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Le Conseil constitutionnel français invalide l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

Le Conseil constitutionnel juge que la loi porte atteinte à la liberté d'expression, à l'autorité parentale et à la vie privée. Macron promet une réécriture d'ici au printemps 2027, pendant que Bruxelles prépare son propre règlement.

By , Correspondant Énergie et Industrie

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7 min read

L'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans a été invalidée par le Conseil constitutionnel, la plus haute autorité du pays en matière constitutionnelle. La décision, rendue vendredi, juge la législation incompatible avec la liberté d'expression, l'autorité parentale et la protection des données personnelles. Il s'agit du revers juridique le plus important à ce jour pour l'agenda numérique du président Emmanuel Macron et elle révèle un dilemme qui dépasse largement la France : les gouvernements nationaux soucieux de protéger les enfants en ligne peinent à concevoir des lois qui résistent au contrôle constitutionnel tout en restant dans les limites du règlement de l'Union européenne.

Un texte remodelé pour Bruxelles, rejeté à Paris

La législation que le Conseil constitutionnel a invalidée avait déjà subi une refonte radicale. Les premiers projets prévoyaient des sanctions directes contre les entreprises technologiques qui autorisaient des utilisateurs mineurs sur leurs plateformes. Ces dispositions ont été supprimées lors de la navette parlementaire car elles auraient heurté le règlement sur les services numériques de l'UE, qui réserve les pouvoirs de sanction à l'égard des grandes plateformes en ligne à la Commission européenne et aux autorités nationales agissant en vertu du droit de l'UE.

Face à cette contrainte, les législateurs français ont choisi une autre voie : au lieu de tenir les plateformes pour responsables, ils ont imposé une interdiction générale aux mineurs de moins de 15 ans d'utiliser les réseaux sociaux. Ce changement a permis au gouvernement de soutenir qu'il agissait dans ses propres compétences sans empiéter sur le terrain de Bruxelles. Mais il a créé une loi qui sanctionnait les utilisateurs qu'elle prétendait protéger et laissait intactes les entreprises qui conçoivent des plateformes addictives.

Le Conseil constitutionnel a identifié quatre vices d'inconstitutionnalité distincts. L'interdiction portait atteinte au droit des jeunes de s'exprimer et de participer au débat public. Elle outrepassait l'autorité des parents pour décider de la manière dont leurs enfants doivent utiliser les outils numériques. Elle imposait une vérification d'âge sans offrir de garanties adéquates pour les données personnelles que cette vérification générerait. Et elle ne traçait aucune frontière entre les réseaux sociaux réellement dangereux et les applications collaboratives ou éducatives inoffensives, rendant la restriction disproportionnée.

La sénatrice qui a divergé de son propre camp

Catherine Morin-Desailly, sénatrice centriste de l'Union centriste qui a servi de rapporteure du texte au Sénat, tirait la sonnette d'alarme depuis des mois. Son groupe parlementaire siège aux côtés de la coalition majoritaire de Macron dans la chambre haute, où le camp présidentiel ne dispose pas de sa propre majorité et dépend d'alliés. Ses objections portaient donc un poids politique autant que juridique.

"Jusqu'au bout, j'ai mis en garde contre le risque d'inconstitutionnalité," a déclaré Morin-Desailly à Franceinfo samedi. Elle a critiqué le gouvernement pour avoir forcé le passage avant la rentrée de septembre, balayant les réserves constitutionnelles du Sénat. "Nous avons perdu beaucoup de temps," a-t-elle dit.

La position de la sénatrice n'était pas une simple opposition. Elle avait recommandé en juillet que le Sénat adopte le texte, mais comme un signal politique pour pousser la Commission européenne à agir à l'échelle de l'UE, non comme une loi applicable. Le gouvernement a choisi de considérer ce vote comme un mandat plutôt que comme un avertissement, accélérant l'examen du texte vers une décision que des juristes avertis prédisaient depuis des mois.

Les partis d'opposition exigent la responsabilisation des plateformes

Le recours constitutionnel a été porté par le Parti socialiste et La France insoumise, le mouvement de gauche dirigé par Jean-Luc Mélenchon. Les deux partis ont qualifié la décision de défaite sérieuse pour la coalition centriste de Macron, Ensemble pour la République.

Leur argument repose sur un principe que la loi invalidée inversait : la charge de la régulation, disent-ils, doit incomber aux entreprises qui conçoivent et tirent profit de plateformes addictives, non aux enfants qui les utilisent et aux parents qui les supervisent. Le Parti socialiste a déclaré sur Facebook qu'il avait constamment mis en garde contre une mesure à la fois inapplicable et mal ciblée.

Arthur Delaporte, député socialiste, a exposé l'approche alternative. Plutôt que d'interdire purement et simplement les plateformes, a-t-il argué, la régulation doit cibler les fonctionnalités de conception et les contenus spécifiques qui causent du tort, et les plateformes qui refusent de se réformer doivent en subir les conséquences. Son parti préconise un accès progressif à partir de 13 ans, assorti d'obligations ciblées pour les entreprises afin de supprimer les contenus dangereux et de revoir les fonctionnalités addictives.

Un patchwork européen sous tension

La France n'est pas le seul État membre à tenter de durcir le contrôle de l'accès des enfants aux réseaux sociaux. L'Espagne a déjà adopté des régulations plus strictes. En Allemagne, la coalition au pouvoir débat d'une approche similaire. Chaque initiative nationale reflète une inquiétude publique légitime : un corpus scientifique croissant lie la conception de plateformes de réseaux sociaux addictives à la détérioration de la santé mentale et au développement cérébral perturbé chez les jeunes.

Mais le résultat est un patchwork incohérent. Des traditions constitutionnelles différentes produisent des règles différentes, des seuils d'âge différents et des mécanismes de sanction différents, le tout sous un cadre de l'UE qui concentre le pouvoir de régulation sur les plus grandes plateformes à Bruxelles. Des experts juridiques consultés lors du processus législatif français ont averti qu'une protection efficace des enfants sur les plateformes numériques devra ultimement passer par la Commission européenne, car les mesures nationales continueront de se heurter aux mêmes deux obstacles : l'attribution par le DSA de la sanction des plateformes, et les protections constitutionnelles nationales de l'expression et des droits parentaux.

La Commission devrait proposer un projet de règlement sur les réseaux sociaux pour les jeunes cet automne. Ses contours n'ont pas été rendus publics, mais il devra naviguer les mêmes tensions qui ont fait couler la loi française : comment vérifier l'âge sans violer la vie privée, comment restreindre les contenus nuisibles sans interdire l'expression, et comment imposer des obligations aux plateformes que le DSA régule déjà.

Macron promet de réessayer

Macron a réagi à la décision par un communiqué qui prend acte de la décision sans concéder le principe. « Je prends acte de la décision du Conseil constitutionnel sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mais je ne renonce pas », a-t-il déclaré. Il a chargé le Premier ministre Sébastien Lecornu de préparer un projet de loi révisé répondant aux objections constitutionnelles, avec pour cible le printemps 2027.

Le calendrier est serré et le défi de rédaction considérable. Un nouveau texte devra distinguer les plateformes dangereuses des plateformes inoffensives au lieu d'imposer une interdiction générale. Il devra préserver l'autorité parentale sur l'accès numérique des enfants. Il doit intégrer des garanties de vie privée pour la vérification d'âge. Et il ne peut pas attribuer des pouvoirs de sanction sur les plateformes que le DSA réserve aux autorités de l'UE. Satisfaire ces quatre exigences simultanément, dans un seul texte, pourrait s'avérer plus difficile que le gouvernement ne l'a reconnu publiquement.

Sources

  1. Health Policy Watch

    healthpolicy-watch.news · 2026-08-17

People mentioned

Organisations

Constitutional Council of France · European Commission · Socialist Party · La France Insoumise · Union Centriste

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