l'OTAN a déployé 10 000 soldats avec leur équipement complet sur son flanc est en 8,5 jours lors de l'exercice Steadfast Dart, battant l'objectif de dix jours que l'Alliance s'était fixé pour le renforcement rapide. Le résultat a reçu peu de couverture. Les titres alertant sur la vulnérabilité européenne et la supériorité militaire russe se vendent mieux, comme l'a noté cette semaine le commentateur estonien Peeter Kaldre, mais le tableau sous-jacent de la préparation de l'Alliance raconte une histoire plus complexe.

Le déploiement qui a battu son objectif

Steadfast Dart, l'exercice annuel majeur de déploiement rapide de l'OTAN, a testé la capacité de l'Alliance à projeter des forces dans les États baltes selon un scénario où la Russie aurait attaqué avec de grandes formations. Le scénario prévoyait que les États baltes devraient tenir seuls pendant un certain temps avant l'arrivée des renforts alliés. L'objectif de dix jours a été atteint avec un jour et demi d'avance, suggérant que la logistique de l'OTAN pour acheminer personnel et matériel lourd vers l'est s'est améliorée depuis le début de la série d'exercices.

Un documentaire britannique en deux parties de 2025, Inside NATO: The Battle to Stop Putin, a couvert l'exercice en détail. Diffusé à la télévision estonienne, il n'a pas cherché à masquer les lacunes. Des véhicules militaires sont tombés en panne pendant la progression et ont dû être réparés et remorqués. Les hôpitaux de campagne se sont révélés difficiles à ériger. Des soldats originaires de pays d'Europe du Sud ont peiné face au climat balte. Le programme a aussi insisté sur la préparation mentale, arguant que le personnel de l'OTAN doit être prêt au même type de guerre de tranchées et de brutalité que les forces russes ont affichés en Ukraine.

Des diplomates estoniens travaillant au quartier général de l'OTAN ont affirmé ne voir aucun relâchement de la posture militaire de l'Alliance, quels que soient les discours des politiques sur l'engagement américain. La planification militaire se poursuit sur sa trajectoire établie.

Forces de déclenchement et ce qu'elles signalent

L'OTAN a également pré-positionné des contingents alliés dans les États baltes. L'Estonie accueille ainsi du personnel britannique, français et américain. Les effectifs sont modestes, mais le calcul qui les sous-tend est délibéré : toute attaque russe tuerait des soldats alliés issus de puissances nucléaires, transformant ce qui pourrait autrement être présenté comme un différend régional en une attaque contre l'OTAN elle-même. La présence de ces forces relève le coût politique de l'agression avant même le premier tir.

La Lituanie s'apprête à devenir un signal encore plus fort. L'Allemagne s'est engagée à y stationner de façon permanente une brigade, forte de plus de 4 000 soldats. Si ce déploiement se concrétise, il représentera un changement de braquet dans la présence avancée de l'Alliance sur le flanc est, passant d'une dissuasion symbolique à quelque chose de plus proche d'une défense opérationnelle.

Un message non annoncé près de Kaliningrad

Au-delà des exercices planifiés, l'OTAN a signalé sa détermination de manière à attirer l'attention des médias. Le 18 août, un exercice non annoncé s'est déroulé près de Kaliningrad, impliquant des chasseurs américains et norvégiens, des forces au sol polonaises et des avions de reconnaissance AWACS. Les observateurs militaires l'ont interprété comme un signal direct à Moscou : ne pas tester l'Alliance en lançant des missiles balistiques depuis Kaliningrad vers des cibles européennes, et ne pas tenter de s'emparer du corridor de Suwałki, l'étroite bande de territoire polonais et lituanien entre la Biélorussie et Kaliningrad qui sépare les États baltes du reste de l'OTAN.

Le corridor de Suwałki est depuis longtemps identifié comme l'un des points les plus vulnérables de l'Alliance. Si des forces russes s'en emparaient, les États baltes seraient coupés de tout renfort terrestre. L'exercice d'août a montré que l'OTAN a la capacité et l'intention de contester ce scénario avant qu'il ne commence.

Des Tomahawk à Trondheim

À la fin août, les États-Unis ont déployé quatre lanceurs de missiles de croisière Tomahawk à Trondheim, en Norvège. Le Tomahawk a une portée dépassant 1 500 kilomètres, ce qui signifie que les missiles peuvent atteindre une partie substantielle du territoire européen de la Russie depuis le sol norvégien. Moscou a réagi avec fureur, ce qui était précisément le but recherché. Ce déploiement modifie le calcul de la dissuasion en donnant à l'OTAN une capacité de frappe conventionnelle qui peut menacer l'infrastructure militaire russe sans recourir à l'arme nucléaire.

La France prend les commandes

L'exercice Northern Viking, organisé près de l'Islande, a entraîné la lutte anti-sous-marine contre la flotte sous-marine russe. Ce qui le rendait symboliquement significatif, c'était la liste des participants : pour la première fois, les Américains étaient absents. La France a dirigé l'exercice.

Les États-Unis insistent depuis longtemps pour que les Européens assument une plus grande responsabilité pour leur propre sécurité, une position exprimée non seulement pendant la présidence de Donald Trump mais à travers les administrations. La sincérité de cette insistance reste ouverte à débat. Les analystes rappellent qu'à la fin des années 1990, lorsque l'Union européenne a cherché à créer une coopération de sécurité en dehors de l'OTAN, la secrétaire d'État américaine Madeleine Albright s'est rendue en Europe et a fermement découragé l'initiative, faisant savoir que Washington n'accueillerait pas favorablement quoi que ce soit qui rivaliserait avec l'OTAN, et par extension, avec le leadership américain.

Le leadership de la France lors de Northern Viking pourrait indiquer vers où penche l'équilibre : non vers une indépendance européenne vis-à-vis de l'Alliance, mais vers une crédibilité européenne au sein de celle-ci. Si les nations européennes démontrent qu'elles peuvent diriger des opérations complexes, les appels américains au partage du fardeau deviennent plus difficiles à rejeter par Washington comme de simples vœux pieux.

Personnalités mentionnées

  • Peeter Kaldre

    Commentator, ERR

  • Madeleine Albright

    US Secretary of State, US State Department

Organisations

North Atlantic Treaty Organization · ERR