Une lettre publiée cette semaine avertit que la réinitialisation proposée par le gouvernement britannique de ses relations avec l'Union européenne pourrait coûter au pays 17,6 milliards de livres par an d'ici 2027 et réduire le Royaume-Uni à un preneur de règles, obligé de suivre des réglementations écrites à Bruxelles sans aucun vote ni veto. Ces chiffres, attribués à la description de l'accord par le Great British Business Council, dressent le portrait d'un accord qui reproduit bon nombre des obligations de l'adhésion à l'UE sans l'influence qui l'accompagne.
Alignement dynamique sans représentation
L'objection centrale de la lettre porte sur ce qu'elle appelle l'alignement dynamique : un mécanisme selon lequel le Royaume-Uni adopterait automatiquement les modifications apportées aux réglementations de l'UE dans les domaines couverts par l'accord. Contrairement à une adhésion pleine à l'UE, où le Royaume-Uni disposait autrefois de votes et de vétos aux côtés de 27 autres États membres, l'alignement dynamique n'offrirait aucune entrée formelle. Les entreprises britanniques dans ces secteurs suivraient des règles fixées par des législateurs qu'elles n'ont pas élus.
Ce n'est pas une préoccupation abstraite. L'Union européenne met régulièrement à jour ses cadres réglementaires, des normes de produits aux règles environnementales, et le rythme s'est accéléré alors que Bruxelles poursuit ses programmes du pacte vert et de la régulation numérique. Un pays qui s'aligne dynamiquement accepte ces changements au fur et à mesure qu'ils surviennent, et non après négociation.
L'argument de la lettre est direct : si le Royaume-Uni doit de toute façon suivre les règles, les supposés gains de souveraineté issus du départ de l'UE sont illusoires. L'argument inverse, auquel la lettre ne répond pas, est qu'un certain degré d'alignement peut être le prix d'un accès amélioré au marché, et que l'accord de commerce et de coopération actuel impose déjà des coûts aux exportateurs britanniques qui doivent respecter les normes de l'UE pour vendre sur le marché unique.
Les revendications financières
La lettre met des chiffres concrets sur ses objections. Le coût estimé de la réinitialisation atteint 17,6 milliards de livres par an d'ici 2027, pour dépasser 20 milliards de livres dans les années 2030. Ces chiffres incluent les contributions aux fonds de l'UE dont le Royaume-Uni ne bénéficierait pas, plus des milliards en coûts de conformité alors que les entreprises s'adaptent à des réglementations qu'elles n'ont pas contribué à façonner.
2,7 milliards de livres supplémentaires sont cités comme le coût de l'expansion de la mobilité des jeunes, qui, selon la lettre, proviendrait de la perte de frais universitaires et d'autres revenus alors que des jeunes Européens viendraient travailler et étudier au Royaume-Uni, subventionnés par les contribuables britanniques. L'hypothèse sous-jacente semble être que les étudiants de l'UE paieraient des frais réduits ou nuls par rapport à leur statut international actuel, et que leur nombre serait significatif.
Ce sont des revendications substantielles, qui méritent un examen approfondi. La lettre n'expose pas sa méthodologie en détail, et les chiffres n'ont pas été vérifiés de manière indépendante. L'estimation de 17,6 milliards de livres, en particulier, couvre une large gamme de coûts et de contributions ; sans ventilation, il est difficile d'évaluer quels éléments sont des engagements fermes et lesquels sont spéculatifs.
Agriculture et réglementation
La lettre soulève une préoccupation spécifique concernant l'agriculture et la production alimentaire. Sous l'alignement proposé, dit-elle, chaque exploitation agricole et entreprise alimentaire britannique pourrait être soumise aux règles de l'UE, qu'elle commerce ou non avec l'Europe. Cela étendrait la portée réglementaire de Bruxelles bien au-delà des exportateurs, jusqu'aux entreprises qui vendent exclusivement au Royaume-Uni.
Les agriculteurs britanniques opèrent déjà sous des normes nationales qui, dans de nombreux domaines, reflètent les règles de l'UE, un héritage de décennies d'adhésion. La question est de savoir si l'alignement dynamique empêcherait le Royaume-Uni de diverger à l'avenir, par exemple en autorisant différents régimes de pesticides, normes de bien-être animal ou règles sur les cultures génétiquement modifiées. La lettre suggère que ce serait le cas.
Énergie et échange de quotas d'émission
La lettre s'oppose également à l'adhésion du Royaume-Uni au système d'échange de quotas d'émission de l'UE. Cela pourrait augmenter les coûts pour l'industrie britannique, argue-t-elle, tandis qu'un alignement plus étroit avec les règles d'ajustement carbone aux frontières de l'UE pourrait rendre les matières premières importées plus chères. Le système d'échange de quotas d'émission de l'UE est le plus grand marché du carbone au monde et ses prix ont été volatils, dépassant 100 euros la tonne de dioxyde de carbone avant de redescendre.
Le Royaume-Uni a établi son propre système d'échange de quotas d'émission britannique après avoir quitté l'UE. La liaison des deux systèmes a été discutée comme un moyen de réduire les coûts pour les entreprises commerçant de part et d'autre de la Manche, mais la lettre la traite comme une concession qui lierait l'industrie britannique à des prix fixés à Bruxelles.
Ce que la réinitialisation offre réellement
La lettre est sceptique quant aux avantages. Le Royaume-Uni commerce déjà avec l'UE sous l'accord de commerce et de coopération signé en décembre 2020. Cet accord a supprimé les droits de douane et les contingents sur les marchandises mais a introduit des formalités douanières et des contrôles réglementaires qui n'existaient pas lorsque le Royaume-Uni était membre. La réinitialisation, argue la lettre, ne supprimera pas ces frictions de manière significative.
Elle ne stoppera pas non plus, dit-elle, les traversées illégales de la Manche ni ne garantira aux voyageurs britanniques l'accès aux files d'attente pour passeports de l'UE. Ce sont des observations pointues. Le gouvernement britannique fait face à une pression politique soutenue sur les traversées de petits bateaux, et toute suggestion que des liens plus étroits avec l'UE pourraient aider a rencontré une résistance dans certains milieux.
La question de la souveraineté revisitée
L'argument sous-jacent de la lettre est que le résultat du référendum de 2016, quels que soient ses défauts, reflétait une décision d'accepter certaines frictions économiques en échange de l'indépendance législative. L'alignement dynamique, soutient-elle, inverse ce compromis : le Royaume-Uni accepterait les obligations de l'alignement sans récupérer l'influence qu'il a abandonnée en partant.
Ce cadrage capture une tension authentique de la politique britannique. Le gouvernement actuel a signalé qu'il souhaite une relation plus étroite avec l'UE, et une forme d'alignement dans les secteurs réglementés fera probablement partie de tout tel accord. La question est de savoir si le coût politique d'être perçu comme inversant le Brexit l'emporte sur les avantages économiques d'un commerce plus fluide, et où se situe la ligne entre alignement et subordination.
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