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Le collier Étoile de David d'une ministre suédo-palestinienne enflamme le débat

Simona Mohamsson a porté le symbole lors d'un débat électoral télévisé pour souligner la montée de l'antisémitisme en Suède, récoltant les louanges de la communauté juive et des menaces violentes d'un conseiller municipal

By , Chef de rubrique Idées

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9 min read

Lorsque Simona Mohamsson est apparue à la télévision suédoise lundi soir pour un débat préélectoral, le collier autour de son cou était immédiatement visible. Une Étoile de David, portée ouvertement par la ministre suédoise de l'Éducation et de l'Intégration, une politicienne d'origine palestinienne, dans un pays où les incidents antisémites recensés ont presque doublé entre 2022 et 2024. Le geste était délibéré. La réaction a été immédiate, et elle a été violente.

Un geste calculé en direct à la télévision

Mohamsson a déclaré à l'audience qu'elle portait l'Étoile de David pour les enfants qui ne l'osent pas. « Je porte l'Étoile de David pour les enfants qui n'osent pas le faire dans la Suède d'aujourd'hui », a-t-elle dit. La déclaration visait ce qu'elle décrit comme une marée montante d'antisémitisme dans les écoles et la vie publique suédoises, un problème que, dit-elle, les enseignants peinent à nommer franchement.

S'exprimant ensuite auprès du journal Aftonbladet, elle a précisé pourquoi son propre parcours donnait du poids à ce geste. « Je pense que c'est particulièrement important quand on a le parcours qui est le mien, avec des parents qui viennent du Moyen-Orient. Pour moi, il va de soi que la Suède doit être un sanctuaire pour les Juifs. Il est aussi important de marquer une distance avec les forces qui cherchent à instiller la peur et qui utilisent un conflit pour propager l'antisémitisme. »

La communauté juive suédoise a considéré l'acte comme significatif. Qu'une ministre, elle-même fille d'un père palestinien de Haïfa et d'une mère libanaise, choisisse de porter le symbole le plus reconnaissable du judaïsme à la télévision nationale porte un poids qu'une simple déclaration n'aurait pas. Mais la réaction violente est survenue en quelques heures.

Des menaces émanant d'une conseillère financée par des fonds publics

Valley Ghanem, politologue qui sert de conseillère officielle de la ville de Malmö sur l'islamophobie et le racisme anti-musulmans, a réagi sur Instagram avec un langage qui allait bien au-delà du désaccord. Elle a qualifié Mohamsson de « créature autodestructrice qui a retourné sa haine contre les siens » et l'a décrite comme « faible de corps, mauvaise de volonté, pitoyable dans sa trahison. » Puis elle a ajouté : « Qu'elle brûle. »

La phrase, avec sa résonance évidente pour toute discussion sur l'antisémitisme en Europe, a été publiée par quelqu'un payé par une municipalité suédoise pour conseiller sur la discrimination. Ghanem a par la suite retiré le commentaire sur le feu, le qualifiant d' « inutile » et disant l'avoir écrit sous le coup de l'émotion face aux enfants de Gaza. Elle a insisté sur le fait qu'elle ne souhaitait pas que qui que ce soit soit littéralement brûlé. Elle n'a pas retiré la description de Mohamsson comme traitre autodestructrice.

Aftonbladet a rapporté que Mohamsson a reçu des menaces en ligne après la diffusion. Le fait qu'une conseillère municipale nommée pour lutter contre la discrimination ait utilisé un langage pouvant être lu comme une incitation contre une ministre illustre la volatilité du débat en Suède, et soulève des questions sur ce qui constitue un discours public acceptable lorsque le conflit israélo-palestinien est en jeu.

Le symbole au cœur de la controverse

L'Étoile de David occupe une position délicate. C'est un symbole religieux, le Magen David, reconnu depuis des siècles comme un emblème de l'identité juive. C'est aussi la pièce centrale du drapeau israélien, adopté par l'État d'Israël en 1948. Cette double signification n'est pas accessoire à la controverse. Les critiques arguent que porter l'Étoile de David dans un contexte politique, particulièrement un contexte dominé par le débat sur les actions militaires d'Israël à Gaza, confond le judaïsme avec l'État d'Israël d'une manière qui rend plus difficile de critiquer la politique israélienne sans être accusé d'antisémitisme.

La définition de travail de l'antisémitisme de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA), que la Suède a adoptée, stipule que l'antisémitisme « est une certaine perception des Juifs, qui peut s'exprimer par une haine envers les Juifs. » Les exemples de cette définition incluent certaines formes de rhétorique anti-Israël, ce qui est précisément pourquoi ses critiques la jugent trop large. Le choix de Mohamsson de porter le symbole en tant que membre du gouvernement, lors d'un débat électoral, la place au cœur de cette tension non résolue.

Mohamsson elle-même a largement évité de commenter la campagne militaire d'Israël à Gaza, se bornant à appeler à des solutions humanitaires et à la libération des otages israéliens détenus depuis septembre 2023. Interrogée en 2025 sur un éventuel déplacement de l'ambassade suédoise de Tel-Aviv à Jérusalem, elle a botté en touche, affirmant que la Suède devait se concentrer sur la réduction de la souffrance humanitaire et la libération des otages plutôt que sur des gestes symboliques concernant la localisation de l'ambassade.

Une politicienne façonnée par le déplacement

L'histoire personnelle de Mohamsson est indissociable de la lecture qu'on fait de son geste. Née en Allemagne en 1994, elle a déménagé en Suède à l'âge de huit ans. Son père est palestinien, originaire de Haïfa, une ville aujourd'hui en Israël. Sa mère est libanaise. La famille a changé son nom de Mohammad à Mohamsson, une adaptation suédoise. Elle s'est toujours identifiée comme athée, non musulmane, un fait qui importe car une grande partie des critiques à son encontre la présentent comme une musulmane trahissant sa propre communauté, un cadrage qu'elle ne reconnaît pas.

Elle est entrée en politique par l'aile jeunesse du Parti libéral, un parti de centre droit, libéral-conservateur, qui gouverne aujourd'hui en coalition avec le Parti modéré et les Chrétiens-démocrates. Elle est devenue membre du parti en 2021, s'est présentée aux élections européennes de 2024, et a été élue cheffe du Parti libéral en 2025. Elle est aussi l'auteure d'un livre paru en 2021, Hongkong, sur le mouvement démocratique du territoire sous la pression chinoise. Elle soutient l'aide militaire suédoise à l'Ukraine et une intégration plus poussée à l'Union européenne.

Sa politique, en d'autres termes, s'inscrit pleinement dans le courant libéral européen : pro-UE, pro-Ukraine, axée sur l'application de la loi et la réforme de l'éducation. Son silence relatif sur Gaza, combiné à sa volonté de parler de l'antisémitisme en Suède, est ce qui attire les tirs des deux camps.

Le Parti de gauche et les lettres au Hamas

Mohamsson n'a pas cantonné ses propos à des généralités sur l'antisémitisme. Elle a accusé des membres du Parti de gauche suédois de favoriser l'antisémitisme en envoyant ce qu'elle a appelé des « lettres d'amour au Hamas. » La cible était précise : Ilona Szatmari Waldau, une politicienne du Parti de gauche qui a envoyé des lettres plus tôt en 2026 à un haut responsable du Hamas emprisonné en Israël. Waldau s'est excusée, disant que les lettres exprimaient sa solidarité avec les prisonniers palestiniens plutôt que son soutien à la violence. Une distinction que Mohamsson refuse manifestement d'accepter.

L'échange pointe une fracture plus large dans la politique suédoise. Le Parti de gauche s'est longtemps positionné comme le champion le plus vocal des droits palestiniens au Riksdag. L'argument de Mohamsson est que cet engagement, lorsqu'il s'étend à écrire à des opérateurs du Hamas emprisonnés, frise la complicité avec l'antisémitisme. Ses critiques disent qu'elle utilise l'accusation d'antisémitisme pour faire taire les critiques légitimes d'Israël.

Les chiffres derrière le débat sur l'antisémitisme en Suède

Le contexte du geste de Mohamsson n'est pas rhétorique. La Suède a enregistré plus de 200 actes de violence antisémite en 2024, selon les chiffres officiels, une forte augmentation par rapport aux 111 recensés en 2022. Les chiffres reflètent un schéma à l'échelle de l'Europe. L'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne a interrogé près de 8 000 Juifs dans 13 États membres de l'UE en 2024 et a constaté que presque tous les répondants avaient subi de l'antisémitisme l'année précédente. Une majorité a déclaré s'inquiéter activement pour leur propre sécurité et celle de leur famille. L'aperçu de l'antisémitisme de la FRA a documenté un pic après octobre 2023, lorsque le bombardement israélien de Gaza a commencé en réponse à l'attaque menée par le Hamas qui a tué plus de 1 100 personnes dans le sud d'Israël.

Les chiffres de la Suède sont particulièrement frappants car le pays a une population juive relativement petite, estimée à environ 20 000 personnes. Un doublement des actes antisémites recensés en deux ans, dans un pays qui se targue de tolérance, est difficile à rejeter comme du bruit statistique. La Commission européenne a reconnu que les attaques antisémites sont devenues plus fréquentes dans l'ensemble du bloc depuis le début du conflit à Gaza.

Divisions parmi les Suédois d'origine palestinienne

Mohamsson n'est pas la seule politicienne suédoise d'origine palestinienne, et elle n'est pas la plus typique. Jamal El-Haj, député social-démocrate, s'est adressé directement à Mohamsson dans un article l'an dernier, lui rappelant que lui et son père avaient tous deux vécu dans le camp de réfugiés de Nahr al-Bared au Liban. Son argument était que le silence de son parti sur les événements à Gaza équivalait à une trahison de leur héritage commun. La critique d'El-Haj est l'image miroir de celle que Mohamsson subit de la part de Ghanem : là où Ghanem voit une traitresse autodestructrice, El-Haj voit une politicienne qui a choisi la respectabilité libérale plutôt que la solidarité avec les Palestiniens déplacés.

La position de Mohamsson est que les deux engagements ne sont pas contradictoires. Elle a soutenu que la Suède doit être un refuge pour les Juifs, que l'antisémitisme dans les écoles suédoises est inacceptable, et que le conflit au Moyen-Orient ne doit pas servir de prétexte à la haine en Europe. On doute que ce cadrage satisfasse qui que ce soit. Ses critiques d'un côté disent qu'elle instrumentalise l'antisémitisme pour protéger Israël de la critique. Ses critiques de l'autre disent qu'elle n'en fait pas assez pour protéger les Juifs suédois. Le collier, et la fureur qu'il a provoquée, révèlent à quel point le conflit du Moyen-Orient a colonisé la politique intérieure européenne.

Sources

  1. Al Jazeera

    aljazeera.com · 2026-08-21

People mentioned

  • Simona Mohamsson

    Minister for Education and Integration, Government of Sweden

  • Valley Ghanem

    Official adviser on Islamophobia and anti-Muslim racism, City of Malmo

  • Ilona Szatmari Waldau

    Politician, Left Party (Sweden)

  • Jamal El-Haj

    Member of parliament, Social Democratic Party (Sweden)

Organisations

Liberal Party (Sweden) · Left Party (Sweden) · Social Democratic Party (Sweden) · European Union Agency for Fundamental Rights

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