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Une étude de la BCE révèle que les Européens cherchent un emploi par crainte, les Américains pour le salaire

Seuls 13 % des travailleurs occupés de la zone euro recherchent activement un nouveau poste contre 19 % aux États-Unis, mais l'écart de motivation est plus large que l'écart de participation.

By , Correspondant Énergie et Industrie

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7 min read

Une étude publiée par la Banque centrale européenne met au jour un fossé transatlantique quant aux raisons pour lesquelles des personnes qui ont déjà un emploi continuent d'en chercher un autre. En moyenne, 13 % des travailleurs occupés dans les onze plus grandes économies de la zone euro sont en recherche active, contre 19 % aux États-Unis. L'écart de six points de pourcentage est notable, mais les chercheurs estiment que la différence la plus conséquente réside dans ce qui pousse ces travailleurs à consulter les offres d'emploi en premier lieu.

Deux motifs, deux continents

L'analyse de la BCE, qui s'appuie sur ses propres statistiques et sur celles de la Réserve fédérale américaine, identifie deux moteurs principaux : la poursuite de salaires plus élevés, baptisée « échelle des salaires », et le désir de s'assurer contre la perte d'emploi. Aux États-Unis, l'échelle des salaires domine. L'impact de la satisfaction salariale résultant d'un changement d'employeur est trois fois plus important que l'effet de la recherche motivée par la crainte du licenciement. Dans la majeure partie de la zone euro, le classement est inversé.

En Espagne, en Allemagne, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Belgique, en Autriche, en Finlande et en Irlande, la recherche de sécurité de l'emploi l'emporte sur la quête d'un salaire plus élevé. Seuls la Grèce et le Portugal voient les deux motifs en équilibre approximatif. Ce schéma n'est pas aléatoire ; il reflète des différences structurelles dans les institutions du marché du travail et la dispersion des salaires qui persistent depuis des décennies.

Inégalités salariales et hauteur de l'échelle

Les États-Unis présentent une dispersion salariale bien plus large que toute économie de la zone euro. Un travailleur qui change d'entreprise peut raisonnablement espérer une augmentation substantielle de salaire, surtout en début de carrière ou lors d'un changement de secteur. Cette récompense potentielle fait paraître minimes les coûts de la recherche : temps, effort, risque de contre-offre. En Europe, des structures salariales compressées, souvent renforcées par la négociation collective sectorielle et les minima légaux, réduisent le gain financier d'un unique changement d'emploi. Lorsque l'échelon suivant de l'échelle n'est plus haut que de quelques centimètres, l'incitation à le gravir s'affaiblit.

Les chercheurs de la BCE notent que cette dynamique s'auto-renforce. Là où les inégalités salariales sont élevées, les travailleurs qui anticipent une forte augmentation de salaire cherchent plus intensément, ce qui alimente à son tour la rotation qui maintient la distribution des salaires large. Là où les inégalités sont faibles, le gain escompté d'un changement est modeste, si bien que moins de travailleurs se donnent la peine de chercher pour des raisons salariales, et la structure compressée perdure.

Le risque de chômage comme catalyseur de la recherche

De l'autre côté du bilan, le coût de la perte d'emploi en Europe est amplifié par la durée des périodes de chômage. Le chômage de longue durée reste obstinément élevé dans plusieurs États membres du sud et de l'est, et même dans le cœur de la zone, la durée moyenne du chômage dépasse celle des États-Unis. Un travailleur licencié en Espagne ou en Italie peut s'attendre à passer de nombreux mois de plus sans emploi qu'un homologue au Texas ou dans l'Ohio. Cette asymétrie rend la recherche de précaution rationnelle : mieux vaut s'assurer une alternative tant que le contrat actuel paie encore l'hypothèque.

Les auteurs de l'étude affirment que ce motif de précaution n'est pas une simple réaction cyclique à l'environnement post-pandémique. Il reflète une réalité institutionnelle plus profonde. La législation sur la protection de l'emploi, bien que variable dans la zone euro, rend généralement le licenciement plus coûteux et plus complexe sur le plan procédural qu'aux États-Unis. Paradoxalement, cette même protection peut allonger la file d'attente pour les nouveaux entrants, car les employeurs embauchent avec plus de prudence. Résultat : un marché du travail où les insiders s'accrochent à leur poste et les outsiders font face à une attente prolongée, précisément les conditions qui alimentent la recherche de précaution chez les occupés.

Variations nationales au sein de la zone euro

Le chiffre agrégé de 13 % pour la zone euro masque de larges différences nationales. Les Pays-Bas se distinguent : la recherche active augmente la probabilité de changer d'emploi de plus de douze points de pourcentage, l'effet marginal le plus élevé de l'échantillon. Les marchés du travail néerlandais combinent des contrats relativement flexibles avec un régime d'activation fort, si bien que les travailleurs qui décident de chercher tendent à trouver rapidement un nouveau poste. À l'autre extrême, la Grèce, le Portugal, l'Italie et l'Espagne n'affichent que des hausses de quatre à cinq points de pourcentage. Dans ces économies, l'effort de recherche se traduit souvent par aucun changement, reflétant à la fois une création d'emplois vacants plus faible et la prévalence de contrats temporaires qui intègrent déjà une forte rotation.

L'Allemagne et la France se situent plus près de la moyenne de la zone euro, la recherche augmentant la probabilité de changement d'environ six et cinq points de pourcentage respectivement. La Belgique, l'Autriche, la Finlande et l'Irlande se placent dans une fourchette similaire. Les chercheurs préviennent que ces effets marginaux ne sont pas de pures mesures d'efficience du marché du travail ; ils capturent aussi des différences de composition quant à qui choisit de chercher. Dans les pays où seuls les travailleurs les plus motivés ou les plus à risque cherchent, le taux de succès observé sera plus élevé que dans les pays où la recherche est généralisée mais superficielle.

Persistance de l'habitude de recherche

L'une des conclusions les plus frappantes de l'étude concerne la persistance du comportement de recherche. Entre 50 % et 60 % des travailleurs occupés qui commencent à chercher un nouvel emploi cherchent encore plusieurs mois plus tard. Même après avoir changé d'employeur avec succès, environ 40 % continuent de chercher. Cela suggère que pour de nombreux travailleurs européens, le nouveau contrat ne résout pas l'anxiété sous-jacente. Le motif de précaution, une fois activé, ne s'éteint pas net au moment de l'embauche.

La persistance est plus faible aux États-Unis, bien qu'encore substantielle. Les auteurs y voient la preuve que la recherche d'échelle salariale est plus transactionnelle : une fois une augmentation de salaire satisfaisante obtenue, l'objectif de la recherche est atteint. La recherche de précaution, en revanche, est insatiable car le risque qu'elle couvre, la perte d'emploi, n'est jamais totalement éliminé. Sur un marché du travail où le licenciement peut survenir à tout moment, on pourrait s'attendre à ce que le travailleur américain cherche davantage de manière défensive, mais les données montrent le contraire. L'équipe de la BCE l'attribue à la combinaison de périodes de chômage plus courtes et d'un marché plus épais pour les emplois alternatifs, ce qui réduit le besoin perçu de vigilance continue.

Conséquences pour la politique monétaire et les réformes structurelles

Ces conclusions sont importantes pour le mandat central de la BCE. Le mou du marché du travail est une entrée clé des prévisions d'inflation, et le comportement des chercheurs d'emploi occupés affecte à la fois la croissance des salaires et la vitesse à laquelle les postes vacants sont pourvus. Si une grande part de la main-d'œuvre occupée recherche par précaution, l'offre effective de travail pour les nouvelles entreprises est plus importante que ne le suggère le seul taux de chômage. Cela pourrait atténuer la pression salariale même lorsque le chômage affiché est bas, une dynamique qui pourrait aider à expliquer le sous-ciblage persistant de l'inflation dans la décennie pré-pandémique.

Inversement, le faible taux de transition de la recherche au changement d'emploi effectif dans le sud de l'Europe implique d'importantes inefficacités d'appariement. Les travailleurs déploient des efforts qui ne débouchent sur aucune réallocation productive. Pour les décideurs, la priorité n'est pas de décourager la recherche mais d'améliorer la fonction d'appariement, par de meilleurs services publics de l'emploi, la reconnaissance des compétences et la suppression des obstacles à la mobilité géographique. Les travaux en cours de la Commission européenne sur une Autorité européenne du travail et la révision de la directive sur les travailleurs détachés sont des pas dans cette direction, bien que les progrès soient lents.

Sources

  1. EL PAÍS English

    english.elpais.com · 2026-08-08

Organisations

European Central Bank · US Federal Reserve

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