L'unité européenne en matière de politique étrangère est suffisamment rare. Plus rare encore est celle qui transcende les profondes divisions du continent sur la manière de gérer Donald Trump. Pourtant, lorsque les ambassadeurs des 27 États membres se sont réunis à Bruxelles le 9 septembre pour discuter d'un partenariat renforcé avec le Canada, aucune capitale n'a soulevé d'objection, pas même celles dirigées par des gouvernements qui ont tenu à cultiver le président américain.

La réunion s'est tenue quelques heures seulement après que la Maison-Blanche a annoncé de nouveaux droits de douane sur les produits laitiers, l'alcool et les motos canadiens, la dernière escalade d'un différend commercial dans lequel Washington traite son voisin du nord en adversaire plutôt qu'en allié. Ce calendrier n'a pas échappé aux diplomates présents. L'un d'eux a qualifié l'absence de dissidence de « soutien très fort » à l'initiative de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, envers Ottawa, ajoutant que l'état d'esprit était d'avancer malgré le risque évident d'être perçu comme prenant position contre Washington.

Une coalition qui inclut les amis européens de Trump

L'importance réside dans ceux qui sont restés silencieux. L'Italie de Giorgia Meloni, la République tchèque d'Andrej Babiš et la Slovaquie de Robert Fico ont chacune, à leur manière, cherché à maintenir des canaux de communication ouverts avec l'administration Trump. Les trois ont évité les positions susceptibles de provoquer Washington. Pourtant, aucun n'a rompu les rangs. Un haut responsable de l'UE a confirmé le consensus, déclarant que l'objectif était de « signaler clairement l'intention et l'ambition des deux parties de mettre à niveau notre partenariat ».

Ce partenariat est encore en cours de formation. Le sommet des 29 et 30 octobre sera un tremplin politique plutôt qu'une cérémonie de signature. Les responsables soulignent que les négociations en sont à un stade précoce, l'objectif immédiat étant de faire preuve d'ambition et d'identifier des chantiers concrets. La Commission et le Conseil ont conjointement présenté les travaux préparatoires, couvrant la technologie, la recherche, l'innovation, les matières premières critiques et la suppression des barrières commerciales.

La tournée européenne de Carney et l'angle arctique

Le Premier ministre canadien Mark Carney arrive à Strasbourg la semaine prochaine pour s'adresser au Parlement européen, une visite programmée pour coïncider avec le discours sur l'état de l'Union de von der Leyen. Carney n'a pas caché son objectif : bâtir ce qu'il appelle un club de démocraties partageant les mêmes valeurs et favorables au libre-échange, afin de se prémunir contre l'imprévisibilité américaine. Son discours devrait définir les prochaines étapes concrètes de la relation entre l'UE et le Canada.

Parmi les idées qui circulent à Bruxelles figurent la participation canadienne au programme d'échange d'étudiants Erasmus, un alignement sur la sécurité et la défense arctiques, et une coopération militaro-industrielle. L'Arctique s'est imposé comme un pont particulièrement prometteur. Von der Leyen est revenue du Groenland en août déclarant que l'Europe voulait s'« impliquer davantage dans l'Arctique ». La Commission finalise une actualisation de sa politique arctique, désormais rebaptisée Stratégie pour le voisinage septentrional et l'Arctique, dont la publication est prévue le 20 octobre.

La sécurité comme point d'entrée

Un responsable de l'UE a qualifié la sécurité et la défense de domaine de prédilection de von der Leyen, suggérant que toute ouverture envers Carney dans son discours sur l'état de l'Union serait probablement centrée sur une initiative de sécurité arctique. Cela correspondrait à une tendance : la Commission a de plus en plus encadré l'autonomie stratégique sous le prisme de la défense, et le Grand Nord est l'endroit où l'activité russe, l'intérêt chinois et la fonte des glaces convergent.

Mais la conversation sur l'Arctique va bien au-delà de la sécurité au sens strict. Les responsables qui ont travaillé sur la nouvelle stratégie soulignent que les matières premières critiques, les câbles sous-marins, les navires spécialisés capables de naviguer dans les glaces et le transport maritime plus propre sont des domaines où les intérêts de l'UE et du Canada se recoupent, et où ils divergent de ceux des États-Unis, qui ont fait pression contre les mesures de décarbonisation au sein de l'Organisation maritime internationale.

Matières premières et logique de la chaîne d'approvisionnement

Les matières premières critiques constituent l'épine dorsale économique du partenariat envisagé. Le Canada possède d'importants gisements de lithium, de cobalt, de nickel et de terres rares, tous essentiels pour la transition verte et les ambitions numériques de l'UE. La loi de l'UE sur les matières premières critiques, entrée en vigueur en 2024, fixe un objectif d'approvisionnement de 10 % de la consommation annuelle à partir de l'extraction interne, de 40 % à partir de la transformation et de 15 % à partir du recyclage d'ici 2030. Le Canada est déjà un partenaire stratégique en vertu de cette loi ; le sommet approfondirait cette désignation en projets conjoints et en investissements.

Les barrières commerciales restent un obstacle tenace. L'Accord économique et commercial global (CETA) est appliqué de manière provisoire depuis 2017, mais sa ratification par les parlements nationaux est incomplète. Le Sénat français l'a rejeté en 2024, et plusieurs autres États membres n'ont pas encore terminé la procédure. Les responsables reconnaissent qu'une nouvelle déclaration politique ne peut pas contourner la ratification nationale, mais elle peut créer un élan pour des accords sectoriels qui s'inscrivent dans le cadre du CETA.

Les limites de l'unité

Le consensus au niveau des ambassadeurs n'est pas synonyme de politique mise en œuvre. La proposition Erasmus, par exemple, nécessite une décision du Conseil et l'approbation du Parlement, et exigerait une législation canadienne correspondante. La coopération militaro-industrielle se heurte au dédale des règles nationales d'achat de défense et aux critères d'éligibilité du propre fonds de défense de l'UE. Les normes de transport maritime propre font face à l'opposition des États du pavillon possédant de grandes flottes conventionnelles.

De plus, le facteur Trump n'est pas statique. Une future administration américaine pourrait réinitialiser les relations avec le Canada, modifiant l'urgence de la stratégie de protection de l'UE. Pour l'instant, cependant, le calcul à Bruxelles est que le coût de l'inaction, à savoir regarder un allié du G7 sous la pression de Washington sans offrir d'alternative structurelle, l'emporte sur les frictions diplomatiques de l'engagement.

Les prochaines étapes

La prochaine étape concrète est le discours de Carney au Parlement européen, où il devrait exposer des propositions spécifiques. Il sera suivi du discours sur l'état de l'Union de von der Leyen, qui pourrait faire référence à une initiative de sécurité arctique. La stratégie arctique de la Commission, le 20 octobre, fournira le cadre politique. Le sommet lui-même produira une déclaration conjointe et un programme de travail ; les responsables affirment que l'épreuve consistera à savoir si les groupes de travail peuvent convertir l'ambition politique en projets financés avant le prochain cycle budgétaire de l'UE.

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