La perturbation de l'approvisionnement déclenchée par la guerre entre les États-Unis et l'Iran a réécrit les calculs de sécurité énergétique sur deux continents. Les prix de référence européens du gaz naturel, qui s'échangeaient à 31,96 euros par mégawattheure le 27 février, ont bondi pour atteindre un pic de 80,82 euros le 11 septembre. Le brut Brent, à 76,30 dollars le baril fin février, a touché 126,41 dollars en avril et s'échangeait encore à 105,62 dollars à la mi-septembre. Pour les gouvernements qui ont passé les deux dernières années à remplacer le gaz russe, le dernier choc a levé tout doute restant. La dépendance aux hydrocarbures importés est un passif stratégique, et non un simple risque de marché.
L'Europe mise à fond sur l'éolien après le second choc gazier
Les chiffres du premier semestre 2026 montrent que la réponse est déjà mesurable. L'Europe a ajouté 8,8 gigawatts de nouvelle capacité éolienne entre janvier et juin, selon l'organisation bruxelloise WindEurope, soit une hausse de 33 % par rapport à la même période en 2025. L'Allemagne a généré une grande partie de cette croissance, en connectant des projets offshore qui ont permis de porter la part des sources renouvelables à un record de 58 % de la consommation d'électricité du pays lors des six premiers mois. Au Royaume-Uni, la production éolienne a augmenté de 31 % en glissement annuel au premier trimestre et a fourni 42 % de la production, permettant aux centrales à gaz de fonctionner moins souvent.
La Banque européenne d'investissement a fait valoir que la transition vers les énergies propres réduit la dépendance aux importations et renforce la résilience face aux chocs de prix mondiaux. Ce cadrage, la sécurité énergétique d'abord, les émissions ensuite, domine désormais les discussions politiques à Berlin, Paris et Bruxelles. La conversation a dépassé la simple addition de capacités pour aborder des questions d'infrastructure plus ardues. L'électrification du chauffage et des transports, le stockage de longue durée et le renforcement du réseau pour acheminer l'énergie de la mer du Nord vers les centres industriels du sud sont désormais au cœur des débats.
Le solaire en toiture devient une protection des ménages contre la volatilité
Les prix de gros élevés se sont répercutés sur les factures des particuliers, provoquant une hausse notable des installations solaires résidentielles en Allemagne, en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas. Les installations en toiture peuvent être mises en service en quelques semaines plutôt qu'en années, comme l'exigent les centrales à grande échelle, et elles produisent de l'électricité au point d'utilisation, contournant les réseaux de distribution congestionnés. Les installateurs font état de carnets de commandes s'étalant jusqu'en 2027, motivés moins par les tarifs d'achat que par le désir de verrouiller un coût connu par kilowattheure.
Les géants asiatiques dépendants des importations considèrent le stockage comme le chaînon manquant
Les mêmes signaux de prix refont les plans d'investissement en Asie, où la plupart des grandes économies importent la majeure partie de leur pétrole et de leur gaz. Le ministère indien des Énergies nouvelles et renouvelables intensifie les achats de stockage pour permettre une pénétration plus poussée des renouvelables. La Central Electricity Authority recommande désormais que le stockage soit colocalisé avec les nouveaux projets solaires, et le ministère prévoit un besoin national de 411,4 gigawattheures d'ici 2032, un chiffre qui ferait de l'Inde l'un des plus grands marchés de stockage au monde.
La Corée du Sud s'est fixé un objectif de capacité renouvelable de 100 gigawatts pour 2030 et donne la priorité à la modernisation du réseau pour absorber la production variable. Les Philippines visent l'ajout de 25 gigawatts de capacité renouvelable d'ici 2035, avec un objectif intermédiaire de 35 % de production renouvelable d'ici 2030 et 50 % d'ici 2040. Rien que cette année, Manille prévoit de mettre en service 1 471 mégawatts de projets combinés de renouvelables et de stockage. La Thaïlande, fortement dépendante du gaz naturel pour son électricité, accélère le déploiement du solaire pour diversifier son mix énergétique.
La Chine intègre la sécurité et la transition dans un seul plan
Pékin présente la sécurité énergétique et la construction d'un « nouveau système énergétique » comme un objectif unique. Les investissements dans le solaire, l'éolien, les batteries et les lignes de transmission à très haute tension figurent en bonne place dans le plan quinquennal actuel. Les fabricants chinois dominent déjà les chaînes d'approvisionnement mondiales pour les modules photovoltaïques et les cellules lithium-ion. L'objectif de déploiement national garantit un marché intérieur stable, même si les barrières commerciales se multiplient en Europe et aux États-Unis.
Le manque à investir persiste dans les réseaux et le stockage de longue durée
L'éolien et le solaire sont désormais la source la moins chère de nouvelle électricité sur la plupart des marchés, mais les coûts d'intégration au système augmentent. Les gestionnaires de réseaux de transport européens estiment que 400 milliards d'euros d'investissements dans le réseau sont nécessaires d'ici 2030. Le stockage de longue durée, au-delà de la norme de quatre heures au lithium-ion, reste commercialement non prouvé à grande échelle. L'hydrogène, l'air comprimé et les batteries à flux en sont aux stades pilotes. Aucun n'a atteint la courbe de coût qui a rendu les batteries de courte durée omniprésentes.
Organisations
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