La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt d'un quart de point de pourcentage à 2,5 % jeudi, son plus haut niveau depuis mars 2025, les décideurs répondant à une nouvelle flambée des prix de l'énergie déclenchée par l'élargissement du conflit au Moyen-Orient. Cette décision, approuvée à l'unanimité par le conseil des gouverneurs réuni à Berlin, marque la deuxième hausse cette année après une augmentation similaire en juin, la première depuis 2023.

Le choc énergétique revient au premier plan

Le Brent est repassé au-dessus de 100 $ le baril cette semaine, tandis que les contrats à terme sur le gaz naturel TTF néerlandais, la référence européenne, ont atteint leur plus haut niveau depuis plus de trois ans. Cette flambée reflète l'escalade de la confrontation entre les États-Unis et l'Iran et la reprise des combats entre l'Arabie saoudite et les rebelles yéménites, qui a assombri les perspectives d'un retour à des livraisons d'énergie normales depuis le Golfe. Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a qualifié la décision d'« évidence » lors de sa conférence de presse, ajoutant que "the conflict in the Middle East continues to generate inflation pressures, and inflation is set to remain well above target for an extended period."

La banque centrale a maintenu sa projection d'inflation pour 2026 à 3 % mais a relevé ses prévisions pour 2027 et 2028, signalant que les pressions sur les prix devraient persister plus longtemps que prévu. Dans le même temps, la BCE a relevé ses perspectives de croissance, anticipant désormais une expansion de l'économie de la zone euro de 0,9 % cette année et de 1,4 % l'an prochain, toutes deux supérieures aux projections de juin. Lagarde a déclaré que les perspectives à court terme s'étaient « améliorées » et que les responsables avaient « been surprised by the resilience of our economy."

La résilience de la croissance complique le tableau

Des chiffres de croissance plus solides donnent au conseil des gouverneurs la marge de manœuvre pour continuer à durcir sa politique sans faire basculer le bloc monétaire dans la récession. Le chômage reste à des niveaux historiquement bas dans plusieurs grands États membres, et la consommation des ménages a mieux résisté que ne l'anticipaient de nombreux prévisionnistes en début d'année. Cette résilience signifie toutefois que la demande intérieure pourrait maintenir les pressions sous-jacentes sur les prix même si les coûts de l'énergie finissent par se stabiliser.

Les analystes ont interprété les propos de Lagarde comme faucons. Roman Ziruk, stratège FX chez Ebury, a déclaré que la communication « can be read as at least having a hawkish tilt » et a noté que la présidente « signalled that inflation is proving more persistent than expected (and) talked up the resilience of the eurozone economy. » Les marchés monétaires intègrent au moins une nouvelle hausse de taux d'ici à la fin 2026, bien que Lagarde ait refusé de donner des indications explicites, invoquant des perspectives « too unclear to plot a path ahead."

Les critiques remettent en question le mécanisme de transmission

Cette décision a relancé le débat sur l'opportunité de la politique monétaire comme outil face à un choc d'inflation dû principalement à des contraintes d'approvisionnement en énergie. Les hausses de taux agissent en freinant la demande des ménages et des entreprises, mais n'augmentent pas la disponibilité du pétrole ou du gaz. Certains économistes estiment que la BCE risque de faire souffrir les emprunteurs et les titulaires de prêts hypothécaires sans s'attaquer à la cause profonde de la flambée des prix.

Pour l'instant, il y a peu de preuves que la hausse des coûts de l'énergie se soit propagée de manière générale à l'inflation des produits alimentaires, des biens ou des services. L'inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils de l'énergie et de l'alimentation, a modéré ces derniers mois. Cela soulève la question de savoir si le cycle de durcissement actuel anticipe un effet de second tour qui ne se matérialisera peut-être pas, ou si la banque est déterminée à éviter une répétition de 2022, lorsqu'elle a été largement critiquée pour avoir réagi trop lentement après que l'invasion de l'Ukraine par la Russie a fait s'envoler les prix de l'énergie.

Les ménages ressentent la pression

Pour les ménages de la zone euro, une nouvelle hausse de taux se traduit directement par des crédits immobiliers, à la consommation et aux entreprises plus chers. Les titulaires de prêts à taux variable dans des pays comme l'Espagne, l'Italie et la France ont déjà vu leurs mensualités augmenter fortement depuis le début du cycle de durcissement. L'enquête de prêt de la BCE montre que les banques continuent de durcir leurs critères de crédit, une tendance qui sera renforcée par des taux directeurs plus élevés.

Lagarde élude les questions sur sa succession

La conférence de presse a également porté sur l'avenir de Lagarde après des spéculations médiatiques selon lesquelles elle pourrait quitter ses fonctions avant la fin de son mandat en octobre 2027 pour prendre la tête du Forum économique mondial. Elle a refusé de s'exprimer, déclarant aux journalistes : « When there is something to report about me personally, you'll be the first one to know... and there is nothing to report. » Cette non-dénégation laisse la porte ouverte à une transition de direction qui coïnciderait avec une période critique pour la politique monétaire de la zone euro.

Un équilibre délicat

La BCE marche sur une crête étroite. Relever les taux trop loin risque d'étouffer la reprise de la croissance qu'elle vient de réviser à la hausse ; faire une pause trop tôt pourrait lui faire perdre en crédibilité sur l'inflation au moment où les chocs énergétiques menacent de réancrer les pressions sur les prix. Le refus de Lagarde de guider sur la prochaine décision reflète une incertitude réelle, non une ambiguïté tactique. Le conseil des gouverneurs se réunira à nouveau dans six semaines avec un nouveau jeu de projections et, fort probablement, une nouvelle réalité des prix de l'énergie. D'ici là, le taux de dépôt de 2,5 % constitue le coût d'emprunt le plus élevé dans la zone euro depuis le début de la flambée inflationniste post-pandémie.

Personnalités mentionnées

  • Christine Lagarde

    President of the European Central Bank, European Central Bank

  • Roman Ziruk

    FX Strategist, Ebury

Organisations

European Central Bank · Ebury