Politique · Politique italienne
Le parti d'extrême droite de Vannacci menace la coalition de Meloni par sa droite
Le Futuro Nazionale de Roberto Vannacci compte 140 000 adhérents et huit députés depuis février, crédité de 7 % dans les sondages, et attire des électeurs tanto de la droite au pouvoir que du Mouvement 5 Étoiles.
Un ancien général, qui fut autrefois attaché militaire de l'Italie à Moscou, a bâti une force politique capable de fracturer la droite italienne au pouvoir en à peine plus de six mois. Le Futuro Nazionale de Roberto Vannacci, lancé en février 2026 après son départ de la Ligue de Matteo Salvini, revendique désormais 140 000 adhérents et huit députés à la Chambre des députés, des transfuges venus tanto de la Ligue que de Forza Italia d'Antonio Tajani. Les sondages le créditent régulièrement d'environ 7 %, un score qui priverait la coalition de Giorgia Meloni d'une majorité parlementaire si une élection avait lieu aujourd'hui.
D'attaché militaire à chef de parti
Vannacci, 57 ans, est entré en politique par la publication de son livre de 2023 « Il mondo al contrario » (Le monde à l'envers), qui s'en prenait aux personnes LGBTQ+, aux migrants et aux minorités. La controverse l'a propulsé sur la liste de la Ligue pour les élections au Parlement européen de juin 2024, où il a obtenu plus de 530 000 votes de préférence. Salvini l'a récompensé en lui confiant le poste de secrétaire général adjoint en mai 2025, mais Vannacci a utilisé cette position pour installer des fidèles sur les listes des élections municipales à travers l'Italie, bâtissant un réseau personnel de conseillers locaux et d'administrateurs régionaux. À l'automne 2025, la rumeur courait que le général menait un agenda distinct de celui de Salvini. Il a quitté la Ligue en février 2026 pour fonder le Futuro Nazionale, emmenant son réseau avec lui.
Cette trajectoire illustre un schéma observé ailleurs en Europe : une figure charismatique dotée de credentials militaires exploite le mécontentement envers les partis de droite traditionnels jugés insuffisamment radicaux. Les deux années de Vannacci comme attaché militaire à Moscou, achevées en 2022, nourrissent une vision du monde qui combine hostilité envers l'OTAN, opposition aux sanctions occidentales contre la Russie, et sympathie ouverte pour Vladimir Poutine. Ces positions trouvent un écho auprès d'un segment de l'électorat italien qui n'a jamais pleinement accepté l'orientation atlantiste du pays.
Un programme fondé sur l'exclusion et la confrontation
Le programme du Futuro Nazionale se lit comme un compendium des obsessions contemporaines de l'extrême droite. Le parti prône la « remigration », le retour forcé des étrangers jugés insuffisamment intégrés, reprenant la terminologie de l'Alternative für Deutschland. Il s'oppose au pacte vert européen, rejette les droits LGBTI et le féminisme, cherche à restreindre l'accès à l'avortement, et propose des classes séparées pour les élèves en situation de handicap intellectuel. En juillet, une vidéo générée par IA publiée sur les réseaux sociaux de Vannacci représentait le leader en tenue romaine impériale, assis entre Meloni et le président du Sénat Ignazio La Russa, envoyant à la mort d'un geste du pouce des adversaires politiques, dont la dirigeante du Parti démocrate Elly Schlein, Conte, l'ancienne présidente de la Chambre Laura Boldrini et l'ancien président de la Commission européenne Romano Prodi. Le bourreau dans la vidéo est Giuseppe Barboni, un militant du FN qui a agressé en juillet un immigré irakien avec un marteau et une faucille à San Benedetto del Tronto.
La vidéo, inspirée de productions similaires venues de l'orbite de Donald Trump, signale un style de campagne qui mêle imagerie classique et agressivité numérique moderne. Elle révèle aussi la vision de la politique démocratique du parti : les adversaires ne sont pas des rivaux à débattre, mais des ennemis à éliminer. Le Global Project Against Hate and Extremism (GPAHE) avait déjà classé Fratelli d'Italia et la Ligue parmi les groupes de haine d'extrême droite dans un rapport de juillet 2023, qualifiant le parti de Meloni de « nationaliste blanc, anti-immigrés, anti-LGBTQ+, anti-musulmans » et la Ligue de « anti-femmes, anti-immigrés, anti-LGBTQ+, anti-Roms et anti-musulmans ». La formation de Vannacci rend ces tendances explicites plutôt qu'implicites.
Une arithmétique sondagière qui menace le gouvernement
Les sondages actuels donnent Fratelli d'Italia à 27 %, la Ligue à 6 %, Forza Italia à 8 % et Noi Moderati à 1,1 %. Les 7 % du Futuro Nazionale proviendraient presque entièrement de ce bloc. Le Mouvement 5 Étoiles, quant à lui, se situe à 12,7 % sous la direction de Conte, en recul par rapport à son pic de 2018, mais demeure un réservoir de sentiment anti-système. Vannacci cible explicitement les électeurs déçus du M5S qui s'opposent à l'aide militaire à l'Ukraine et se sentent trahis par le virage centriste de Conte. Une lettre de Luca Sforzini, président du think tank lié à Vannacci Rinascimento Nazionale, adressée en août au fondateur du M5S Beppe Grillo, proposait un « terrain commun de dialogue » entre le M5S originel anti-système et le nouveau parti. Grillo s'est éloigné de Conte mais conserve une autorité symbolique auprès de la base originelle du mouvement.
L'arithmétique est impitoyable pour Meloni. Le score cumulé de sa coalition dans les sondages avoisine 42 %, soit à peu près le score qu'elle avait obtenu lors des législatives de 2022 qui lui avaient donné une majorité parlementaire au titre de la loi électorale italienne. Une hémorragie de 7 % vers un parti qui refuse les alliances se traduirait vraisemblablement par des pertes de sièges sous le système actuel, qui récompense les coalitions préélectorales. Meloni est devenue la cheffe du gouvernement la plus longtemps en exercice de l'histoire de la République italienne précisément parce que la loi de 2022 a accordé à son alliance une prime au vainqueur. Cette prime disparaît si la droite se fragmente.
Le dilemme de Meloni : affronter ou composer
La première réaction de Meloni au lancement de Vannacci fut mesurée. En juillet, elle a accusé des parlementaires proches de Vannacci de fragiliser le gouvernement et de soutenir des positions de gauche, une accusation qui semblait destinée à présenter les transfuges comme des alliés peu fiables plutôt que comme des concurrents idéologiques. Son parti et ses alliés ont exclu tout accord électoral avec le Futuro Nazionale. Salvini a été plus tranchant, qualifiant la scission de « trahison » et minimisant l'importance du nouveau parti. Les deux dirigeants font face au même piège : attaquer Vannacci trop violemment valide sa prétention à incarner la « vraie droite » réprimée par un establishment compromis ; l'ignorer permet à ses scores de se consolider.
La cheffe du gouvernement a passé deux ans à soigner une image de conservatrice pragmatique acceptable pour les partenaires européens et les marchés financiers. Elle a maintenu le soutien de l'Italie à l'Ukraine, travaillé dans le cadre des règles budgétaires européennes, et évité la rhétorique de confrontation qui caractérisait ses années d'opposition. Un virage vers des positions plus dures pour déborder Vannacci mettrait en danger cette crédibilité. Mais ne pas endiguer l'hémorragie pourrait la laisser incapable de former un gouvernement après la prochaine élection, prévue dans environ 18 mois.
La connexion russe et les menaces hybrides
L'admiration de Vannacci pour Poutine et Trump le place à l'intersection de deux réseaux d'influence étrangère. Son opposition à l'OTAN, son soutien à la levée des sanctions contre la Russie et la reprise des éléments de langage du Kremlin sur l'Ukraine s'inscrivent dans le cadre des efforts documentés de la Russie pour amplifier les voix anti-système dans les démocraties occidentales. Le texte source note que « l'Italie sera une cible des efforts de désinformation, des attaques hybrides et de l'ingérence politique » si le soutien à Vannacci grandit. Ce n'est pas spéculatif : les services de renseignement italiens ont à plusieurs reprises mis en garde contre des opérations d'information russes visant le débat politique du pays, en particulier autour de la politique énergétique et de la guerre en Ukraine.
La dimension Trump ajoute à la complexité. Meloni a géré sa relation avec le président américain avec précaution, équilibrant la loyauté alliée et la coordination européenne. Le trumpisme sans réserve de Vannacci crée un prétendant rival au manteau populiste transatlantique. Si Trump devait revenir à la Maison-Blanche, ou même en tant que figure privée, ses préférences d'endossement pourraient influencer l'équilibre interne de la droite italienne. Le conflit entre Trump et Meloni noté dans le texte source suggère que le président américain pourrait voir en Vannacci un allié plus naturel.
Le flanc vulnérable du Mouvement 5 Étoiles
Le Mouvement 5 Étoiles de Conte fait face à une menace parallèle. Le M5S a été fondé en 2013 comme une force anti-système canalisant la colère contre la classe politique. Sous Conte, il est devenu un partenaire plus conventionnel de centre-gauche, soutenant le gouvernement Draghi en 2021-2022 et modérant son euroscepticisme. Cette évolution a laissé un vacuum à l'anti-système de droite que Vannacci comble désormais. La lettre de Sforzini à Grillo est un appel calculé aux origines du mouvement : une offre aux électeurs qui voulaient la rébellion, pas la gouvernance. La réponse de Grillo, ou son silence, indiquera si le fondateur du M5S voit un intérêt tactique à déstabiliser son propre successeur.
Le recoupement est frappant : tanto Vannacci que Conte s'opposent à l'aide militaire à l'Ukraine, tous deux expriment une ambiguïté sur l'OTAN, tous deux canalisent le ressentiment anti-élite. Mais Vannacci y ajoute un conservatisme culturel, anti-LGBTI, anti-féministe, pro-famille traditionnelle, que le M5S n'a jamais embrassé. Cette combinaison lui permet de pêcher dans deux étangs simultanément : la droite dure aliénée par la modération de Meloni, et la gauche anti-système aliénée par l'institutionnalisation de Conte.
Ce que les chiffres dissimulent
Les sondages à 18 mois d'une élection sont un indicateur peu fiable. Les électeurs italiens ont pour habitude de changer rapidement d'allégeance, le M5S lui-même est passé de zéro à 32 % en quatre ans. Les 7 % de Vannacci pourraient être un plafond plutôt qu'un plancher : sa rhétorique est si extrême qu'elle pourrait rebuter des électeurs qui disent actuellement aux sondeurs le soutenir par protestation. À l'inverse, les huit députés qui ont déjà fait défection suggèrent une infrastructure parlementaire capable d'amplifier son message au-delà des réseaux sociaux. Les 140 000 adhérents revendiqués par le parti, s'ils étaient vérifiés, dépasseraient les effectifs actuels de la Ligue et approcheraient ceux de Fratelli d'Italia, offrant une capacité organisationnelle pour une campagne nationale.
Une variable critique est la loi électorale. Le système Rosatellum actuel, un modèle mixte de représentation proportionnelle, récompense les coalitions préélectorales. Si le Futuro Nazionale se présente seul, il gaspille des voix en deçà du seuil de 3 % pour les sièges proportionnels et du seuil de coalition pour la prime au vainqueur. Mais s'il franchit les 3 % au niveau national, ce que les sondages actuels suggèrent, il entre au parlement comme un faiseur de roi potentiel. Meloni et Salvini ont exclu tout accord, mais l'arithmétique post-électorale a la fâcheuse habitude de primer sur les serments préélectoraux.
Sources
People mentioned
Giuseppe Conte
Beppe Grillo
Antonio Tajani
Elly Schlein
Organisations
Brothers of Italy · League · Forza Italia · Noi Moderati · Five Star Movement · Futuro Nazionale