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Attal déclare que son compagnon Séjourné le rejoindrait à l'Élysée s'il remporte la présidence française

Le projet du leader de Renaissance de partager le palais présidentiel avec le commissaire européen à l'industrie soulève des questions sur les limites institutionnelles et sur le serment d'un commissaire de servir les intérêts européens avant ceux de sa nation.

By , Correspondante Europe

Published

8 min read

Gabriel Attal, le leader de 35 ans du parti Renaissance du président Emmanuel Macron et le plus jeune Premier ministre de l'histoire de la Ve République, a confirmé que son compagnon, le commissaire européen Stéphane Séjourné, emménagerait avec lui au palais de l'Élysée s'il remporte l'élection présidentielle prévue en avril 2027. Cette déclaration, faite lors d'une interview télévisée sur LCI mardi, a immédiatement rouvert un débat sur les limites entre la politique nationale française et l'intégrité institutionnelle européenne, débat qui couvait depuis que les deux hommes ont fait carrière dans le système Macron.

Le serment d'un commissaire et un palais présidentiel

Le cœur du problème réside dans le serment prêté par Séjourné lors de sa prise de fonction en tant que commissaire européen à l'Industrie et à l'Entrepreneuriat en décembre 2024. Chaque commissaire s'engage à agir dans l'intérêt exclusif de l'Union européenne, sans solliciter ni accepter d'instructions d'aucun gouvernement national. Cette obligation n'expire pas lorsqu'un compagnon entre dans une campagne électorale nationale. Le mandat de Séjourné court jusqu'en 2029, deux ans après le vote français. Si Attal devient président, le chef de l'État français partagerait une résidence privée avec un haut responsable de l'UE tenu par traité de faire abstraction de l'intérêt national français lorsqu'il entre en conflit avec l'intérêt européen collectif.

Ni Attal ni Séjourné n'ont abordé le conflit directement dans l'interview. Attal n'a pas été interrogé à ce sujet, et les porte-parole des deux hommes ont refusé de commenter lorsqu'ils ont été contactés. Ce silence est notable. À Bruxelles, les cabinets des commissaires ont l'habitude de gérer des récusations sur des dossiers spécifiques où l'intérêt d'un État membre est en jeu. Mais une proximité structurelle et quotidienne avec un chef d'État national n'est pas un dossier, c'est une condition de vie. Le code de conduite de la Commission européenne n'interdit pas explicitement à un commissaire de cohabiter avec un leader national, mais l'esprit des traités suppose un degré de séparation que cet arrangement mettrait à l'épreuve.

Deux carrières, un foyer

Attal et Séjourné se connaissent depuis la vingtaine, tous deux produits de la même génération politique macroniste. Ils ont conclu un pacte civil de solidarité en 2017, l'année où Macron a remporté son premier mandat présidentiel. À l'époque, Attal était secrétaire d'État, Séjourné conseiller à l'Élysée. Tous deux ont avancé rapidement. Attal est devenu porte-parole du gouvernement en 2020, puis ministre du Budget, puis ministre de l'Éducation, puis Premier ministre en janvier 2024, un poste qu'il a occupé pendant huit mois avant que Macron ne remanie son gouvernement après les élections européennes. Séjourné a été élu au Parlement européen en 2019, a dirigé le groupe Renew Europe, et a été nommé par Paris pour le portefeuille de la Commission en 2024.

Le couple s'est séparé en 2022, un fait devenu public seulement après qu'ils se sont remis ensemble en 2024. Attal a décrit la séparation comme une affaire privée mais a reconnu dans l'interview que leurs carrières ont toujours évolué sur des voies parallèles. « Nous avons toujours séparé nos carrières », a-t-il dit. « Nous sommes deux personnalités publiques, mais nous ne nous mettons pas en scène ensemble... nous suivons chacun notre propre chemin séparément. » L'affirmation est plausible en ce qui concerne les apparitions publiques. Ils ont rarement été photographiés ensemble lors d'événements officiels. Mais le chevauchement structurel est plus difficile à démêler. En tant que Premier ministre, Attal a présidé le Comité interministériel pour les affaires européennes, l'organe qui coordonne les positions de la France avant les réunions du Conseil. Séjourné, en tant que député européen puis commissaire désigné, était de l'autre côté de la table de négociation.

La réalité des sondages

Malgré toute la nouveauté constitutionnelle, le chemin d'Attal vers l'Élysée est loin d'être assuré. Les récentes agrégations de sondages le placent systématiquement troisième derrière Marine Le Pen, la leader du Rassemblement national qui a atteint le second tour de deux des trois dernières élections présidentielles, et Édouard Philippe, son ancien collègue de cabinet et désormais leader du parti Horizons. Philippe s'est positionné comme l'alternative centriste plus expérimentée et plus stable. Le Pen bénéficie d'une base consolidée et d'une opposition fragmentée. L'avantage d'Attal, la jeunesse, la fluidité médiatique, la loyauté envers Macron, est aussi sa vulnérabilité : il est vu par certains électeurs comme l'incarnation d'un macronisme dont ils se sont lassés.

Le parti Renaissance n'a pas encore formellement désigné son candidat. Le processus de sélection, qui devrait débuter fin 2025, sera façonné par Macron lui-même, qui ne peut pas se présenter pour un troisième mandat. L'annonce d'Attal concernant Séjourné peut être destinée à projeter normalité et stabilité, un contraste avec le dramatique de l'année écoulée. Mais elle offre aussi une ligne d'attaque aux opposants. L'extrême droite a longtemps dépeint l'UE comme une imposition étrangère ; un président partageant un foyer avec un commissaire serait un cadeau pour ce récit. La gauche, quant à elle, pourrait soutenir que l'arrangement incarne la fusion de l'élite technocratique française et de la bureaucratie bruxelloise qu'ils critiquent depuis des décennies.

Bruxelles observe, Paris calcule

À Bruxelles, les fonctionnaires hésitent à commenter les dynamiques électorales d'un État membre. Le service des porte-parole de la Commission détourne généralement les questions sur la politique nationale. Mais l'institution a un précédent récent. En 2019, Sylvie Goulard, première nominée française pour le poste de commissaire, a été rejetée par le Parlement européen en partie à cause de préoccupations concernant ses contrats d'assistants parlementaires, une affaire nationale devenue européenne. L'examen des candidats commissaires par le Parlement est rigoureux. Séjourné a réussi son audition confortablement, mais c'était avant qu'un candidat présidentiel français ne déclare son intention de partager un toit avec lui.

Le code de conduite de la Commission européenne pour les commissaires leur impose d'éviter toute situation susceptible de donner lieu à un conflit d'intérêts, et de démissionner si un tel conflit ne peut être résolu. Le code ne définit pas la cohabitation avec un chef d'État comme un conflit automatique, mais il accorde au président de la Commission, actuellement Ursula von der Leyen, l'autorité pour évaluer les cas individuels. Von der Leyen n'a pas commenté. Sa relation avec Macron est cordiale mais transactionnelle ; elle ne voudra pas qu'une campagne présidentielle française déstabilise le Collège des commissaires.

Ce que disent les traités

L'article 17 du traité sur l'Union européenne stipule que les commissaires « ne doivent ni solliciter ni accepter d'instructions d'aucun gouvernement ou autre institution, organe ou organisme ». Le même article les oblige à s'abstenir « complètement » de tout acte incompatible avec leurs fonctions. La Cour de justice de l'Union européenne n'a jamais statué sur une affaire impliquant les arrangements de vie privée d'un commissaire. Les juristes à Bruxelles et Paris sont divisés. Certains soutiennent que le serment est professionnel, pas domestique, et que la récusation de dossiers français spécifiques suffirait. D'autres affirment que l'apparence d'indépendance est aussi importante que sa substance, et que l'intimité quotidienne avec un leader national crée un problème de perception permanent et ingérable.

Le cadre constitutionnel français lui-même n'offre aucune indication. La constitution de la Ve République définit les pouvoirs du président et le rôle du Premier ministre, mais ne dit rien sur la maison du président. Le budget de fonctionnement de l'Élysée couvre la résidence officielle du président et le personnel ; la présence d'un compagnon est une affaire privée sauf s'il assume un rôle officiel, comme Brigitte Macron l'a fait informellement. Séjourné ne serait pas un officiel français. Il serait un officiel bruxellois dormant dans la chambre du chef de l'État français.

Un schéma de lignes floues

La relation Attal-Séjourné n'est pas la première fois que l'ère Macron a brouillé la ligne entre le personnel national et européen. La première ministre des Affaires européennes de Macron, Nathalie Loiseau, est devenue députée européenne puis présidente de la commission des affaires étrangères du Parlement. Son ancien chef de cabinet, Alexis Kohler, a navigué entre l'Élysée et la Banque européenne d'investissement. La circulation est à double sens : d'anciens commissaires Pierre Moscovici et Michel Barnier sont revenus à des postes ministériels français. Mais ces mouvements étaient séquentiels. Le scénario Attal-Séjourné serait simultané.

Les critiques soutiennent que le système Macron a traité l'UE comme une extension de la politique intérieure française, un endroit pour garer des alliés, une source de légitimité, un théâtre pour les ambitions françaises. Les partisans disent que le flux de talents reflète le poids légitime de la France dans l'Union. La distinction compte. Si Attal remporte l'élection, la question ne sera pas de savoir si un président français peut avoir un compagnon qui est commissaire. La question sera de savoir si l'architecture institutionnelle de l'UE peut supporter la réalité qu'un de ses commissaires les plus puissants partage une vie privée avec le leader de son plus grand État membre par la population et le deuxième par l'économie.

Sources

  1. POLITICO

    politico.eu · 2026-08-26

People mentioned

  • Gabriel Attal

    Leader of Renaissance party and French presidential candidate, Renaissance

  • Stéphane Séjourné

    European Commissioner for Industry and Entrepreneurship, European Commission

  • Marine Le Pen

    Leader of the National Rally, National Rally

  • Édouard Philippe

    Former Prime Minister and centrist presidential contender, Horizons

Organisations

European Commission · Renaissance · National Rally · Horizons · Elysée Palace

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