La refonte des règles européennes sur les batteries entre dans sa phase la plus décisive dans cinq mois. Le 18 février 2027, deux obligations majeures entrent en vigueur : les batteries portables dans les téléphones, ordinateurs portables et d'innombrables autres appareils doivent être amovibles avec des outils ordinaires, et les batteries de véhicules électriques, de vélos électriques et les batteries industrielles de plus grande taille doivent être dotées d'un Passeport Numérique de Batterie enregistrant leur composition, leur empreinte carbone et l'historique de leur chaîne d'approvisionnement.

Le règlement a été adopté en 2023, mais les détails pratiques dont les entreprises ont besoin pour se conformer sont arrivés par à-coups. Certains arrivent encore. C'est dans l'écart entre l'échéance légale et les détails réglementaires que se situe la friction actuelle.

L'exigence d'amovibilité et ses exceptions

La règle sur les batteries remplaçables semble simple : un consommateur muni d'un tournevis standard devrait pouvoir remplacer une cellule usée sans équipement propriétaire ni atelier de réparation. Pour les fabricants qui ont collé ou scellé les batteries dans des designs étanches ou ultra-fins, cela équivaut à une refonte du produit.

Le règlement exempte déjà les dispositifs médicaux et les appareils dits humides tels que les brosses à dents électriques et les jets dentaires. En avril 2026, la Commission a ouvert une consultation sur six catégories supplémentaires. Le 14 juillet, elle a adopté un acte délégué ajoutant les dispositifs portables, notamment les montres connectées et les trackers d'activité, les jouets électriques et les équipements pour environnements potentiellement explosifs à la liste des exemptions.

Cette clarté est intervenue des années après la fixation de l'échéance principale. Pour les fabricants de dispositifs portables et de jouets, la question de savoir s'ils devaient ou non redessiner leurs produits n'a été tranchée que cet été. Euralarm, qui représente l'industrie de la sécurité incendie et de la sûreté, a averti que 81 demandes d'exemption déposées en 2025 avaient encore des décisions en suspens en avril 2026. L'association soutient que les fabricants ont besoin d'au moins deux ans pour réoutiller si une exemption est refusée.

Passeports numériques et problème de la chaîne d'approvisionnement

Le Passeport Numérique de Batterie est la mesure de transparence la plus ambitieuse du règlement. À partir de février 2027, chaque batterie de véhicule électrique, batterie de transport léger et batterie industrielle de plus de 2 kWh mise sur le marché de l'UE doit en être dotée. Le passeport agrège 71 points de données, certains obligatoires, d'autres optionnels, d'autres conditionnels, couvrant la chimie, la performance, le contenu recyclé et l'intensité carbone.

La Commission a publié ce mois-ci une orientation consolidée cartographiant ces 71 champs. Mais la conformité n'est pas un simple exercice de reporting interne. L'empreinte carbone d'une batterie dépend de l'extraction, du raffinage et de la production de cellules en amont, dont une grande partie se déroule hors d'Europe. Des chercheurs de l'université de Leyde ont soutenu que l'UE manque d'une architecture de vérification capable de contrôler les données à travers ces juridictions disparates.

"La plupart des étapes de la production de batteries se déroulent hors de l'UE," a déclaré Edgar Hertwich, l'un des chercheurs de Leyde. "Si l'UE veut réduire les émissions, elle doit s'assurer que les chaînes d'approvisionnement mondiales sont à la fois disposées et capables de travailler avec ses règles comptables."

Un précédent de report

La Commission a déjà montré qu'elle décalerait les échéances lorsque la préparation de l'industrie prend du retard. Les obligations de devoir de vigilance pour les batteries, couvrant l'approvisionnement responsable en matières premières, étaient initialement prévues pour août 2025. Elles ont été repoussées à août 2027 dans le cadre d'un paquet plus large visant à simplifier le reporting de durabilité. Ce précédent compte : il signale que la date de février 2027 n'est pas immuable, mais aussi que toute nouvelle prolongation nécessiterait un acte législatif formel.

Confusion des catégories et risque de conformité

Le règlement divise les batteries en catégories portables, véhicules électriques, moyens de transport légers et industrielles, chacune avec des obligations et des calendriers distincts. Déterminer dans quelle catégorie tombe un produit est la première étape de conformité, et ce n'est pas toujours évident. Un pack de batterie dans un e-scooter de forte puissance pourrait se situer à cheval sur les seuils portables et transport léger, déclenchant différentes règles de passeport et d'amovibilité.

Les entreprises font donc face à une incertitude en couches : elles doivent connaître leur catégorie, confirmer si une exemption s'applique, rassembler 71 points de données d'une chaîne d'approvisionnement mondiale, et redessiner le matériel là où l'amovibilité est requise, le tout avant une échéance fixée depuis 2023.

Comment en sommes-nous arrivés là

Le règlement a remplacé la directive de 2006 sur les batteries après des années de négociations entre le Parlement européen, le Conseil et la Commission. Il est entré en vigueur en août 2023 avec un calendrier d'application échelonné. Les premiers objectifs de collecte et de recyclage s'appliquent depuis 2025. Les jalons de février 2027, l'amovibilité pour les batteries portables et les passeports pour les batteries de transport et industrielles, sont respectivement les changements les plus visibles pour les consommateurs et pour l'industrie.

Personnalités mentionnées

  • Edgar Hertwich

    Researcher at Leiden University, Leiden University

Organisations

European Commission · Euralarm · Leiden University