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Politique · Relations Royaume-Uni-UE

Un ancien ministre Tory exhorte Burnham à troquer la protection nucléaire contre un retour au marché unique

Nick Boles propose une Confédération européenne offrant au Royaume-Uni l'accès au marché unique sans libre circulation, en échange de 3,5 % de dépenses de défense et de l'extension de la dissuasion nucléaire

By , Chef de rubrique Idées

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9 min read

Un ancien ministre conservateur qui a fait défection pour rejoindre les travaillistes a présenté une proposition détaillée visant à faire réintégrer au Royaume-Uni le marché unique européen par le biais d'une nouvelle « Confédération européenne » qui échangerait des engagements en matière de défense contre un accès économique. Nick Boles, qui a servi dans le gouvernement de David Cameron avant de démissionner en 2019 à cause du Brexit, estime que le premier ministre Andy Burnham pourrait, en menant à bien ce projet, laisser un héritage électoral rivalisant avec celui de Tony Blair.

La proposition de Confédération

Le concept de Confédération européenne de Boles tente de résoudre la tension centrale qui définit les relations entre le Royaume-Uni et l'UE depuis 2016 : comment retrouver les avantages économiques de l'appartenance au marché unique sans accepter la libre circulation des personnes qui a motivé le vote en faveur du Brexit. Dans son cadre, le Royaume-Uni bénéficierait d'un accès total au marché unique et d'un programme de mobilité des jeunes, mais ne serait pas tenu d'adhérer à la zone euro ni d'accepter la liberté de circulation sans restriction.

La contrepartie est substantielle. Le Royaume-Uni s'engagerait à consacrer 3,5 % de son produit intérieur brut à la défense, bien au-delà de la directive des deux pour cent de l'OTAN et nettement supérieur aux dépenses britanniques actuelles. En outre, le Royaume-Uni étendrait formellement la protection de sa dissuasion nucléaire à l'ensemble du continent européen, un engagement qui lierait la politique de sécurité britannique à l'architecture de défense européenne d'une manière qu'aucun gouvernement précédent n'avait envisagée.

Boles qualifie le contexte géopolitique d'événements mondiaux « assez effrayants » depuis 2016, une référence codée à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, à l'incertitude des garanties de sécurité américaines sous l'effet des évolutions de la politique américaine, et à la pression qui en résulte sur les nations européennes pour qu'elles assument une plus grande part de responsabilité dans leur propre défense. La proposition défend en substance l'idée que l'arsenal nucléaire et la capacité militaire britanniques sont des atouts dont l'UE a besoin, et que l'accès au marché unique en est le prix.

L'arithmétique électorale

Le calcul politique est explicite. Boles estime qu'un accord sur le marché unique porterait un coup « dévastateur » tant au Parti conservateur qu'à Reform UK de Nigel Farage, assurant la victoire des travaillistes aux prochaines élections générales. Son raisonnement repose sur des sondages qui montrent de manière constante que l'opinion publique a évolué depuis le référendum. Une enquête YouGov menée en juin 2026, marquant les dix ans du vote sur le Brexit, a révélé que 59 % des électeurs soutiennent un rapprochement entre le Royaume-Uni et l'Europe, contre seulement 20 % qui s'y opposent. Sur le marché unique en particulier, la moitié des personnes interrogées était favorable à un retour, contre 26 % d'opposants.

Ces chiffres représentent un changement profond par rapport au résultat du référendum de 2016 et aux batailles parlementaires qui ont suivi. Les sondages suggèrent que la coalition électorale qui a permis le Brexit s'est fragmentée, laissant les partis qui y sont le plus associés vulnérables sur une question où les travaillistes pourraient revendiquer la position majoritaire. Boles a déclaré à The Independent : « Si [M. Burnham] règle la question de l'aide aux personnes âgées et nous fait entrer dans le marché unique et dans une [nouvelle] Confédération européenne, ce serait un héritage plus substantiel que celui de quiconque ces dernières années. Cela rivaliserait certainement avec celui de Blair. »

Les dépenses de défense et la question nucléaire

L'objectif de 3,5 % de dépenses de défense est la demande la plus concrète de la proposition. Les dépenses de défense britanniques ont oscillé autour de 2,3 % du PIB ces dernières années, et atteindre 3,5 % nécessiterait une augmentation d'environ 15 milliards de livres sterling par an au niveau actuel de la production économique. Cette somme devrait être trouvée par l'impôt, l'emprunt ou des coupes dans les dépenses ailleurs, à un moment où les services publics sont soumis à une pression aiguë.

L'extension de la protection nucléaire est plus novatrice. La dissuasion nucléaire britannique, portée par les sous-marins de classe Vanguard et leurs futurs remplaçants Dreadnought, a toujours été déclarée comme un atout de l'OTAN. Étendre formellement sa protection à une Confédération européenne représenterait un engagement politique envers l'autonomie de défense européenne que les gouvernements successifs ont évité, préférant canaliser les garanties de sécurité par l'intermédiaire de l'alliance atlantique. Cette initiative s'alignerait sur le plaidoyer de longue date du président français Emmanuel Macron en faveur de l'autonomie stratégique européenne, même si Paris a jalousement protégé sa propre dissuasion indépendante.

Les contraintes institutionnelles de l'UE

La question de savoir si l'Union européenne accepterait un tel montage reste ouverte. Les quatre libertés du marché unique (marchandises, services, capitaux et personnes) sont considérées comme indivisibles dans le droit de l'UE. La Commission européenne a systématiquement rejeté les dispositifs dits de « cherry-picking », notamment lors de la négociation de l'Accord de commerce et de coopération qui régit les relations actuelles entre le Royaume-Uni et l'UE. Une confédération qui accorderait l'accès au marché unique sans la libre circulation nécessiterait soit une modification des traités, soit un instrument juridique inédit capable de résister à un recours devant la Cour de justice de l'Union européenne.

Les États membres auraient également des vues divergentes. Les capitales d'Europe de l'Est, en particulier Varsovie et les États baltes, pourraient accueillir favorablement une garantie nucléaire britannique et une hausse des dépenses de défense. D'autres, notamment la France et l'Allemagne, ont historiquement résisté aux structures qui diluent le caractère supranational de l'UE ou créent une Europe à deux vitesses. Le Conseil européen aurait besoin de l'unanimité pour approuver tout nouveau cadre, donnant à chacun des 27 membres un droit de veto.

Contexte historique et comparaison avec Blair

La référence de Boles à Tony Blair est délibérée. L'héritage de Blair repose sur trois piliers : l'Accord du Vendredi saint, le salaire minimum et la dévolution, ainsi que la décision de ne pas rejoindre l'euro. L'orientation pro-européenne de son gouvernement a été tempérée par la prudence politique ; il avait promis un référendum sur l'euro qui n'a jamais eu lieu, et son enthousiasme pour la Constitution européenne s'est heurté aux référendums français et néerlandais de 2005. Un gouvernement Burnham qui parviendrait réellement à faire réintégrer le marché unique irait plus loin que Blair n'avait osé le faire.

La comparaison met également en lumière des paysages politiques différents. Blair disposait d'une majorité de 179 sièges en 1997 et faisait face à un Parti conservateur divisé sur la question européenne. L'arithmétique parlementaire de Burnham n'est pas connue dans les sources, mais tout gouvernement qui tenterait cette démarche se heurterait à un parti Reform UK explicitement construit sur l'opposition à la réintégration européenne, un Parti conservateur dont les adhérents restent largement eurosceptiques, et une aile gauche travailliste susceptible de contester l'engagement en matière de dépenses de défense.

L'opinion publique et la dimension mobilité des jeunes

L'inclusion de la mobilité des jeunes dans la proposition est politiquement astucieuse. La perte d'Erasmus+ et la fin des opportunités de travail et d'études sans friction pour les jeunes Britanniques ont été l'une des conséquences les plus tangibles du Brexit, et une que les sondages suggèrent comme résonnant au-delà des seuls électeurs traditionnels du camp du Remain. Un programme permettant aux moins de 30 ans de vivre et de travailler dans les États membres de l'UE pour des périodes limitées répondrait à un grief spécifique sans déclencher les angoisses migratoires plus larges que provoque la libre circulation.

Les sondages YouGov cités par Boles s'alignent avec d'autres enquêtes menées depuis 2022 montrant une dérive constante vers la faveur à un rapprochement. L'office statistique européen a documenté la divergence économique entre les taux de croissance du Royaume-Uni et de l'UE depuis 2020, fournissant un arrière-plan empirique à l'argument politique. Reste à savoir si cela se traduira en récompense électorale, ce qui dépendra de la question de savoir si les électeurs prioriseront le marché unique par rapport à d'autres enjeux, l'inflation, le logement, le NHS, lors des prochaines élections.

Les obstacles à Westminster

Même si l'UE était réceptive, la bataille parlementaire nationale serait rude. L'engagement de 3,5 % en matière de défense implique soit des hausses d'impôts, soit des coupes budgétaires qui domineraient le débat budgétaire. L'extension nucléaire nécessiterait une revue stratégique de défense et de sécurité, un examen parlementaire et probablement un vote. Les députés de base du Labour comptent à la fois des atlantistes qui accueilleraient favorablement une intégration plus profonde de la défense européenne et des élus de gauche opposés à l'augmentation des dépenses militaires et aux engagements nucléaires.

Le Parti conservateur, entre-temps, serait confronté à un dilemme existentiel. S'opposer à un accord qui apporte l'accès au marché unique, que les entreprises britanniques réclament depuis 2016, tout en exigeant une hausse des dépenses de défense, que les conservateurs soutiennent traditionnellement, exposerait l'incohérence post-Brexit du parti. Reform UK dénoncerait tout accord comme une trahison, mais son plafond électoral pourrait être inférieur à celui de 2019 si les sondages se confirment.

La réponse européenne

Aucun dirigeant de l'UE n'a répondu publiquement à l'idée de Confédération. La position standard de la Commission européenne reste que l'intégrité du marché unique exige l'acceptation des quatre libertés. Cependant, l'UE a fait preuve de flexibilité lorsque des impératifs géopolitiques l'exigeaient : l'octroi rapide du statut de candidat à l'Ukraine et à la Moldavie en 2022, la suspension des règles en matière d'aides d'État pendant la pandémie et l'achat conjoint de vaccins ont tous démontré que les règles peuvent fléchir lorsque les intérêts stratégiques s'alignent. Une offre britannique qui renforcerait la défense européenne à un moment d'imprévisibilité américaine pourrait mettre à l'épreuve cette flexibilité.

Le Conseil européen serait le forum de toute décision politique. Son président, ainsi que les dirigeants de la France et de l'Allemagne, donneraient le ton. Si la proposition atteint ce niveau, la négociation porterait probablement sur la gouvernance : la manière dont un État non membre participe à l'élaboration des règles du marché unique, au règlement des différends et aux contributions budgétaires. Le modèle de l'Espace économique européen, utilisé par la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein, fournit un cadre de référence, mais ces États acceptent la libre circulation et contribuent aux fonds de cohésion de l'UE sans voix au chapitre sur la législation.

Sources

  1. The Independent

    independent.co.uk · 2026-08-21

People mentioned

  • Nick Boles

    Former Conservative minister and Labour adviser, Independent adviser

  • Andy Burnham

    Prime Minister, UK Government

Organisations

European Union · Labour Party · Conservative Party · Reform UK · YouGov · NATO

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