargée politiquement permet aux autorités contractantes de rejeter toute offre dont la part de biens ou services d'origine européenne est inférieure à 50 % de la valeur du contrat. Elles peuvent également limiter la participation à un appel d'offres aux entreprises établies dans l'UE ou imposer purement et simplement des exigences d'origine. Les autorités des États membres peuvent aller plus loin et interdire totalement les fournisseurs de pays tiers lors de certains marchés. M. Séjourné a illustré le propos par un exemple direct : les futures plaintes concernant une ville allemande achetant des bus chinois plutôt qu'européens seraient infondées, car le règlement autorise explicitement cette préférence.
Cette mesure crée une tension immédiate avec l'agenda commercial de l'UE. Bruxelles négocie actuellement des chapitres d'accès aux marchés avec l'Inde, l'Indonésie et le Mercosur qui ouvriraient leurs marchés publics aux entreprises européennes. Les critiques estiment que le PPA mine l'argument de réciprocité que la Commission avance depuis longtemps dans ces négociations. La Commission rétorque que l'Accord sur les marchés publics (AMP) de l'Organisation mondiale du commerce permet déjà aux parties de réserver des marchés aux fournisseurs nationaux en dessous de certains seuils, et que l'UE ne fait qu'utiliser une marge de manœuvre qu'elle a toujours eue mais rarement exercée.
Un règlement, pas une directive : la centralisation du contrôle
Bien qu'une majorité d'États membres aient plaidé en faveur d'une directive, qui aurait laissé la transposition aux parlements nationaux, la Commission a opté pour un règlement. Cette forme juridique prend effet direct dans les 27 capitales, réduisant les possibilités de mise en œuvre divergente. M. Séjourné a qualifié le texte d'« acte de simplification radicale », estimant qu'un livre unique de règles réduira l'insécurité juridique qui fragmente actuellement le marché unique des marchés publics.
La simplification s'étend à l'infrastructure numérique. Aujourd'hui, 123 plateformes de dématérialisation distinctes fonctionnent aux niveaux national, régional et local. Le PPA impose un réseau interopérable pour qu'une entreprise au Portugal puisse soumissionner à un contrat en Finlande sans avoir à naviguer sur un portail différent. Des formulaires standardisés, une documentation allégée pour les soumissionnaires réguliers et un système de vérification ex ante volontaire pour les grands contractants sont également prévus.
La loi associée sur l'innovation cible le déficit de commercialisation
Le même jour, la commissaire à la Recherche, Ekaterina Zaharieva, a présenté la loi européenne sur l'innovation, conçue pour transformer les acheteurs publics en clients d'ancrage pour les technologies européennes à un stade précoce. Ce texte vise à résoudre un problème persistant : la recherche financée par l'UE n'atteint souvent pas le marché car les jeunes entreprises manquent de capitaux et de clients de référence pour se développer. La loi sur l'innovation créera une voie d'« achat stratégique » permettant aux autorités d'acheter des solutions innovantes avant leur maturité commerciale, avec des règles sur les aides d'État ajustées pour limiter le risque de la transaction.
Des documents consultés par Politico indiquent que le champ d'application de la loi sur l'innovation a été réduit après deux avis négatifs au sein de la Commission, ce qui suggère un désaccord interne sur la mesure dans laquelle les marchés publics doivent s'étendre au territoire des subventions industrielles. Le texte final se concentre sur les marchés publics précommerciaux et les marchés publics de solutions innovantes, s'arrêtant avant d'imposer une préférence plus large pour la propriété intellectuelle européenne dans l'ensemble des dépenses.
La signification réelle des chiffres
Le montant de 600 milliards d'euros représente la part du marché de 2 500 milliards d'euros qui dépasse les seuils de marchés publics de l'UE, soit environ 140 000 euros pour les biens et services et 5,3 millions d'euros pour les travaux, et qui est donc soumise aux règles de transparence et de concurrence intégrales du traité. Les dépenses en dessous des seuils, qui représentent la majorité des transactions en volume mais une minorité en valeur, restent régies par des règles nationales alignées sur les principes du traité. L'estimation des économies de 650 millions d'euros suppose une numérisation complète et l'élimination des rapports en double entre les trois directives fusionnées ; la Commission n'a pas publié d'annexe détaillée sur les coûts et les bénéfices.
Personnalités mentionnées
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Ekaterina Zaharieva
Organisations
European Commission · European Parliament · Council of the European Union