Europe · Commerce UE-Chine
Les responsables commerciaux de l'UE pressent Pékin d'imposer des restrictions aux exportations avant la date limite d'octobre
Denis Redonnet conduit une délégation de la Commission dans la capitale chinoise alors que Bruxelles exige des concessions sur la flambée des exportations et les dépendances stratégiques, avec la directrice générale Ditte Juul Jorgensen qui doit suivre ce mois-ci.
Une délégation de la Commission européenne s'est rendue à Pékin cette semaine pour presser les responsables chinois de prendre des engagements visant à endiguer la flambée des exportations vers l'Union européenne avant une date limite fixée par Bruxelles pour le mois d'octobre. Les discussions, menées par Denis Redonnet, le chef de l'application commerciale de l'UE, représentent la dernière tentative pour empêcher un cycle de tarifs douaniers réciproques qui nuirait aux deux économies.
Cette visite s'inscrit dans le cadre d'un effort croissant de Bruxelles pour répondre à ce qu'elle qualifie de déséquilibre commercial intenable. Les exportations chinoises vers l'UE ont fortement augmenté ces dernières années, en particulier dans des secteurs où les producteurs européens estiment ne pas pouvoir rivaliser avec des concurrents subventionnés. La préoccupation de la Commission ne se limite plus à des catégories de produits individuelles : elle s'étend à la concentration structurelle des chaînes d'approvisionnement européennes sur la fabrication chinoise, des minéraux critiques aux composants de technologies propres.
Le nouveau mandat de Redonnet et ce qu'il signifie
La désignation de Denis Redonnet comme personne de référence de la Commission sur la politique commerciale à l'égard de la Chine est plus qu'une réorganisation administrative. C'est une reconnaissance, au Berlaymont, que le langage du partenariat avec Pékin a été dépassé par la mécanique de l'application. Redonnet a passé des années à diriger le portefeuille des instruments de défense commerciale de l'UE, l'ensemble des règles qui permet à la Commission d'imposer des droits antidumping et antisubventions sur les importations vendues en dessous de leur juste valeur. Son mandat s'étend désormais à l'orientation de la position globale envers la Chine, et non plus seulement à la surveillance de cas individuels.
Cette nomination s'aligne sur un changement plus large à Bruxelles. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a commencé à utiliser l'expression « découplage ciblé » (de-risking) en 2023 pour décrire l'approche de l'UE envers Pékin : pas de découplage total, mais une réduction délibérée de l'exposition dans les secteurs stratégiques. Depuis, la Commission a lancé plusieurs enquêtes sur les subventions chinoises, des véhicules électriques aux dispositifs médicaux, et a commencé à renforcer les règles sur les subventions étrangères dans les marchés publics. La promotion de Redonnet place l'état d'esprit de l'application au cœur de la relation avec la Chine.
Le déséquilibre en chiffres
Le déficit commercial de l'UE en biens avec la Chine est une source persistante de friction. Selon les statistiques commerciales d'Eurostat, le déficit a atteint environ 291 milliards d'euros en 2023, la dernière année complète pour laquelle des données confirmées sont disponibles. Ce chiffre a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, sous l'effet des exportations chinoises d'électronique, de machines et, de plus en plus, de produits de technologies vertes tels que les panneaux solaires, les composants d'éoliennes et les véhicules électriques.
Les producteurs européens de plusieurs de ces secteurs se sont plaints que les concurrents chinois bénéficient de subventions d'État, de crédits bon marché et de prix fonciers inférieurs aux prix du marché, ce qui leur permet d'évincer les rivaux européens de leur propre marché. La Commission a répondu par une série d'enquêtes antisubventions, dont la plus notable est l'enquête sur les véhicules électriques chinois qui a conduit à l'imposition de droits provisoires en 2024. Ces droits sont destinés à devenir définitifs à moins que les deux parties ne parviennent à un arrangement alternatif.
Le déficit n'est pas simplement une question de prix concurrentiels. Il reflète également la dépendance de l'UE vis-à-vis de la fabrication chinoise pour des intrants que l'industrie européenne ne peut pas facilement sourcer ailleurs. Les terres rares, le lithium transformé, le graphite de qualité batterie et certains principes actifs pharmaceutiques proviennent en grande majorité de Chine. C'est ce que Jorgensen voulait dire lorsqu'elle a déclaré au Parlement européen que l'UE est confrontée à « des dépendances de concentration croissantes, y compris dans les secteurs stratégiques ».
La visite de suivi de Jorgensen
Plus tard ce mois-ci, Ditte Juul Jorgensen, directrice générale du département du commerce de la Commission, se rendra à Pékin pour poursuivre les discussions. Sa visite vise à évaluer si la partie chinoise est prête à offrir le type de concessions qui pourraient éviter une nouvelle escalade. Jorgensen a confirmé ce déplacement lors d'une audition au Parlement européen le mercredi 2 septembre 2026.
« Nous voyons une Chine engagée dans ces discussions, mais bien sûr les défis sont très, très importants », a déclaré Jorgensen aux députés européens. La formulation était prudente : « engagée » suggère que Pékin est prêt à discuter, et non qu'il a offert quoi que ce soit de substantiel. La précision « très, très importants » était une reconnaissance que l'écart entre les deux parties reste important.
La décision de Jorgensen de suivre personnellement Redonnet souligne l'importance que Bruxelles accorde à ces négociations. En tant que directrice générale de la DG Trade, elle est la plus haute responsable de l'appareil commercial de la Commission. Sa présence à Pékin signale que la Commission veut lire les intentions chinoises au plus haut niveau opérationnel avant que la date limite d'octobre ne force à prendre des décisions.
Ce qu'implique la date limite d'octobre
La date limite d'octobre fixée par Bruxelles n'a pas été définie publiquement en termes précis, mais elle correspond globalement au moment où plusieurs procédures commerciales en cours atteignent des étapes nécessitant que la Commission décide des prochaines étapes. L'enquête antisubventions sur les véhicules électriques chinois, par exemple, suit un calendrier qui exigerait des mesures définitives ou un règlement négocié d'ici l'automne. D'autres enquêtes sur les subventions chinoises dans des secteurs tels que l'équipement ferroviaire et les dispositifs médicaux avancent également.
Si les discussions de Pékin ne produisent aucune offre chinoise significative pour limiter les exportations ou s'attaquer aux subventions, la Commission procédera probablement à des droits définitifs sur les véhicules électriques et élargira potentiellement ses mesures d'application. Cela déclencherait presque certainement des représailles de Pékin, qui a déjà signalé sa volonté d'ouvrir ses propres enquêtes sur des produits européens, notamment l'eau-de-vie de vin, les produits laitiers et le porc.
La position de Pékin et les concessions possibles
La Chine a rejeté à plusieurs reprises la caractérisation de ses pratiques commerciales comme injustes, faisant valoir que son succès à l'exportation reflète l'efficacité et l'échelle industrielles plutôt que la distorsion étatique. Les responsables chinois ont également souligné que le déficit commercial de l'UE avec la Chine est en partie fonction de choix politiques européens, y compris les contrôles à l'exportation sur les produits de haute technologie qui limitent ce que l'UE peut vendre à la Chine.
Les concessions possibles de Pékin pourraient inclure des restrictions volontaires aux exportations dans des secteurs spécifiques, des engagements à augmenter les achats de biens européens, ou une discipline plus stricte sur les prêts subventionnés que les banques chinoises accordent aux exportateurs. Aucune de ces concessions ne serait facile à livrer pour Pékin. Les restrictions volontaires aux exportations contraindraient les producteurs nationaux à un moment où l'économie chinoise peine avec une faible demande intérieure. L'augmentation des importations européennes exigerait que l'UE lève les contrôles à l'exportation sur les biens de haute technologie que la Chine désire le plus. Et freiner les prêts dirigés par l'État irait à l'encontre du modèle qui a alimenté l'expansion industrielle chinoise pendant deux décennies.
Les négociateurs chinois peuvent plutôt offrir des mesures incrémentales : de petits marchés publics, des mécanismes de dialogue sectoriel, ou des engagements à appliquer plus rigoureusement les règles commerciales existantes. Savoir si Bruxelles acceptera des gestes de ce type, plutôt que les ajustements structurels qu'elle exige, est la question centrale du mois prochain.
Les divisions internes de l'Europe
La Commission ne parle pas au nom d'une seule circonscription européenne sur la Chine. Les fabricants allemands orientés vers l'exportation, en particulier son industrie automobile, ont historiquement favorisé l'engagement avec Pékin et ont fait pression contre des mesures tarifaires agressives, craignant des représailles contre leurs importantes opérations chinoises. La France, en revanche, a poussé à une plus forte défense commerciale, en partie parce que ses producteurs dans des secteurs comme le cognac et les cosmétiques ont déjà été ciblés par des enquêtes antidumping chinoises. Les États nordiques et baltes tendent à s'aligner sur une ligne plus dure, influencés par des préoccupations sécuritaires concernant la technologie et les investissements chinois. Les pays d'Europe du Sud, qui bénéficient des investissements chinois dans les infrastructures, ont parfois été plus prudents face à la confrontation.
Ces divisions comptent parce que la politique commerciale de la Commission requiert le soutien des États membres. Imposer des droits antisubventions définitifs sur les véhicules électriques chinois, par exemple, nécessite un vote à la majorité qualifiée au Conseil de l'Union européenne. Si l'Allemagne s'oppose aux mesures, la Commission peut avoir du mal à rassembler les votes, quelle que soit la force avec laquelle les responsables à Bruxelles ressentent l'injustice sous-jacente.
Le tableau stratégique plus large
Les discussions de Pékin se déroulent dans un contexte de frictions commerciales croissantes dans le monde. Les États-Unis, sous des administrations successives, ont imposé des tarifs étendus sur les biens chinois, et l'approche de Washington a encouragé Bruxelles à adopter une ligne plus ferme qu'elle ne l'aurait fait autrement. L'UE a cherché à différencier sa position de la position américaine, en mettant l'accent sur le découplage ciblé plutôt que le découplage total, mais la différence pratique entre les deux se réduit à mesure que la Commission élargit sa boîte à outils d'application.
Il y a aussi une dimension politique intérieure. Les industries européennes confrontées à la concurrence chinoise, de l'automobile à l'acier en passant par le solaire, sont devenues plus vocales dans leurs demandes de protection. Le volume de dossiers de défense commerciale de la Commission a considérablement augmenté, et les responsables ont parlé ouvertement de la nécessité d'empêcher les marchés européens d'être inondés par la surcapacité chinoise. Dans le même temps, les entreprises européennes qui exportent vers la Chine ou y opèrent avertissent que l'escalade pourrait leur coûter l'accès au marché et des revenus. La Commission essaie de naviguer entre ces pressions.
Sources
People mentioned
Denis Redonnet
Ditte Juul Jorgensen
Organisations
European Commission · European Parliament