Le système électrique allemand a franchi un cap symbolique au premier semestre 2026. Les sources renouvelables ont fourni 59,8 % de toute l'électricité injectée sur le réseau, selon des chiffres publiés le 8 septembre par le Statistisches Bundesamt. Cette part est la plus élevée jamais enregistrée sur une période de six mois et marque la première fois que les renouvelables approchent les trois cinquièmes de la production totale.
Les chiffres absolus sont frappants. La production totale a grimpé de 4,5 % en glissement annuel, à 230,6 milliards de kilowattheures. La production renouvelable a progressé de 6,5 % tandis que les sources conventionnelles, charbon, gaz et nucléaire, n'ont atteint que 1,7 %. Cette divergence reflète à la fois des ajouts de capacité soutenus et une fenêtre météorologique favorable pour l'éolien, la technologie renouvelable dominante.
L'éolien dépasse le charbon comme première source
L'éolien a produit 67,7 milliards de kilowattheures, une hausse de 12,3 % qui a porté sa part à 29,4 %. Le charbon, longtemps pilier de l'électricité allemande, a reculé à 21,4 % malgré une baisse modeste de 0,5 % en volume absolu. Ce dépassement relève moins d'un effondrement soudain du charbon que d'une érosion constante : la part du charbon est tombée sous la barre des 30 % après avoir dépassé ce seuil encore en 2022.
Les statisticiens du Statistisches Bundesamt ont mis en garde contre le fait que la poussée de l'éolien doit beaucoup à un premier trimestre 2025 exceptionnellement peu venteux, qui a déprimé la base de comparaison. Les ajouts de capacité terrestre et en mer se sont poursuivis tout au long de 2025 et début 2026, mais le pourcentage en glissement annuel flatte la tendance sous-jacente. Néanmoins, la direction structurelle est claire : l'éolien est désormais le moyen de production marginal par défaut pendant les périodes de forte production.
Le solaire et le gaz progressent tous deux tandis que le charbon se maintient
La production photovoltaïque a également augmenté, bien que l'office fédéral de la statistique n'ait pas publié de pourcentage distinct dans sa première publication. La production à gaz a aussi augmenté, reflétant son rôle de complément flexible aux énergies renouvelables variables. La persistance du charbon à plus d'un cinquième de l'approvisionnement souligne la difficulté de déplacer les centrales de base et de semi-base restantes, dont beaucoup fonctionnent sous des mécanismes de capacité ou fournissent des services de stabilité du réseau.
La croissance de 1,7 % de la production conventionnelle masque des mouvements divergents. La production nucléaire est nulle suite à l'arrêt des trois derniers réacteurs en avril 2023. La lignite et la houille ont reculé ensemble légèrement, tandis que le gaz a suffisamment augmenté pour compenser ce déclin. L'effet net est un parc conventionnel qui se réduit lentement en termes d'énergie, mais qui reste essentiel pour la sécurité d'approvisionnement lors des épisodes de Dunkelflaute, de longues périodes de faible vent et d'ensoleillement.
Les pressions liées à l'intégration au réseau s'accumulent
La hausse de 4,5 % de la production totale, la plus forte augmentation semestrielle des dernières années, signale une reprise de la demande industrielle après deux ans de contraction. Les secteurs énergivores, chimie, acier, métaux de base, ont redémarré des capacités jusqu'alors à l'arrêt alors que les prix du gaz se stabilisaient sous la barre des 40 € par mégawattheure. Une demande plus élevée absorbe le surplus renouvelable qui, sinon, nécessiterait un écrêtage ou une exportation à des prix négatifs.
Cependant, la part croissante de la production variable crée des difficultés opérationnelles. Les goulots d'étranglement de transmission entre le nord riche en éolien et le sud industriel persistent. Le dernier plan de développement du réseau de la Bundesnetzagentur prévoit 14 gigawatts de capacité supplémentaire nord-sud d'ici 2030 ; seule une fraction est en construction. Les coûts de redispatchement, déjà supérieurs à 4 milliards d'euros par an, augmenteront encore si le déploiement n'accélère pas.
Contexte politique : les objectifs pour 2030 et le mécanisme de capacité
Les objectifs pour 2030 du gouvernement de coalition, 80 % d'électricité renouvelable, 15 millions de véhicules électriques, 6 millions de pompes à chaleur, supposent un doublement de la production renouvelable par rapport aux niveaux de 2025. Les données du premier semestre montrent que la production est sur la bonne trajectoire, mais les infrastructures de soutien accusent du retard. Le mécanisme de capacité prévu, destiné à rémunérer les actifs flexibles de gaz et de stockage, reste bloqué dans les négociations sur les aides d'État avec la Commission européenne. Sans cela, les investisseurs hésitent à construire la capacité pilotable nécessaire pour soutenir l'éolien et le solaire.
Pendant ce temps, le prix du carbone dans le Système d'échange de quotas d'émission de l'UE oscille entre 65 et 85 € la tonne depuis fin 2025, ce qui est suffisamment élevé pour maintenir la compétitivité du gaz face au charbon, mais pas assez pour forcer les unités de lignite restantes à une fermeture anticipée. La prochaine phase de réductions des quotas gratuits, prévue en 2026, pourrait accentuer ce signal.
Comparaison internationale : l'Allemagne est en tête du G7 sur la part des renouvelables
Parmi les grandes économies, seul le Royaume-Uni a enregistré une part de renouvelables sur un semestre plus élevée, atteignant 62 % au premier semestre 2025 avant de reculer en raison des arrêts nucléaires qui ont réduit la production bas carbone. Le mix très nucléarisé de la France offre des émissions plus faibles mais une pénétration des renouvelables moindre. Les États-Unis, la Chine et le Japon restent tous sous la barre des 40 % pour la période comparable. Le résultat de l'Allemagne est donc remarquable, non seulement sur le plan national, mais aussi comme référence pour la décarbonation des pays industrialisés.
Ce que les chiffres ne montrent pas
La part des renouvelables dans les titres flatte la flexibilité du système. Les après-midi ensoleillées et venteuses de mai et juin, la production renouvelable a régulièrement dépassé 80 % de la demande instantanée, forçant des exportations à prix zéro ou négatifs et l'écrêtage des parcs éoliens dans le nord. Inversement, lors des soirées d'hiver calmes, la part des renouvelables est tombée sous la barre des 20 %, exigeant la pleine disponibilité des centrales à gaz et à charbon. La moyenne occulte un écart croissant entre la contribution renouvelable maximale et minimale.
Le stockage reste marginal. La capacité de pompage hydroélectrique est fixée à environ 7 gigawatts. Les installations de batteries ont atteint environ 12 gigawatts à la mi-2026, mais la plupart sont des actifs répartis derrière le compteur, pas encore entièrement intégrés à l'équilibrage du système. Les turbines à gaz prêtes pour l'hydrogène n'existent qu'à l'état de projets pilotes. Le manque de flexibilité est actuellement comblé par les interconnexions, l'Allemagne étant exportatrice nette vers la France, la Pologne et la République tchèque, ainsi que par les centrales conventionnelles fonctionnant à charge minimale.
Organisations
Statistisches Bundesamt