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Les États-Unis menacent de représailles face aux règles de durabilité de l'UE malgré les concessions de Bruxelles

Washington affirme que les engagements de l'accord commercial de Turnberry ne sont pas respectés et signale d'éventuelles actions contre les entreprises américaines confrontées aux obligations de vigilance et de reporting.

By , Correspondante Europe

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8 min read

Les États-Unis ont intensifié leur confrontation avec l'Union européenne sur la législation relative à la durabilité des entreprises, menaçant de mesures non spécifiées à moins que Bruxelles n'affaiblisse davantage des règles que Washington juge imposer des charges déraisonnables aux entreprises américaines. L'intervention, livrée vendredi par l'ambassadeur américain auprès de l'UE et soutenue par la Maison Blanche, marque une forte détérioration de la relation réglementaire transatlantique à peine un an après que l'accord commercial de Turnberry a été censé apaiser de telles frictions.

Washington intensifie la pression sur Bruxelles au sujet des règles de durabilité

Andrew Puzder, l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'Union européenne, a utilisé la plateforme X pour déclarer que "maintenant, il est temps pour l'UE de livrer" sur les engagements pris dans le cadre de l'accord de Turnberry. Sa déclaration publique a fait suite à une communication formelle de l'USTR reconnaissant que Bruxelles avait apporté "quelques réformes positives" mais insistant sur le fait que l'UE avait "échoué à répondre pleinement aux préoccupations américaines". Le langage, promettant que Washington "prendra toutes les mesures nécessaires pour faire face aux charges déraisonnables pesant sur le commerce américain", laisse la porte ouverte à des droits de douane de représailles, des restrictions d'investissement ou un litige formel à l'Organisation mondiale du commerce.

Le différend porte sur deux piliers du corpus réglementaire européen en matière de durabilité des entreprises. La directive sur le reporting de durabilité des entreprises (CSRD) oblige les grandes entreprises et les PME cotées à publier des informations détaillées liées à la durabilité selon des indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance. La directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (CSDDD) va plus loin, en imposant aux grandes entreprises d'identifier, prévenir et atténuer les atteintes aux droits de l'homme et à l'environnement dans leurs propres opérations et tout au long de leurs chaînes de valeur. Les deux directives s'appliquent aux entreprises non européennes atteignant certains seuils de chiffre d'affaires sur le marché européen, ce qui a précisément suscité l'ire de Washington.

L'accord de Turnberry et ses promesses non tenues

L'accord de Turnberry, signé à l'été 2025, était présenté comme une refonte des relations économiques transatlantiques après des années de querelles tarifaires sur l'acier, l'aluminium et les taxes sur les services numériques. Parmi ses dispositions figurait un engagement de coopération réglementaire destiné à empêcher que de nouvelles règles ne deviennent des barrières commerciales de facto. Les négociateurs américains entendaient que l'UE ménage des exemptions ou des parcours de conformité simplifiés pour les entreprises américaines déjà soumises à des régimes nationaux équivalents. Bruxelles, de son côté, a interprété le texte comme un engagement à un dialogue de bonne foi, et non comme une obligation de réécrire une législation déjà adoptée par le processus de colégislation.

Cette ambiguïté est désormais le champ de bataille. Washington pointe l'absence de "port d'attache" pour les entreprises américaines qui respectent le droit américain mais ne satisfont pas aux exigences plus granulaires de l'UE. L'UE réplique que les directives sont non discriminatoires, qu'elles s'appliquent de manière égale aux entreprises européennes et étrangères, et que le texte de Turnberry ne promettait jamais d'alignement réglementaire, seulement de la coopération. Le porte-parole de la Commission a indiqué que Bruxelles avait fait des "efforts considérables" pour expliquer ses règles et souligné "sa volonté de coopérer avec les États-Unis pour augmenter le commerce dans la mesure du possible", mais a tracé une ligne rouge à toute modification de son régime réglementaire sous la pression.

Deux directives au cœur du différend

La CSRD est entrée en vigueur en janvier 2023 et est déployée progressivement, avec les premiers rapports dus des grandes entités d'intérêt public sur l'exercice 2024. La CSDDD, adoptée à l'été 2024, donne aux États membres jusqu'en 2026 pour la transposer en droit national. Les deux ont déjà été taillées dans le paquet de simplification "omnibus" dévoilé par la Commission au début 2026, qui a réduit le champ des entreprises couvertes, allongé les délais et diminué le nombre de points de données requis. La Commission estime que ce paquet réduit les coûts administratifs d'environ 6,3 milliards d'euros par an dans l'ensemble du bloc.

Ces concessions n'ont pas satisfait Washington. Les organisations patronales américaines, notamment la Chambre de commerce et l'Association nationale des fabricants, arguent que les obligations de chaîne de valeur de la directive sur le devoir de vigilance exportent de facto les normes juridiques européennes sur le sol américain, exposant les entreprises américaines à des litiges devant les tribunaux de l'UE pour des préjudices qu'elles ne contrôlent ni ne peuvent aisément surveiller. Elles soutiennent aussi que le concept de double matérialité de la directive reporting, exigeant la divulgation de la façon dont la durabilité affecte l'entreprise et de la façon dont l'entreprise affecte la durabilité, n'a pas d'équivalent dans le droit boursier américain et crée des charges de conformité en double.

Bruxelles défend son autonomie réglementaire

Le refus de la Commission de négocier son cadre réglementaire reflète un calcul stratégique plus profond. Depuis l'arrivée de la Commission von der Leyen en 2019, l'UE s'est positionnée comme le standard-setter mondial de la finance durable et de la responsabilité des entreprises. La réglementation taxonomie, le règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité, la CSRD et la CSDDD forment une architecture cohérente que l'UE croit lui donner un avantage de premier arrivant dans la définition des règles de la transition verte. Céder aux demandes américaines d'exemptions minerait, aux yeux de Bruxelles, la crédibilité de cette architecture et inviterait à des demandes similaires d'autres partenaires commerciaux.

Il y a aussi une dimension politique intérieure. Les groupes du centre-gauche et verts du Parlement européen, dont le soutien est nécessaire à la Commission pour son agenda plus large, traiteraient toute exemption pour les entreprises américaines comme une trahison du mandat législatif qu'ils ont délivré. Des États membres comme la France et l'Allemagne, qui ont championné la directive sur le devoir de vigilance comme un outil pour niveler le terrain de jeu pour leurs propres entreprises, résisteraient à son affaiblissement sous pression extérieure. La ligne de la Commission, selon laquelle l'autonomie réglementaire n'est pas négociable, vise donc autant à maintenir la coalition interne de l'UE qu'à gérer la diplomatie transatlantique.

Le mécanisme carbone aux frontières ouvre un autre front

Les directives sur la durabilité ne sont pas le seul irritant. La semaine dernière, Puzder a attaqué le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) de l'UE comme un droit de douane pour les exportateurs américains. Le MACF, entré dans sa phase transitoire en octobre 2023 et débutant sa pleine responsabilité financière en 2026, oblige les importateurs d'acier, d'aluminium, de ciment, d'électricité, d'engrais et d'hydrogène à déclarer les émissions incorporées et, à partir de 2026, à acheter des certificats reflétant le prix du système d'échange de quotas d'émission de l'UE. Les États-Unis n'ont pas de prix du carbone fédéral, laissant les producteurs américains exposés à l'intégralité du coût du MACF tandis que les concurrents européens reçoivent des quotas gratuits dans le cadre du SEQE.

La Commission maintient que le MACF est une mesure climatique, pas un instrument commercial, et qu'il est compatible avec l'OMC. Elle a proposé de reconnaître la tarification explicite du carbone dans les pays partenaires, mais les États-Unis n'en ont pas au niveau fédéral, et les systèmes d'État en Californie et à Washington ne couvrent qu'une fraction de l'économie. Le résultat est un désaccord structurel que aucune coopération réglementaire ne peut aisément résoudre sans soit un prix du carbone américain, soit une volonté européenne d'accepter des critères d'équivalence alternatifs.

Les allégations de réacheminement chinois élargissent la fracture

Jeudi, la Maison Blanche a élargi l'offensive, accusant l'UE et plus de 40 autres pays de permettre aux biens chinois de contourner les droits de douane américains en les réacheminant par leurs marchés. L'allégation, bien que non nouvelle, signale que l'administration Biden, ou sa succession, prépare une poussée plus large de l'application commerciale qui traite l'UE comme un conduit pour la surcapacité chinoise plutôt que comme un partenaire pour y faire face. Les responsables européens s'agacent en privé de cette charge, notant que l'UE dispose de ses propres instruments de défense commerciale et a imposé des dizaines de mesures antidumping et antisubventions sur l'acier, les véhicules électriques et les panneaux solaires chinois.

La convergence de ces différends, reporting de durabilité, devoir de vigilance, frontières carbone et réacheminement chinois, suggère une rupture systémique de la confiance que l'accord de Turnberry était censé reconstruire. Chaque camp considère désormais les choix réglementaires de l'autre comme des armes économiques stratégiques plutôt que comme des politiques intérieures légitimes. Cette perception rend le compromis exponentiellement plus difficile, car toute concession est présentée en interne comme une capitulation.

Pourquoi cela importe

Comment on en est arrivé là

Ce qui va suivre

Sources

  1. POLITICO

    politico.eu · 2026-08-14

People mentioned

  • Andrew Puzder

    United States Ambassador to the European Union, United States Mission to the European Union

  • European Commission spokesperson

    Spokesperson for the European Commission, European Commission

Organisations

European Commission · United States Mission to the European Union · White House

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