L'Union européenne doit trouver 344 milliards d'euros supplémentaires chaque année d'ici 2030 si elle veut atteindre ses propres objectifs climatiques. Ce chiffre, issu d'une analyse de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE), mesure l'écart entre ce que le bloc investit actuellement chaque année dans l'énergie, le bâtiment, les transports et la fabrication de technologies propres, et ce qu'exigent ses objectifs affichés. Les dépenses actuelles s'élèvent à 534 milliards d'euros. L'objectif est de 878 milliards.

En plus de ce déficit, la Commission européenne estime que 70 milliards d'euros supplémentaires par an sont nécessaires pour l'adaptation climatique, une catégorie qui a historiquement attiré beaucoup moins d'attention et de financements que la réduction des émissions. Pris ensemble, ce manque à gagner représente peu ou prou l'équivalent de la production économique annuelle de la Belgique.

Ces chiffres serviront de cadre à une série de négociations cet automne qui pourraient déterminer si les plans de décarbonation de l'Europe restent crédibles. Le projet de budget de l'UE pour 2028 à 2034, d'environ 2 000 milliards d'euros, sera au coeur des débats. Mais le budget à lui seul ne peut combler le déficit d'investissement. À 1,26 % du revenu national brut de l'UE, il ne représente qu'une fraction de ce que les États membres dépensent collectivement. La véritable question est de savoir si l'UE parviendra à construire la bonne combinaison d'incitations publiques, de clarté réglementaire et de mobilisation des capitaux privés pour compenser ce manque à gagner, en particulier à un moment où de nombreux gouvernements sont contraints par des niveaux d'endettement élevés et des dépenses concurrentes.

Le Fonds pour la compétitivité et le problème de bancabilité

Le Fonds européen pour la compétitivité, principal instrument de l'UE pour soutenir la politique industrielle propre, concentre une grande partie de cette ambition. Mais le défi ne réside pas simplement dans un manque d'argent. L'I4CE souligne que les entreprises de technologies propres en phase de croissance peinent à obtenir des prêts bancaires à long terme, non pas parce que les banques manquent de capitaux à prêter, mais parce que trop peu de projets remplissent les critères de prêt commerciaux. L'obstacle est le manque de projets bancables, et non le manque de capitaux.

Pour y remédier, il faudra des instruments publics ciblés de réduction des risques aux premiers stades, un soutien renforcé en fonds propres et le développement de clusters d'écosystèmes locaux capables d'amener plus rapidement les projets à maturité pour l'investissement. Le Fonds lui-même nécessitera une dotation budgétaire publique substantielle, mais aussi une approche fondée sur les données pour guider les choix stratégiques concernant les industries à soutenir et les véritables avantages compétitifs de l'Europe.

C'est une approche plus honnête que le discours habituel sur la mobilisation des capitaux privés, qui se résume souvent à espérer que les annonces publiques débloqueront d'une manière ou d'une autre les investissements privés. La réalité est que les capitaux privés restent à l'écart lorsque les projets comportent des risques que les prêteurs commerciaux ne peuvent ou ne veulent pas couvrir. La réduction publique des risques, si elle est bien menée, peut modifier ce calcul. Mais elle exige de la précision et l'acceptation que certains paris échoueront.

Réformes à venir du système d'échange de quotas d'émission

Le système d'échange de quotas d'émission (SEQE) de l'UE entre dans une période de modifications de sa conception. Les mois à venir verront des négociations sur le lancement de contrats de différence dans le cadre de la Banque pour la décarbonation de l'industrie, ainsi que sur la recentration du Fonds pour l'innovation vers des projets plus risqués et plus innovants qui, autrement, n'attireraient pas de soutien privé.

Il s'agit de discussions techniques aux conséquences financières importantes. Le SEQE génère des revenus qui soutiennent à la fois l'investissement national dans la décarbonation et les mécanismes de l'UE pour l'innovation climatique. La façon dont ces revenus sont répartis, et la question de savoir si le système continue de fournir un signal de prix du carbone fiable, ont une incidence sur l'économie de chaque décision d'investissement industriel en Europe. Un prix du carbone trop volatile ou trop bas compromet la rentabilité des alternatives bas carbone. Un prix qui augmente trop rapidement sans recyclage des revenus peut simultanément éroder le soutien public et la compétitivité.

Transformer les plans nationaux en plans d'investissement

Vers la fin de l'année, la Commission européenne devrait proposer une révision du règlement sur la gouvernance de l'union de l'énergie. L'I4CE fait valoir qu'il s'agit d'une opportunité de transformer les plans nationaux pour l'énergie et le climat actuels, de documents de principe en plans d'investissement pratiques.

Cette distinction est importante. tels qu'ils existent, les plans nationaux fixent des objectifs et décrivent les politiques envisagées. Les plans d'investissement iraient plus loin en précisant le montant des capitaux nécessaires, leur provenance et le calendrier. Pour les investisseurs, c'est la différence entre un gouvernement qui déclare soutenir les énergies renouvelables et un gouvernement qui présente un portefeuille de projets avec des structures de financement identifiées. La prévisibilité des stratégies d'investissement nationales, en particulier à moyen terme, est ce que les investisseurs disent systématiquement leur manquer.

Qui paie l'adaptation

La publication du cadre intégré de l'UE pour la résilience climatique et l'évaluation des risques est également attendue d'ici la fin de l'année. Ce cadre devrait rehausser l'ambition des politiques d'adaptation à travers l'Europe, mais la question la plus difficile est de savoir qui va les payer.

L'adaptation, qu'il s'agisse de défense contre les inondations, d'agriculture résistante à la sécheresse ou d'infrastructures de refroidissement, se situe dans un domaine de compétences partagées entre les autorités locales, régionales, nationales et de l'UE. Le cadre devra clarifier la répartition des coûts entre ces différents niveaux de gouvernement, et déterminer si de nouveaux mécanismes de financement sont nécessaires. À défaut, l'adaptation continuera d'être sous-financée, les coûts reposant de manière disproportionnée sur les communautés les moins capables de les supporter.

Une approche de « résilience climatique dès la conception », proposée pour la prochaine période budgétaire de l'UE, intégrerait les considérations d'adaptation dans tous les investissements financés par l'UE dans les infrastructures, la gestion de l'eau, l'agriculture, l'énergie, les transports, le bâtiment et la protection civile. Le concept est judicieux. Le défi, comme pour de nombreux principes de l'UE, consistera à en garantir une application cohérente dans l'ensemble des programmes de financement, plutôt que d'en faire un simple exercice de conformité.

Électrification et question de l'accessibilité financière

Le récent plan d'action pour l'électrification de l'UE se concentre sur la réduction de l'écart de prix entre l'électricité et les combustibles fossiles, et prépare un débat plus tard cette année sur un objectif d'électrification à l'échelle de l'UE. Cet écart de prix est un problème structurel : dans de nombreux États membres, l'électricité supporte des taxes et des prélèvements dont le gaz et d'autres combustibles fossiles sont exempts, ce qui rend l'argument du coût d'utilisation plus difficile à défendre pour les pompes à chaleur et les véhicules électriques, même lorsque la technologie est moins chère sur la durée de vie de l'appareil.

Réduire les coûts initiaux pour les ménages sera essentiel si l'électrification doit obtenir un large soutien du public. L'I4CE prévoit de publier une recherche sur l'accessibilité financière des véhicules électriques et des pompes à chaleur pour les ménages à revenus faibles et moyens, ainsi que sur les politiques publiques nécessaires pour rendre ces technologies accessibles au-delà des ménages aisés. C'est là que la politique de décarbonation se complique : la direction générale peut être claire, mais la répartition des coûts entre les groupes de revenus ne l'est pas, et une erreur risque de provoquer le genre de réaction négative qui a déjà ralenti la politique climatique dans plusieurs États membres.

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