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Le pragmatisme progressiste de Sánchez offre un modèle à Burnham, mais le contexte espagnol n'est pas celui du Royaume-Uni

Huit ans après son arrivée à la présidence du gouvernement, Pedro Sánchez a transformé la mise en œuvre de politiques de gauche en survie électorale. Andy Burnham, à trois ans d'élections générales au Royaume-Uni, fait face à une géométrie politique différente.

By , Chef de rubrique Idées

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7 min read

Pedro Sánchez a réussi ce qui échappe à la plupart des dirigeants de centre gauche européens : se maintenir au pouvoir. Huit ans après avoir renversé Mariano Rajoy par une motion de censure, le Premier ministre espagnol demeure à La Moncloa, après avoir mis en œuvre un programme législatif qui aurait été inimaginable lorsqu'il a remporté la direction du PSOE en 2014 en tant que centriste de compromis. Pour Andy Burnham, installé à Downing Street il y a moins de trois mois avec des élections générales prévues d'ici 2029, le précédent espagnol s'impose. La question est de savoir si les mécanismes de la survie de Sánchez franchissent les Pyrénées.

Le road trip qui a refait un politique

Le premier mandat de Sánchez à la tête du PSOE s'est soldé par une humiliation. Après les déroutes électorales de 2015 et 2016, les barons du parti l'ont évincé lors d'un coup de force télévisé. Sa réponse ne fut ni la démission ni le repli. Il a calé son mètre quatre-vingt-onze dans une Peugeot et a sillonné l'Espagne, répétant à qui voulait l'entendre : "Je monterai dans ma voiture et je parcourrai toute l'Espagne pour écouter ceux qu'on n'écoute pas, les militants de base et les électeurs de gauche." La performance a payé. À l'été 2017, il retrouvait la direction du parti ; en juin 2018, il devenait Premier ministre.

La transformation était calculée. Comme le dit Eoghan Gilmartin, journaliste basé à Madrid : "He's not necessarily a committed left-winger, but Sánchez understands that anchoring his party to the left and positioning himself as the leader of a wider progressive bloc is where he can govern. He's a very impressive pragmatist." Ce pragmatisme a produit un engagement de 2019 à mettre en œuvre des centaines de mesures progressistes. La plupart ont été adoptées : le salaire minimum a fortement augmenté, l'accès à l'avortement a été élargi, les dites pratiques de conversion homosexuelle sont interdites, les hausses de loyer sont plafonnées, et un impôt sur la fortune pour les foyers les plus aisés côtoie des baisses d'impôt pour les revenus modestes. Des milliards ont été injectés dans les énergies renouvelables.

Gouverner sans majorité

La mise en œuvre n'a pas été aisée. Sánchez dirige une coalition minoritaire avec Sumar, l'alliance de gauche qui a succédé à Unidas Podemos. Depuis 2023, le gouvernement n'a pas fait adopter un seul budget, s'appuyant sur des prolongations successives et des arithmétiques parlementaires ad hoc. Des allégations de corruption ont visé l'entourage du Premier ministre : son frère, son épouse Begoña Gómez et d'anciens collaborateurs ont tous fait l'objet d'enquêtes judiciaires, que Sánchez rejette en les qualifiant de calomnies politiquement motivées. Le PSOE a enchaîné les défaites municipales et régionales. Pourtant, la position du Premier ministre tient, en partie parce que la droite reste fracturée entre le Parti populaire et le parti d'extrême droite Vox, et en partie parce que Sánchez a déplacé le champ de bataille.

La politique étrangère comme isolation domestique

Lorsque la législation nationale piétine, Sánchez se tourne vers l'international. Au cours de l'année écoulée, il est devenu le critique européen le plus virulent des opérations militaires israéliennes à Gaza, les qualifiant de "génocide" et décrivant la réponse de l'Europe comme un "échec". En 2024, l'Espagne a officiellement reconnu un État palestinien. Il a refusé les demandes américaines d'utiliser des bases gérées conjointement pour des frappes sur l'Iran, déclarant : "On ne peut pas répondre à une illégalité par une autre, car c'est ainsi que commencent les grandes catastrophes de l'humanité." En avril, il a accueilli à Barcelone un sommet progressiste de haut niveau, rassemblant des dirigeants de gauche de tout le continent.

"Sa politique étrangère a pris une importance bien plus grande, montrant qu'il dirige un gouvernement vivant," explique Gilmartin. La stratégie sert deux objectifs : elle dynamise une base progressiste qui pourrait sinon dériver vers Sumar ou s'abstenir, et elle présente Sánchez comme le rempart indispensable contre un virage à droite en Europe. La question est de savoir si cela compense la paralysie parlementaire à l'intérieur du pays, ce que les électeurs espagnols trancheront l'an prochain.

L'immigration : le test de Ceuta

Le contraste le plus net avec Burnham réside dans la migration. L'un des premiers actes de Sánchez en 2018 a été d'autoriser l'Aquarius, avec ses 629 personnes secourues au large de la Libye, à accoster à Valence après les refus de l'Italie et de Malte. Depuis, son gouvernement a régularisé des dizaines de milliers de migrants sans papiers, dont beaucoup de travailleurs saisonniers marocains. Lorsque 72 000 personnes ont traversé la frontière de Ceuta en un seul mois cet été, un chiffre confirmé par les données du ministère espagnol de l'Intérieur, Sánchez n'a ni cédé à la droite ni cédé aux pressions de partenaires européens exigeant un durcissement des frontières.

Le dividende politique est mesurable. En janvier, seulement 3,9 % des Espagnols interrogés par le Centro de Investigaciones Sociológicas citaient l'immigration comme principal problème du pays. En juin, après la poussée à Ceuta, le chiffre n'avait atteint que 4,8 %. Les statistiques de migration d'Eurostat pour l'Espagne montrent un schéma constant : les arrivées irrégulières fluctuent, mais l'immigration arrive rarement en tête de l'agenda public. Le calcul de Sánchez, selon lequel une approche gérée et fondée sur les droits neutralise le sujet, a jusqu'ici tenu.

Le climat : pas d'excuses pour l'action

Sur le climat, la divergence est plus marquée encore. L'intervention environnementale la plus visible de Burnham en tant que Premier ministre a été l'interdiction des barbecues jetables dans les parcs publics. Sánchez, au contraire, a déclaré que "le changement climatique tue" et a appuyé la rhétorique de milliards d'euros pour la transition verte, des appels d'offres pour l'éolien en mer aux corridors de fret ferroviaire. "Il n'y a pas le sentiment ici qu'il faille s'excuser d'être proactif et progressiste sur le climat," note Gilmartin. Le plan de relance de la Commission européenne alloué à l'Espagne, le plus important de l'UE à 163 milliards d'euros, consacre plus de 40 % aux objectifs climatiques, un engagement qui survit aux changements d'arithmétique parlementaire.

L'électorat progressiste : absorption, pas concurrence

L'aile gauche de Sánchez s'est effondrée. Lorsqu'il est devenu chef du PSOE, Podemos atteignait 26 % dans les sondages. Aujourd'hui, il oscille autour de 3 %. Sumar, son partenaire de coalition, a également perdu du terrain. Le Premier ministre a de fait absorbé l'électorat progressiste en mettant en œuvre les politiques que ces partis portaient. Burnham pourrait étudier l'image miroir britannique : aux élections locales anglaises de 2026, le Labour a perdu près de quatre fois plus d'électeurs au profit des Verts qu'au profit de Reform UK. La stratégie de Starmer, consistant à attaquer la gauche tout en offrant un vague "renouveau patriotique", a vidé le centre sans le remplir.

La leçon n'est pas simplement "tourner à gauche". Sánchez a viré à gauche parce que le système partisan espagnol le récompensait : une droite fragmentée, une loi électorale proportionnelle qui rend la gouvernance de coalition normale, et un électorat de gauche qui se mobilise quand on lui offre des gains concrets. Le scrutin uninominal à un tour britannique, un vote de droite consolidé sous Reform, et un Parti travailliste encore hanté par l'ère Corbyn créent des incitations différentes. Le "manchesterisme" de Burnham, délibérément vague, ancré localement, a été conçu pour une mairie, pas pour une élection générale.

Le silence de Burnham sur les lignes de fracture

Depuis son entrée au numéro 10 juste avant la pause estivale, Burnham n'a presque rien dit sur l'immigration ou le climat, les deux sujets qui divisent le plus nettement les progressistes de la droite. Son engagement du premier jour de mettre fin au sans-abrisme a fait les gros titres, mais aucun programme législatif n'a suivi. Le contraste avec le premier été de Sánchez est saisissant : en quelques semaines, le Premier ministre espagnol avait accueilli l'Aquarius, nommé un cabinet féministe et ouvert la porte au dialogue catalan. L'équipe de Burnham argue qu'il "écoute" et "construit le consensus". Sánchez a écouté depuis une voiture en mouvement ; il a construit le consensus en gouvernant.

Sources

  1. the Guardian

    theguardian.com · 2026-08-17

People mentioned

  • Pedro Sánchez

    Prime Minister of Spain, Spanish Socialist Workers' Party (PSOE)

  • Andy Burnham

    Prime Minister of the United Kingdom, Labour Party

  • Eoghan Gilmartin

    Madrid-based journalist, Freelance

  • Keir Starmer

    Former Prime Minister of the United Kingdom, Labour Party

Organisations

Spanish Socialist Workers' Party (PSOE) · Labour Party · Sumar · Podemos · People's Party · Vox

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