Une visite d'État très médiatisée à Berlin cette semaine était censée sécuriser l'avenir énergétique de l'Allemagne. Au lieu de cela, elle a mis en évidence une friction croissante entre les ambitions climatiques européennes et les réalités du commerce mondial du gaz. Les Émirats arabes unis et l'Allemagne ont annoncé un nouveau cadre de coopération, mais les dirigeants des deux camps affirment que les réglementations bruxelloises font désormais obstacle.
Sefe, l'importateur de gaz public allemand, a signé un protocole d'accord avec Adnoc, le groupe énergétique d'État des EAU, et sa branche d'investissement XRG. Cet accord visait à explorer une coopération tout au long de la chaîne de valeur du gaz naturel et du gaz naturel liquéfié. Cependant, les entreprises indiquent que les règles actuelles de l'Union européenne empêchent le partenariat de déboucher sur des contrats d'approvisionnement concrets.
Le protocole d'accord et l'obstacle
L'annonce a été faite alors que le cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane, président des Émirats arabes unis, concluait sa visite en Allemagne. Si l'image diplomatique laissait entrevoir un renforcement des liens, la réalité commerciale est plus complexe. Les trois entreprises ont déclaré leur volonté d'examiner les possibilités de coopération, mais les termes employés ne vont pas jusqu'à s'engager sur des volumes spécifiques ou des calendriers de livraison à long terme.
Les représentants de l'industrie désignent directement la réglementation de l'UE sur le méthane comme l'obstacle. Cette législation exige des importateurs qu'ils vérifient que les combustibles fossiles qu'ils introduisent dans le bloc respectent des normes strictes de surveillance et d'atténuation des fuites de méthane. Pour les producteurs du Golfe, se conformer à ces obligations de déclaration et de réduction ajoute des coûts et une charge administrative qui compliquent la conclusion d'accords.
Ce qu'exige la réglementation sur le méthane
La réglementation vise à réduire les émissions de méthane, nocives pour le climat, tout au long de la chaîne de valeur du pétrole et du gaz. Les producteurs sont tenus de mesurer et de déclarer les émissions, et, à terme, les importations feront face à des restrictions si elles ne répondent pas aux normes d'équivalence. La Commission européenne affirme que cette mesure est nécessaire pour lutter contre ce puissant gaz à effet de serre, mais les exportateurs la perçoivent comme une barrière non tarifaire.
La conformité implique un suivi détaillé des fuites sur les pipelines et les installations de traitement, ce qui nécessite des investissements importants dans les technologies de surveillance. Pour une entité publique comme Adnoc, la décision d'investir dans ces infrastructures dépend de la capacité du marché européen à rester un acheteur fiable à long terme. Si les règles rendent le gaz trop cher ou difficile à vendre, les fournisseurs pourraient se tourner ailleurs.
Les voix de l'industrie sur la sécurité de l'approvisionnement
Rainer Seele, président de Global Chemicals chez XRG et président du conseil de surveillance du groupe chimique allemand Covestro, a été franc dans son évaluation. S'exprimant dans le Handelsblatt, il a déclaré : « Avec la réglementation de l'UE sur le méthane, l'UE se coupe de sources d'approvisionnement pertinentes. » Son commentaire souligne la tension entre le désir de Berlin d'assurer la sécurité énergétique et l'agenda réglementaire de Bruxelles.
Le double rôle de Seele est significatif. Il représente la branche d'investissement du fournisseur émirati tout en siégeant au conseil d'administration d'un grand consommateur industriel allemand. Cela le place à l'intersection de l'offre et de la demande. Son avertissement suggère que l'industrie allemande pourrait faire face à des coûts plus élevés ou à une disponibilité réduite si la réglementation n'est pas ajustée pour tenir compte des réalités de l'approvisionnement mondial.
La stratégie énergétique de l'Allemagne après la Russie
Depuis l'arrêt du gaz russe par pipeline, l'Allemagne s'est efforcée de diversifier ses importations. Le pays a construit de nouveaux terminaux de gaz naturel liquéfié et signé des accords avec la Norvège, le Qatar et les États-Unis. Les EAU étaient considérés comme un partenaire logique pour réduire davantage la dépendance à l'égard de sources uniques. Un partenariat bloqué à ce niveau limite les options disponibles pour les opérateurs énergétiques allemands.
Sefe a été créée précisément pour gérer ces stratégies d'importation au niveau de l'État. Son incapacité à convertir ce protocole d'accord en contrat d'approvisionnement contraignant en raison d'obstacles réglementaires révèle un décalage entre la politique énergétique nationale et le droit environnemental de l'UE. Les capitales nationales privilégient souvent la sécurité de l'approvisionnement, tandis que la Commission privilégie la cohérence réglementaire et les objectifs climatiques.
Friction réglementaire ou tactique de négociation
Il est également possible que l'évocation de cette réglementation serve un objectif commercial. Remettre la faute à Bruxelles permet aux entreprises de suspendre les négociations sans nuire aux relations diplomatiques. Cela déplace la responsabilité de tout échec dans la sécurisation du gaz, des négociateurs commerciaux vers les décideurs politiques de Strasbourg et Bruxelles. Cette dynamique est courante dans le commerce international de l'énergie.
Néanmoins, la réglementation est réelle et les délais d'application approchent. Les importateurs devront bientôt fournir des preuves de surveillance du méthane. Si les producteurs des EAU estiment que le coût de la conformité est supérieur à la marge réalisée sur les ventes européennes, le gaz s'écoulera vers l'Asie. Le marché de l'UE est concurrentiel, et les fournisseurs ne sont pas tenus d'accepter des conditions qui réduisent leur rentabilité.
Personnalités mentionnées
-
Rainer Seele
-
Mohamed bin Zayed Al Nahyan
Organisations
Sefe · Adnoc · XRG · Covestro · European Union