Politique · Politique italienne
L'approbation de Meloni chez les jeunes chute à 25 % à l'approche de l'élection de 2027
Le soutien au Premier ministre italien chez les moins de 35 ans s'effondre pendant que le challenger d'extrême droite Roberto Vannacci gagne du terrain, compliquant la voie vers un second mandat.
La coalition de Giorgia Meloni a remporté l'élection de 2022 sur la promesse de mettre les intérêts italiens en premier, mais la tranche d'âge qui décidera de lui accorder ou non un second mandat est celle qu'elle a le moins convaincue. Les sondages publiés cette semaine montrent que le taux d'approbation du gouvernement parmi les électeurs de moins de 35 ans est tombé à 25 %, un chiffre qui devrait concentrer les esprits à Palazzo Chigi. Les prochaines législatives sont prévues au plus tard au printemps 2027, et les analystes de tous bords s'accordent à dire que le vote des jeunes, longtemps volatil, souvent abstentionniste, pourrait être le facteur déterminant dans un électorat étroitement divisé.
Les chiffres derrière le titre
Ce chiffre de 25 % n'est pas une aberration. Il reflète une tendance constante chez plusieurs instituts de sondage depuis la fin 2024. Le baromètre de l'Istituto Cattaneo situait l'approbation nette de Meloni chez les 18-34 ans à moins 32 points en juin, tandis que SWG enregistrait un déficit similaire. Pour situer le contexte, son approbation globale toutes tranches d'âge confondues oscille autour de 40-45 %, encore respectable pour une sortante à mi-mandat. C'est le fossé générationnel qui fait l'actualité. Aux élections de 2022, Frères d'Italie avait recueilli environ 26 % des voix au total, mais seulement 17 % chez les moins de 35 ans, derrière le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles. Les sondages actuels suggèrent que cet écart s'est creusé, pas réduit.
La participation compte autant que la préférence. En 2022, seuls 58 % des 18-34 ans inscrits ont voté, contre 73 % des plus de 65 ans. Si ce schéma se répète, l'arithmétique est brutale pour Meloni : son électorat de base vieillit, tandis que la cohorte qui la désapprouve le plus est celle qui se déplace le moins. Mais les analystes mettent en garde contre l'idée que l'abstention la sauverait. Les élections européennes de 2024 ont vu une légère hausse de la participation des jeunes, portée notamment par les questions climatiques et de droits civiques. Une mobilisation similaire en 2027, canalisée soit par la gauche, soit par la nouvelle droite dure, pourrait rebattre les cartes.
Stagnation économique et vote des jeunes
Le taux de chômage des jeunes en Italie s'élevait à 20,1 % au premier trimestre 2026, selon Eurostat, plus du double de la moyenne de la zone euro. Ce chiffre a à peine bougé en deux ans malgré la rhétorique de Meloni sur la méritocratie et les opportunités. La réforme phare du gouvernement sur le travail, la révision du « Jobs Act » adoptée fin 2023, a durci les règles sur les contrats à durée déterminée sans créer les postes permanents et bien rémunérés qu'attendent les diplômés. Parallèlement, les salaires réels des moins de 30 ans ont baissé de 4 % depuis 2021 une fois l'inflation prise en compte, selon les données de l'ISTAT.
La fuite des cerveaux se poursuit. En 2023, plus de 82 000 Italiens âgés de 18 à 34 ans ont déclaré leur résidence à l'étranger, le total annuel le plus élevé depuis le début des relevés en 2012. L'Allemagne, la Suisse et le Royaume-Uni restent les premières destinations. Le gouvernement Meloni a instauré un « bonus retour » sous forme d'allègement fiscal pour les expatriés qui rentrent, mais les demandes sont restées marginales, moins de 3 000 la première année. Les jeunes électeurs perçoivent la mesure comme un geste, pas une solution. « Ils nous traitent comme une base fiscale à attirer, pas comme des citoyens dans qui investir », témoigne un chercheur de 27 ans à Milan qui a requis l'anonymat. Ce sentiment revient dans les groupes de discussion à travers le nord.
L'agenda sécuritaire aliène les jeunes électeurs
Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2022, Meloni a enchaîné les décrets sécuritaires : la loi anti-rave (décret-loi 162/2022), le « décret Caivano » ciblant la délinquance juvénile dans les quartiers défavorisés, et un durcissement des règles sur les manifestations publiques. Le gouvernement argue que ces mesures rétablissent l'ordre après des années de laxisme. Les critiques y voient une criminalisation de la culture jeune et de la contestation. La loi anti-rave, qui permet aux préfets d'interdire les rassemblements jugés risqués pour l'ordre public, a été utilisée contre des occupations étudiantes et des camps climat autant que contre des fêtes illégales. Le décret Caivano a abaissé l'âge de la responsabilité pénale pour certaines infractions et étendu les pouvoirs de détention pour les mineurs.
Ces mesures plaisent à la base de Meloni, des électeurs de plus de 50 ans qui privilégient la sécurité, mais elles résonnent différemment sur les campus et dans les cités périphériques où le chômage des jeunes dépasse 40 %. Une enquête de la Fondation Luigi Einaudi en mars 2026 a révélé que 68 % des moins de 35 ans estimaient que le gouvernement « se soucie plus de répression que d'opportunités ». Le même sondage montrait que seulement 12 % lui faisaient confiance pour améliorer leurs perspectives d'emploi. Le décalage n'est pas seulement idéologique ; il est générationnel. La Première ministre a 48 ans, ses ministres 56 ans en moyenne, et le groupe parlementaire est le plus âgé du G7.
Le facteur Vannacci : la concurrence à droite
Le développement le plus marquant de l'année écoulée n'est pas la consolidation du vote jeune par la gauche, cela était attendu, mais l'émergence d'une alternative d'extrême droite qui séduit aussi les jeunes hommes. Roberto Vannacci, ancien général de l'armée radié après avoir publié un livre auto-édité attaquant le féminisme, les droits LGBTQ+ et l'immigration, a remporté un siège de député européen pour la Lega en juin 2024 avec plus de 500 000 voix de préférence. Depuis, son mouvement « Mondo al Contrario » (Monde à l'envers) organise des meetings à Milan, Rome et Bologne qui attirent des milliers de participants, majoritairement des hommes de moins de 30 ans.
Le discours de Vannacci se distingue de celui de Meloni. Là où elle propose un conservatisme institutionnel, la défense de la famille traditionnelle, la souveraineté dans l'UE, la discipline budgétaire, lui mène une guerre culturelle : opposition à l'idéologie de genre, rejet des politiques « woke » des entreprises, défense hyperbolique de la civilisation occidentale. Sa rhétorique est plus agressive, son opération sur les réseaux sociaux plus sophistiquée. Un sondage de Tecnè en juillet 2026 créditait Vannacci de 34 % d'approbation personnelle chez les hommes de 18-29 ans, contre 22 % pour Meloni dans la même démographie. Pour Frères d'Italie, c'est un scénario cauchemar : un concurrent à droite qui parle le langage de TikTok pendant que la Première ministre parle celui des sommets de Bruxelles.
L'opportunité de la gauche et ses limites
Le Parti démocrate (PD) et l'Alliance verts-gauche (AVS) réunissent ensemble environ 45 % des intentions de vote des moins de 35 ans dans les sondages actuels. Elly Schlein, secrétaire du PD depuis 2023, a fait de la politique de jeunesse une priorité : un salaire minimum légal à 9 € de l'heure, une garde d'enfants universelle, une « garantie emplois verts » pour les diplômés. L'AVS va plus loin : gratuité de l'université, impôt sur la fortune pour financer le logement. Sur le papier, cela devrait consolider le vote jeune. En pratique, la fragmentation menace. Le Mouvement 5 étoiles, encore crédité de 12-14 % nationalement, conserve un électorat jeune distinct dans le Sud, notamment sur les thématiques écologistes et anti-système. Le parti Action de Carlo Calenda et Italia Viva de Matteo Renzi se disputent la tranche diplômée, pro-UE, centriste.
Le problème structurel de l'opposition est la loi électorale. L'actuel système Rosatellum, une formule mixte à composante majoritaire, récompense les coalitions qui présentent des candidats communs dans les circonscriptions uninominales. Le centre-gauche n'a pas réussi à s'accorder sur une plateforme commune pour 2027, encore moins sur un partage des circonscriptions. Schlein et Giuseppe Conte (M5S) se parlent à peine. Sans ticket unifié, l'avantage de la gauche chez les jeunes se dilue dans la composante uninominale, qui détermine environ 37 % des sièges. Les stratèges de Meloni le savent. Leur voie vers la majorité ne passe pas par la conquête des jeunes électeurs ; elle passe par la division de l'opposition sur ce terrain.
Des problèmes structurels qu'aucun gouvernement n'a résolus
La crise de la jeunesse en Italie précède Meloni de plusieurs décennies. Le dispositif « Garanzia Giovani » lancé en 2014 sous le gouvernement Letta, affiné par Renzi, prolongé par Gentiloni et Conte, a orienté 1,3 million de jeunes vers la formation ou l'emploi depuis sa création, mais seulement 38 % des participants ont trouvé un emploi stable dans les six mois, selon un rapport 2025 de la Cour des comptes. Le revenu de citoyenneté (reddito di cittadinanza), introduit par le premier gouvernement Conte en 2019, a réduit la pauvreté absolue mais créé des effets d'aubaine pour les bas salaires ; Meloni l'a remplacé en 2024 par une « allocation d'inclusion » plus ciblée, réduisant de 40 % le nombre de bénéficiaires.
Le logement est le moteur silencieux du désenchantement. À Milan, le loyer moyen d'un studio dépasse désormais 1 200 € par mois, plus que le salaire net médian d'un diplômé de 25 ans. Rome, Bologne et Florence affichent des ratios similaires. Le budget 2025 du gouvernement a alloué 1,2 milliard € au logement étudiant et aux garanties primo-accédants, mais les délais de construction font que peu d'unités existeront avant 2028. Les jeunes électeurs notent le décalage. Ils notent aussi que les dépenses de retraite, 320 milliards € en 2025, soit 16 % du PIB, éclipsent toutes les lignes budgétaires jeunesse réunies. L'arithmétique démographique est impitoyable : l'âge médian en Italie est de 48 ans, le plus élevé de l'UE. À chaque cycle électoral, le vote gris pèse plus lourd.
La dimension européenne
La stature de Meloni à Bruxelles a été un atout en interne : elle a négocié une révision favorable du pacte de stabilité et de croissance, obtenu 194 milliards € de décaissements du Fonds de relance, et positionné l'Italie comme médiatrice sur la migration. Mais la crédibilité européenne ne se traduit pas en soutien des jeunes au pays. Les mêmes électeurs qui apprécient sa défense des intérêts italiens au Conseil voient l'UE comme une technocratie lointaine. Les élections européennes de 2024 ont illustré ce décalage : Frères d'Italie a obtenu 28,8 % nationalement mais seulement 19 % chez les moins de 35 ans, tandis que la liste pro-UE États-Unis d'Europe (Bonino-Renzi) en captait 11 % malgré 3,8 % au total. Le capital européen de Meloni se dépense dans des salles que les jeunes Italiens ne fréquentent pas.
Il y a aussi le paradoxe Vannacci-Europe. Le général est député européen, élu sur une liste Lega qui siège chez les Patriotes pour l'Europe aux côtés du Fidesz de Viktor Orbán et du Rassemblement national de Marine Le Pen. Son mouvement est explicitement anti-UE dans sa rhétorique, yet son mandat est européen. Cette contradiction ne trouble pas ses soutiens ; ils voient le Parlement comme une tribune, pas un projet. Pour Meloni, qui a œuvré à normaliser son parti au sein du groupe Conservateurs et Réformistes européens, Vannacci représente un flanc qu'elle ne peut pas occuper sans aliéner les électeurs centristes dont elle a besoin dans le nord.
Ce que les sondages ne saisissent pas
Les données quantitatives manquent le basculement qualitatif. En 2022, l'humeur dominante chez les jeunes était la résignation : « rien ne change, pourquoi voter ? » Aujourd'hui, les groupes de discussion menés par Demos & Pi en mai 2026 décrivent une énergie polarisée : « colère » à gauche, « revanche » à droite. Le vocabulaire a changé. Climat, logement, travail précaire, droits de genre, ce ne sont pas des enjeux abstraits mais des réalités quotidiennes. La manifestation « No Meloni Day » à Rome en novembre dernier, organisée par des syndicats étudiants et des groupes climat, a réuni environ 15 000 personnes,mostly sous 30 ans. Le contre-meeting de Vannacci à Milan deux semaines plus tard en a attiré 12 000, presque exclusivement de jeunes hommes. Aucun des deux n'a été largement couvert par les télévisions généralistes, mais les deux ont inondé TikTok et Instagram pendant des jours.
Cette mobilisation numérique est plus difficile à sonder que l'allégeance partisane traditionnelle. Elle est aussi plus volatile. La percée du Mouvement 5 étoiles en 2013 reposait sur une boucle en ligne-hors ligne similaire ; elle s'est effondrée quand le mouvement est arrivé au pouvoir. Le mouvement de Vannacci n'a pas encore affronté l'épreuve du pouvoir. Meloni, si. Son bilan, sur les salaires, le logement, les droits civiques, la migration, est le terrain sur lequel 2027 se jouera. Ce taux de 25 % n'est pas un plafond ; c'est une ligne de départ.
Sources
People mentioned
Organisations
Italian Government · Brothers of Italy · Lega · European Parliament