Une voiture neuve sur quatre vendue dans le monde l'an dernier était électrique. L'Agence internationale de l'énergie chiffre le total 2025 à plus de 20 millions d'unités, un niveau qui aurait semblé invraisemblable il y a dix ans. Pourtant, le chiffre le plus significatif est peut-être celui qui retient le moins l'attention : l'électricité ne couvre encore qu'environ 20 % de la demande finale d'énergie dans le monde, selon le World Resources Institute.

L'écart d'efficacité qui change l'économie

Le passage à l'électricité n'est pas une simple substitution d'un vecteur énergétique par un autre. C'est une révolution de l'efficacité. Un moteur à combustion rejette jusqu'à 80 % de l'énergie contenue dans son carburant sous forme de chaleur perdue. Un moteur électrique transforme environ 80 % de l'électricité fournie en mouvement utile. Les pompes à chaleur vont plus loin, restituant plusieurs unités de chaleur pour chaque unité d'électricité consommée. L'implication est directe : une économie peut accroître sa consommation d'électricité tout en réduisant son usage total d'énergie, car chaque unité d'électricité accomplit davantage de travail.

Ce dividende d'efficacité explique pourquoi le débat a dépassé les objectifs climatiques. Comme le dit Perry du WRI Polsky Center, l'électrification est désormais une question d'« accessibilité, de compétitivité, de sécurité énergétique et de résilience face aux marchés volatils des combustibles fossiles. » Le WRI cite des analyses selon lesquelles un ménage européen typique qui électrifie son chauffage et ses transports pourrait réduire sa facture énergétique globale de plus de la moitié. Les économies proviennent des achats d'essence et de gaz évités, même en tenant compte de coûts d'électricité plus élevés.

Le réseau devient la contrainte majeure

Si l'argument de l'efficacité est acquis, celui de l'infrastructure ne l'est pas. Véhicules électriques, pompes à chaleur, centres de données et nouvelles usines se raccordent tous à des réseaux conçus, dans de nombreux pays, pour une autre époque. Le défi n'est plus seulement de produire assez d'électricité, mais de la livrer au bon endroit et au bon moment. La recharge intelligente, le stockage thermique dans les bâtiments et la flexibilité des charges industrielles peuvent déplacer la demande hors des heures de pointe, réduisant le besoin de nouvelles capacités de production et de renforcement du réseau. L'automatisation rend une grande partie de ce processus invisible pour les consommateurs.

Le pari industriel du Kazakhstan

Pour le Kazakhstan, ces tendances mondiales croisent un agenda domestique spécifique. Le gouvernement souhaite développer l'industrie manufacturière, les infrastructures numériques et les transports, tous gros consommateurs d'électricité. Sultanov soutient que la compétitivité énergétique du pays ne doit pas se mesurer au nombre de kilowattheures produits, mais à la quantité de production industrielle et de valeur ajoutée que chaque mégawatt soutient. Ce critère déplace le focus des centrales vers les réseaux, le stockage, la réponse à la demande et la rapidité de raccordement des nouveaux consommateurs industriels.

Cette distinction importe car le Kazakhstan n'a pas à reproduire les trajectoires énergétiques de la Chine, de l'Union européenne ou des États-Unis. La part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie approche 30 % en Chine ; l'UE et les États-Unis se situent autour de 21-22 %. Le point de départ, la base de ressources et la structure industrielle du Kazakhstan sont différents. L'opportunité, selon Sultanov, est de capter davantage de la chaîne d'investissement sur le territoire, fabrication d'équipements, construction, services technologiques, plutôt que de se contenter d'importer du matériel et de brûler plus de combustible.

Là où l'électrification bute sur ses limites

Perry est clair : l'objectif n'est pas l'électrification universelle. La sidérurgie primaire, la chimie de base, l'aviation long-courrier et le transport maritime en haute mer restent fortement résistants à l'électrification directe. L'hydrogène, les carburants de synthèse et la capture de carbone y joueront probablement un rôle plus important. La logique économique veut qu'on électrifie là où les gains d'efficacité sont les plus grands, transports légers, chaleur à basse température, nombreux procédés industriels, et qu'on déploie des alternatives là où ce n'est pas le cas. Cette sélectivité sectorielle doit guider tant les financements publics que la conception réglementaire.

L'indicateur de valeur par mégawatt

La proposition de Sultanov de mesurer la compétitivité par la production économique par unité d'électricité est plus qu'un ajustement statistique. Elle oblige les planificateurs à se demander si une nouvelle centrale ou un programme de gestion de la demande génère plus de production usine par dollar investi. Elle met aussi en lumière le coût de la réduction de production (curtailment) : quand l'éolien ou le solaire est gaspillé parce que le réseau ne peut l'absorber, l'économie perd non seulement des électrons, mais la valeur industrielle qu'ils auraient pu créer. Le vaste potentiel renouvelable du Kazakhstan en fait une question brûlante.

Les choix politiques à venir

La prochaine phase de la transition se jouera dans les codes de réseau, les files d'attente de raccordement et les designs de marché qui valorisent la flexibilité. Pour le Kazakhstan, les questions immédiates sont pratiques : le gestionnaire de réseau peut-il gérer les flux bidirectionnels provenant des batteries distribuées et des bornes de recharge pour VE ? Les tarifs industriels encourageront-ils le déport de charge ? Le processus d'autorisation pour les nouvelles infrastructures de réseau peut-il suivre le rythme de la construction d'usines ? Les réponses détermineront si les abondantes ressources éoliennes et solaires du pays se traduisent en industrie manufacturière compétitive, ou restent un potentiel inexploité.

Personnalités mentionnées

  • Clem Perry

    Global Lead, Clean Energy Supply, World Resources Institute Polsky Center for the Global Energy Transition

  • Ruslan Sultanov

    Economist and author of the Tengenomika channel, Independent

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World Resources Institute Polsky Center for the Global Energy Transition · International Energy Agency